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Un homme de dos en train de travailler sur un ordinateur avec des plantes
© Deagreez via Getty Images

Oui, on peut être une entreprise engagée ET rentable

Le 3 déc. 2018

La recherche du profit doit-elle être le seul horizon d’une entreprise ? L’entrepreneure Alice Korngold défend l’idée que les entreprises à mission, qui s’engagent avant tout pour avoir un impact positif sur la société, sont également rentables. Et elles le sont même plus sur le long terme !

Les entreprises peuvent-elles, autant que les États ou les ONG, s'investir dans la résolution des grands enjeux de notre temps ?

A.K. : J'en suis convaincue, c'est le sujet de mon ouvrage A Better World Inc, et cela pour 3 raisons. Premièrement, les multinationales disposent de ressources abondantes, à la fois en termes financiers, humains ou technologiques. Ensuite, leur implantation internationale leur permet d’avoir un impact global, à travers des territoires variés. Enfin, elles ont une connaissance fine de chaque marché, de ses particularités, et peuvent donc développer des solutions adaptées.

Pour que cette stratégie soit efficace, trois conditions doivent être réunies. La première est que les entreprises doivent absolument créer des partenariats avec les ONG afin de prendre conscience des problématiques locales, et formuler des réponses adaptées. Ensuite, elles doivent être très performantes pour engager l’ensemble des collaborateurs et collaboratrices dans une même direction (et pas seulement les investisseurs). Enfin, l’objectif de faire le bien doit être correctement assimilé au niveau du comité exécutif. Cela ne doit pas être quelque chose de négligeable mais devenir une stratégie puissante au service du développement de l’entreprise.

On vit à une époque où la transparence, la responsabilité et l’engagement sont les nouveaux piliers du business

Quels facteurs pourraient pousser une grande entreprise à s’engager et à devenir une entreprise à mission ?

 A.K. : Si les entreprises ne s’engagent pas, elles mourront. Prenons le cas du réchauffement climatique ; l’ouragan Florence qui a récemment frappé durement la côte Est des États-Unis a eu des conséquences terribles sur les populations. Mais cet impact se mesure également au niveau du business. Financièrement, c’est dévastateur. Prenons un contre-exemple ; certaines entreprises s’engagent sur le long terme, pour garantir l’éducation, l’accès à la santé et la protection de l’environnement. L’entreprise ExxonMobil a par exemple investi massivement dans la recherche contre la malaria, car elle est implantée dans de nombreux pays touchés par la maladie. Les cadres dirigeant.es ont bien compris que si les épidémies se répandaient, ce serait mauvais pour leur business. C’est un raisonnement pragmatique, qui profite à tout le monde. Par ailleurs, pour une entreprise qui cherche à développer ses marchés à l’étranger, investir dans le développement économique du tissu local est fondamental.

On voit de plus en plus d’études qui convergent dans ce sens. Elles émanent des grands cabinets de gestion d’actifs, même eux le voient ! Je pense qu’on vit à une époque où la transparence, la responsabilité et l’engagement sont les nouveaux piliers du business.

Dans votre livre, vous évoquez la diversité au sein des entreprises comme une étape incontournable.

A.K. : En effet, j’observe que de plus en plus de multinationales réalisent l’importance des questions de diversité et d’inclusion. Chaque année, Larry Fink, à la tête de BlackRock (le plus gros gestionnaire d’actifs au monde, avec plus de 6 000 milliards de dollars d’actifs), adresse ses voeux à ses collaborateurs, et leur fait part de ses recommandations. En janvier 2018, sa lettre mettait l’accent sur deux choses. La première rejoint le propos que je développe dans mon livre : pour prospérer, une entreprise doit prouver son efficacité à avoir un impact positif sur la société. À ce titre, BlackRock a intégré cette donnée dans son processus d’investissement. La seconde est que, pour y parvenir, les entreprises doivent prendre à bras le corps les problématiques de diversité. Au niveau des comités exécutifs, elles doivent intégrer des personnes de divers horizons. Et la plupart des compagnies ont beaucoup de chemin à faire.

Quel rôle la tech peut-elle jouer pour accélérer le processus ?

A.K. : La tech est un laboratoire de solutions nouvelles. Dans le cas du mobile et des nouvelles facilités de paiement (e-wallet, mobile money), ces technologies ont permis à de nombreux business de voir le jour dans les marchés émergents. Je pense notamment au continent africain où le tissu de petites et moyennes entreprises est très déployé. Côté entreprises, certaines jouent un rôle crucial en mettant à disposition les technologies qu’elles développent en interne. C’est par exemple le cas de Hewlett-Packard. Cette société a créé une solution mobile et un système de cloud pour favoriser la prévention contre le virus du sida en Afrique du Sud et au Kenya. Elle est intervenue au niveau des infrastructures pour aider à implanter ces technologies.

Aux États-Unis, le géant Johnson Controls [entreprise industrielle spécialisée dans les équipements pour automobile et les systèmes de climatisation, ndlr] s’est engagé dans la rénovation des « passoires thermiques », ces immeubles anciens qui ont une consommation très importante du fait d’une mauvaise isolation. Grâce aux dernières technologies (notamment en matière de BIM, Building Information Modeling) et un partenariat avec une ONG, ils ont notamment modernisé le Rockefeller Center de New York. En termes d’émissions de CO2, l’immeuble est désormais aux normes environnementales.

Vous insistez sur le fait que les entreprises sont souvent plus efficaces que les États pour accélérer le changement. Pourquoi ce constat ?

A.K. : C’est un constat finalement assez triste. J’ai écrit ce livre avant l’élection de Donald Trump. Je pense que ce moment de notre histoire illustre bien le coeur du problème. Les gouvernements changent, ils évoluent et s’engagent parfois dans des réformes dévastatrices. Par exemple, le président Trump nie la réalité du changement climatique.

A contrario, les entreprises sont mues par les marchés et les opportunités stratégiques. Les grands enjeux de société comme le climat, l’éducation ou la santé peuvent mettre en danger leur business. Je pense donc qu’elles agissent dans leur intérêt en solutionnant ces problèmes. Mon espoir est que leur volonté de croître les pousse à imaginer des solutions aux grands enjeux de société.


Cet article est paru initialement dans le hors-série "Business4Good" réalisé par L'ADN Studio en partenariat avec les #Intrapreneurs4Good de BNP Paribas.
Retrouvez-les sur le compte Twitter @Intra4Good.

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