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© Photo by Joshua Ness on Unsplash

Et si on arrêtait enfin d’être (considéré comme) vieux à 45 ans ?

Le 5 févr. 2020

Le monde de l’entreprise n’est pas tendre envers ses aînés. En témoigne cette frontière invisible qui considère tout salarié comme senior dès... 45 ans ! Une aberration alors que la société vieillit et que l’on aura bientôt une majorité de travailleurs âgés de 50 ans et plus.

Certains anniversaires jalonnent les grandes étapes de la vie plus que d’autres. Celui des 18 ans marque l’entrée dans la vie adulte, celui des 45 ans signe l’entrée dans la vie… senior ! Dans le monde du travail du moins. Car les institutions françaises ont tracé une ligne de démarcation entre les travailleurs, faisant des 45 ans et plus une caste à part dans l’entreprise. C’est déjà le temps des bilans de milieu de carrière et des premiers messages à peine subliminaux. Et ce n’est pas sans conséquence.

45 ans et +, l’entreprise ne répond plus

« Si vous n’avez pas déjà un bon poste à 45 ans, la plupart du temps c’est trop tard, plus personne ne misera sur vous ! » Le constat est sévère, mais Anne Thévenet-Abitbol sait de quoi elle parle. La Directrice Prospective et Nouveaux Concepts de Danone pilote depuis plusieurs années divers programmes destinés à faire bouger les lignes dans les entreprises : le programme EVE pour valoriser le leadership féminin, le programme Noé pour aider les marques à repenser leur raison d’être, et le programme Octave, qui vise à « raconter le monde qui change afin que chacun, quel que soit son âge, en soit acteur. »

Demain, tous seniors

Et il y a encore du boulot ! Alors que le gouvernement multiplie les mesures, le bilan de l’emploi des seniors est plutôt mitigé, comme le souligne de récents chiffres de l’Insee. Côté pile, le taux d’emploi des 50-64 ans a augmenté de 8,2 points en dix ans, alors que celui du reste de la population a reculé. Côté face, la part des cadres et des professions intermédiaires chez les seniors augmente bien moins que pour le reste de la population. Et pour Pôle emploi, les plus de 45 ans sont parmi les plus dure à « caser », malgré des CV souvent riches de compétences et d’expériences. Bref, un nouveau plafond se confirme avec l’âge.

« Le grand paradoxe, c’est que l’âge médian de la population française s’approche de cet âge. Donc c’est absurde de faire des seniors une catégorie à part, souligne Laëtitia Vitaud, spécialiste du futur du travail et de ses mutations. Demain, les 50 ans et plus constitueront la majorité de la population. La démographie va nous obliger à repenser notre rapport à l’âge. »

Changer de regard sur les autres, mais aussi sur soi-même

Et changer cette perception de l’âge commence avec... les premiers concernés. « Je suis une adepte de la coresponsabilité, défend Anne Thévenet-Abitbol. Le plafond de verre de l’âge existe, et il est dans nos entreprises et dans nos têtes. C’est à nous de ne pas l’internaliser. Quand on fait partie d’un problème, on fait aussi partie de la solution. Donc à nous d’être et de montrer toujours autant d’allant, d’envie et d’énergie ! »

Bref, sortir de ses propres barrières mentales, celles que l’on a intégrées mais qui sont liées au regard des autres, et celles que l’on s’impose. Se lancer dans l'entrepreneuriat ou se mettre à l’ultra-trail, passé 50 ans ? Oui, oui et oui ! Des études prouvent que les entrepreneurs qui réussissent sont justement ceux de 45 ans et plus. Un fondateur âgé de 50 ans aurait même 1,8 fois plus de chance de réussir, selon l’étude « Age et entrepreneuriat à forte croissance » du National bureau of economic research. Et ceci peu importe le secteur ou la zone géographique. Quand à l’ultra-trail, eh bien, il suffit de lire ce témoignage de Charlie Buffet sur Heidi.news pour voir que c’est possible !

Ne dites plus seniors mais « expérimentés »

La société elle aussi change, doucement, de regard sur les seniors. Signe qui ne trompe pas, la terminologie évolue. Exit les travailleurs seniors, bonjour les travailleurs expérimentés, selon les termes du rapport Bellon remis à la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, en début d’année et qui liste plusieurs propositions pour l’emploi des 45 ans et plus.

« Le modèle classique des trois âges de la vie bien définis (formation avec l’école et les études, travail et repos avec la retraite) est en train d’exploser, note Laëtitia Vitaud. On ne peut plus faire le même métier pendant 45 ou 50 ans, on est obligé de se former tout au long de sa carrière car le métier que l’on occupait au début a peut-être disparu ou est sur le point de l’être… On doit aussi intégrer des temps de pause, lorsque l'on a des enfants ou si on est aidants notamment. » Cette grosse phase du milieu qu’est le travail est donc de plus en plus constituée de petites phases différentes, avec une logique de strates qui n’a plus rien du long fleuve tranquille. Il y a donc 1001 choses à réinventer pour que chacun y trouve son compte, et sa place dans la société.

Sandrine Cochard - Le 5 févr. 2020
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  • Bonjour,
    Merci pour cet article qui aide à son niveau à faire bouger les lignes, ou faire évoluer les mentalités de recruteurs et autres décideurs. Je suis en plein dans la cible, je me suis naturellement identifiée et j'ai donc partagé sur mon profil. Et là plus de 9 000 vues et 185 likes. Ca donne de l'espoir...

    Bien à vous,
    Nora Hamma

  • Bonjour,
    Votre article va tout à fait dans le sens de l'actualité car reculer l'âge de la retraite ce qui est mathématique pose la question de l'avenir des seniors . Personnellement j'ai 61 ans et je songe à une reconversion pour ma "fin de carrière" et j'aimerais bien trouver un stage Switch collective pour m'aider à trouver mon Ikigaï. Je n'ai pas envie de prendre ma retraite avant 3 ou 4 ans et ce n'est pas un objectif qui me fait rêver. Par contre apporter mes expériences professionnelles , alors là je dis oui ! Transmettre le patrimoine de mes connaissance d'accord mais aussi m'épanouir pour ces last but not least years.
    Au plaisir de vous lire.
    Cécile

  • Bravo pour cette article qui met en avant une situation paradoxale : travailler plus longtemps alors que notre employabilité baisse.
    La recherche du terme est un sujet l’évolution des mentalités un autre.

  • Intéressant... Je vois de plus en plus d'articles ou d'opinions publiées (en Europe, mais aussi outre-manche et outre-atlantique) sur ce que cette discrimination invisible. Un phénomène qui grandit, mais qui se noie parfois dans le débat de l'inclusivité et de la diversité.

  • Merci pour cet article. Je pense néanmoins que dire que le pb des plus de 45 ans est un sujet de co responsabilité est une mauvaise définition du sujet. Cela fait croire à la personne qu’elle est une partie du problème et qu’elle doit aussi trouver la solution par elle même, c’est un peu tendancieux. L’entreprise reste un lieu de production où l’objectif premier reste la performance immédiate et non la préparation à une évolution de carrière, qui est la plupart du temps un choix personnel. Le cumul production/formation reste impossible dans la plupart des entreprises, pour une question de temps et de fatigue et le digital n’y changera rien. Il faut prévoir sur le temps de travail des temps de formation et de bilan réguliers, voire de réorientation au cours de la carrière avant qu’il ne soit trop tard. My 2 cents.