premium 1
panneau pratique de la bienveillance écrit en anglait
© Sandrachile via Unsplash

Comment allier bien commun et bénéfice ? Mode d'emploi.

Le 17 déc. 2018

À rebours des idées reçues, Clara Gaymard s’attache à concilier finance et bien commun. Son objectif ? Amorcer le changement vers un modèle économique bienveillant qui génère de la valeur grâce au partage des richesses.

« Il n’y a de réussites que celles qui se partagent ». Ainsi débute la charte du Mouvement pour une économie bienveillante (MEB), la plateforme lancée en mars 2018 par Clara Gaymard et Gonzague de Blignières, tous deux à la tête de la société d’investissement et de la fondation RAISE. Pour ces deux grands noms des affaires et de la finance, les entreprises disposent d’un pouvoir inédit. Celui de s’engager à promouvoir « un modèle économique généreux et performant », un modèle qui remet en question le court-termisme et les conduites irresponsables en matière de production et gestion des richesses.

Pour conduire ce changement ambitieux et nécessaire dans un monde où les inégalités se cristallisent, Clara Gaymard et Gonzague de Blignières ont choisi de s’adresser directement à leurs pair-es. Aujourd’hui, la charte du MEB compte 2 565 signataires et la société RAISE rassemble 58 investisseurs, dont les 2/3 des entreprises du CAC 40. En signant cette charte, les entreprises s’engagent à consacrer une partie de leurs ressources économiques à une activité philanthropique. Les investisseurs réunis au sein de RAISE participent quant à eux à un cercle vertueux : l’argent investi sert à alimenter des jeunes entreprises françaises à fort impact. Dans les deux cas, la réussite partagée alimente le progrès économique, social et environnemental au bénéfice de tous.

Investir pour les générations futures

Le déclic qui a poussé cette femme d’affaires et haut-fonctionnaire brillante à réconcilier finance et philanthropie s’est produit au mois de septembre 2012. Le journal Libération publie alors une tribune au titre provocateur « Jeunes de France, votre salut est ailleurs : barrez-vous ! ». Les auteurs du texte dressaient alors le constat suivant : « Une société qui traite sa jeunesse de pareille manière est une société en déclin (…) pour la première fois depuis bien longtemps dans cette partie du monde, une génération au moins - la vôtre - vivra, vous le pressentez d’ailleurs, moins bien que la précédente. » Ils enjoignaient donc les jeunes générations à fuir un pays jugé moribond et un avenir dépourvu de perspectives, pour s’enrichir d’expériences dans d’autres pays du monde.

Pour Clara Gaymard, ce texte agit comme un électrochoc. Elle réalise alors que les modèles économiques dominants contribuent à fragiliser les équilibres entre générations, et qu’il est du devoir des plus anciens d’aider les plus jeunes à bâtir un futur désirable. Mobilisée contre cette idée d’exil de la jeunesse, elle décide de s’engager. « Notre génération a bâti un monde plus organisé qui a permis de résoudre la question des besoins vitaux pour cinq milliards d’habitants. Mais nous l’avons fait d’une façon souvent prédatrice pour l’environnement, parfois trop hiérarchisée. Aujourd’hui, la jeune génération approche le monde avec des outils que nous n’avions pas. J’ai la conviction chevillée au corps que nous sommes la seule génération qui doit devenir l’élève de nos propres enfants. Il ne faut pas uniquement les aider, mais se mettre à leur service pour leur permettre d’agir de manière autonome. » Ce constat, elle le partage avec Gonzague de Blignières ; ils décident ainsi de lancer la société d’investissement RAISE en décembre 2013.

Le partage, une valeur qui crée de la valeur

Dès ses débuts, l’ambition de RAISE est de rebattre les cartes et de questionner certaines évidences. La notion de rentabilité ne s’oppose pas systématiquement à celle de générosité. Quant au profit, il est compatible avec le don. Le parti pris de RAISE est donc de réconcilier deux mondes qu’a priori tout oppose : la philanthropie et la finance. Pour cela, le duo élabore un modèle qui fonctionne de manière circulaire : la société d’investissement prend des participations dans les grandes PME françaises, et reverse 50 % des plus-values générées à la fondation RAISE qui finance de jeunes entreprises. Les gros soutiennent les petits par l’intermédiaire du fonds d’investissement RAISE, dans une approche de vases communicants. « Nous sommes allés voir les grandes réussites françaises, et nous leur avons dit qu’avec leur argent, nous allions investir du capital patient, de long terme. Ce qu’on met sur la table c’est que, lorsque vous donnez, vous réussissez mieux, c’est un moteur économique. »

Lorsque vous donnez, vous réussissez mieux. C'est un moteur économique

De fait, cette démarche a accéléré le développement de pépites qui sont devenues des entreprises solides et saines. C’est le cas par exemple de la plateforme en ligne dédiée au bricolage/jardinage ManoMano.fr ; elle compte désormais 200 salariés (alors qu’elle n’en comptait que 20 avant la prise de participation de RAISE). Autre réussite, l’application Cheerz qui permet d’imprimer les photos de son téléphone portable, revendue récemment pour 40 millions d’euros. Ou encore la plateforme communautaire BrocanteLab qui s’est internationalisée jusqu’à devenir Selency, et emploie maintenant près de 20 personnes. Au total, la société d’investissement a déjà sélectionné et accompagné 180 projets en cinq ans, et ses deux fondateurs comptent bien continuer à nourrir leur écosystème vertueux de croissance et d’entraide.

Provoquer l’ouverture, favoriser l’inclusion

Si elle est optimiste sur la capacité des entreprises à changer de modèle, Clara Gaymard pointe cependant du doigt leur incapacité à intégrer des profils différents et à s’ouvrir, notamment aux femmes. « Quand je rencontre une entreprise, je vois souvent des hommes à leur tête, alors je leur pose la question : quand y aura-t- il une femme ? deux ? trois ? et j’en fais un critère de réussite pour l’entreprise. Cette bataille pour la parité est indispensable, parce que les inégalités de représentation rendent les choses non seulement inefficaces, mais également inopérantes. Chez RAISE nous appliquons ce principe à tous les niveaux », poursuit Clara Gaymard. La femme d’affaires est d’ailleurs présidente du Women’s Forum, une organisation internationale qui vise à renforcer la présence des femmes dans toutes les structures de pouvoir.

Le projet porté par Clara Gaymard et Gonzague de Blignières semble trouver un écho tout particulier dans l’air du temps, puisque le projet de loi PACTE (Plan d’action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises), qui prévoit que l’impact et l’objet social des entreprises soient inscrits dans leurs statuts, est en cours de discussion au Parlement. La charte du Mouvement pour une économie bienveillante sera, quant à elle, présentée au président de la République, à l’occasion du G7 de Biarritz en 2019. Le signe que le partage, la générosité et la bienveillance sont des valeurs économiques.


Cet article est paru initialement dans le hors-série "Business4Good" réalisé par L'ADN Studio en partenariat avec les #Intrapreneurs4Good de BNP Paribas.
Retrouvez-les sur le compte Twitter @Intra4Good.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.