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Une jeune femme et une vieille femme avec des cheveux colorés en rose
© ninelutsk via GettyImages

Millennials vs boomers : pour en finir avec la prétendue guerre des générations

Le 20 nov. 2019

On les dit à couteaux tirés, et pourtant, la jeune génération et celle des 50 ans et plus partagent beaucoup plus de valeurs qu’on ne le croit. Et si on apprenait à mieux se connaître ?

Ils sont altruistes, porteurs de valeurs inclusives et pacifistes et sont sensibles à l’environnement… Qui, les millenials ? Non, les 50 ans et plus ! Et selon une étude Occurrence pour Bayard dévoilée la semaine dernière, les jeunes ont bien plus en commun avec leurs aînés que ne le laisse entendre la prétendue rivalité des générations et le fameux mème Ok boomer.

Gratter la surface stéréotypée du boomer

Comme bien souvent, l’origine de ce clivage est né sur les réseaux sociaux, à grands renforts de hashtags et de piques aux 50 ans et plus pour leur signifier tout le mal que certains pensent de l’héritage que cette génération « bénie » laisse aux plus jeunes. Alors oui, chaque génération est la comptable de la précédente et oui, chaque génération a des comptes à rendre à la suivante, notamment en ce qui concerne les communs, ces ressources naturelles essentielles que nous partageons tous. Mais les procès de 140 signes ne font que renforcer stéréotypes et antagonismes. Incompris, les boomers ?

Pourtant, en grattant un peu, on découvre une convergence de valeurs entre les plus jeunes et les 55 ans et plus. L’étude Occurrence dresse ainsi 4 profils de 55 ans et plus, dont l’un résonne particulièrement avec les valeurs affichées par la jeune génération, celui des « humanistes ». « Les humanistes sont majoritairement des femmes, significativement moins nombreux à être âgés de 75 ans ou plus. Ils sont concernés et contribuent à la société. Les trois valeurs qui les démarquent sont la bienveillance, l’universalisme nature et l’universalisme humain », note l’étude.

Autre profil mis en exergue, celui des « expérimentateurs », plus innovants que le reste du panel qui se partage ensuite entre les individualistes et les traditionnalistes. Composés majoritairement de femmes et ouverts au changement, les « expérimentateurs » ont pour valeurs l’autonomie, la stimulation et l’hédonisme. En clair, la jeunesse n’a pas le monopole de la fougue, ni de l’engagement. Surtout, des liens assez naturels peuvent se tisser entre ces deux générations. C’est en tout cas le pari fait par quatre jeunes entrepreneurs d’à peine 30 ans.

Une « seconde vie » qui gagne en intensité

Margot Sitruk a 31 ans. Cette experte de la rencontre en ligne a travaillé pour Happn puis Bumble avant de lancer sa propre application de rencontres… pour les 50 ans et plus. Un monde a priori bien éloigné du sien, et pourtant. « C’est une génération que j’aime beaucoup. Les plus de 50 ans sont des êtres vivants au sens fort du terme, ils sont du côté de la vie, de la vitalité, de l’intensité, de la créativité, mais aussi de l’aventure et de la découverte. Il y a là un autre champs lexical à exploiter pour sortir de la senioritude, cette façon de s’adresser aux 50 ans et plus comme à des vieux ! », explique-t-elle.

Un âge qui, loin d’étioler la vie, la renforce. « C’est en quelque sorte le début de la vraie vie, poursuit Margot Sitruk. Avant, il y a un tunnel : on a fait ses études, trouvé son premier job, fait des enfants… Et on n’a pas forcément eu le temps de faire des choix en pleine conscience. À 50 ans, le rapport au temps change et avec lui arrive une nouvelle aspiration : profiter de l’instant présent, avec l’envie de vivre vraiment. » Le philosophe François Jullien ne dit pas autre chose dans son essai Une seconde vie, qui plaide à sa manière pour changer de regard sur la vieillesse.

Un enjeu intergénérationnel

C’est cette ambition qui a également nourri le projet Oldyssey, un « tour du monde des vieux » imaginé par deux vingtenaires pour comprendre la place des personnes âgées dans les sociétés.

« Derrière le mot vieux, il y a beaucoup de représentations négatives. Cela en dit long sur notre représentation de la vieillesse : d’un côté il y aurait des jeunes actifs, dynamiques, productifs et innovants et de l’autre des vieux qui ne feraient pas partie du même monde, qui seraient passifs et improductifs. Or aujourd’hui, avec l’allongement de la durée de la vie, ces représentations sont dépassées », expliquent Clément Boxebeld et Julia Mourri.

À l’arrivée, 14 pays visités et des centaines de rencontres qui confirment, s’il en était besoin, que le vieillissement des sociétés est un phénomène mondial qui nous concerne tous, jeunes y compris. « Parce que nous sommes les vieux de demain », interpellent-ils.

Sortir de l’opposition des générations pour une société vraiment inclusive

Et il ne faudra pas qu’à s’occuper des plus âgés, on en oublie les plus jeunes. Bâtir une société intergénérationnelle est tout l’enjeu de demain. Comme le résume Ludovic Subran, chercheur en macro-économie, directeur de la recherche économique d’Allianz et chef économiste d'Euler Hermes : « Pourquoi être dans l'opposition des générations ? Nous avons encore du mal à créer du lien social, de la cohésion sociale, osons y mettre des efforts économiques ! »

D’autant que l’inclusion des seniors est un marché en pleine croissance, qui profite à tous. Zineb Agoumi s’en est aperçu lorsqu’elle a eu l’idée de développer un tapis de rééducation à la marche connecté. La success story de cette jeune ingénieure, diplômée de Centrale et de l’Essec Business School, commence en observant sa grand-mère. « Elle souffrait de chutes répétées et ne pouvait plus marcher. J’ai donc voulu concevoir la machine qui pourrait permettre à tous de marcher, explique-t-elle. En visitant des maisons de retraite et des centres de rééducation, j’ai constaté qu’on avait soit des grosses machines qui coûtaient entre 50 000 et 300 000 euros, que seuls quelques établissements pouvaient acheter, soit on avait des barres parallèles dans les petits centres ou rien du tout à domicile. »

Avec le Dr Thierry Albert, elle fonde la start-up EzyGain et développe EMA, un tapis connecté Made in France pensé pour les seniors, mais utile à toutes les personnes en rééducation.

Les ventes commencent en janvier 2018 et tout s’enchaîne rapidement : la start-up décroche le prix Cartier Women’s Initiative, a déposé des brevets en Europe et aux États-Unis, a des partenaires en Suisse et au Maroc, et équipe désormais 80 établissements de santé..

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