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Des céréales écrivant le mot
© juliadu via Getty Images

Kellogg’s : l’entreprise va-t-elle vraiment arrêter l’huile de palme grâce à deux adolescentes ?

Le 19 févr. 2020

Deux jeunes Anglaises de 10 et 12 ans ont lancé une pétition après avoir découvert les ravages de la déforestation.

Avouons-le : tout le monde a déjà vu passer une pétition pour contraindre les marques à stopper certaines de leurs pratiques. Au début, on s’émeut, on signe. Mais au bout de la quinzième, on se décourage, on doute de l’efficacité de la démarche, et parfois même de son bien-fondé.

Ça n’a pas empêché Asha et Jia Kirkpatrick, deux sœurs anglaises, de lancer la leur en août 2018. Elles y accusaient directement Kellogg’s de détruire les forêts tropicales pour obtenir de l’huile de palme à bas coût. Les centaines de milliers de signatures récoltées avaient, à l’époque, suscité un commentaire des équipes du géant de l’agro-alimentaire, qui disaient « admirer la passion » d’Asha et Jia. Dans la foulée, Oli Morton, Directeur Général de Kellogg’s au Royaume-Uni, les avait invitées à en discuter avec lui directement. La classe – même si, évidemment, rien n’était sorti des discussions, à part un joli laïus assurant la volonté de l’entreprise de se fournir en huile de palme « responsable ».

Bref, un bon coup de com’, un soupçon du kidswashing, mais in fine… circulez, y a rien à voir.

Une nouvelle politique sur l’huile de palme

Tout aurait pu s’arrêter là, mais voilà que Kellogg’s aurait contacté les deux jeunes filles pour annoncer « la plus ambitieuse des politiques sur l’huile de palme de toute l’industrie ».

Au programme :

  • Travailler avec les petites exploitations pour en améliorer l’efficacité. À ce titre, Kellogg’s devrait collaborer avec des ONG locales, pour aider les fermes à doubler la rentabilité de leur terrain plutôt que de continuer la déforestation.
  • Les usines utilisées par Kellogg’s seront auditées par une ONG indépendante. Dans le cas où l’une d’entre elles ne serait pas aux normes exigées, Kellogg’s arrêterait de travailler avec elle.
  • Kellogg’s devrait investir dans la reforestation et la préservation de la vie sauvage.
  • Arrêter l’exploitation des travailleurs.
  • Kellogg’s a rejoint la Palm Oil Transparency Coalition (POTC), ce qui devrait inciter ses fournisseurs à rejoindre un programme environnemental stricte.
  • Travailler avec les organismes de législation pour protéger les forêts tropicales.

On prend les mêmes et on recommence

Alors on se réjouit ? On crie youpi ? On pense vraiment qu’une énorme multinationale s’est laissée convaincre par deux enfants et une pétition de moins de 800 000 signatures ? C’est en tout cas ce qui fait les titres des médias anglais, y compris la BBC qui relaie une partie des promesses de Kellogg’s sur son site.

Pourtant, en 2014 déjà, The Guardian titrait sur le fait que Kellogg’s s’engageait à n’acheter que de l’huile de palme responsable. Une promesse relayée par d’autres médias, et dont on retrouve d’ailleurs des traces sur le site de presse de l’entreprise.

Mais c’est tout le problème : entre l’effet d’annonce et les mesures, il semble y avoir un monde, puisqu'entre 2014 et 2020 rien n'a changé. Alors, qu'est-ce qui pousserait Kellogg's à tenir ses promesses cette fois-ci ? On ne peut s’empêcher de se demander s’il n’y aurait pas un « effet Greta » derrière tout ça. Aujourd’hui, deux adolescentes engagées ont peut-être plus de poids que les relais des grands médias. À moins qu’il ne s’agisse encore d’un coup de com’ savamment orchestré qui fonctionne sur de bonnes vieilles recettes : des jeunes motivées qui servent à redorer le blason d’une grande multinationale… après tout… on aurait vu pire.

Mélanie Roosen - Le 19 févr. 2020
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