deux tableaux : industriel et vert

Rapport Meadows : 50 ans plus tard, tout le monde s'en fout ?

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Le rapport Meadows du Club de Rome a cinquante ans. Les limites à la croissance dans un monde fini, ça fait un demi-siècle qu’on en parle et à peu près autant que rien (de sérieux) ne se passe.

C’était l’année 1972, un an avant le premier grand choc pétrolier de 1973. Le Club de Rome, qui est alors un cercle de réflexion qui réunit économistes, industriels et dirigeants politiques, sollicite quatre jeunes étudiants-chercheurs du MIT et leur commande un rapport. L’objectif ? Modéliser les rapports entre trois phénomènes en expansion : démographie, croissance économique et consommation des ressources terrestres.

Les limites à la croissance

Dennis Meadows, son épouse Donella Meadows, Bill Behrens et Jørgen Randers se mettent à la tâche, réunissant leurs compétences en mathématiques, informatique et économie. Ensemble ils rédigent le rapport The Limits to Growth. Le constat est sans appel : le postulat de croissance exponentielle sur lequel repose la civilisation thermo-industrielle n’est pas tenable. Il conduit à outrepasser les limites de ce que la Terre est capable de produire pour soutenir cet effort. Les modélisations de l’équipe du MIT sont claires : dans un monde fini, croissance économique et croissance démographique doivent avoir des limites. Les lois de la physique et de la thermodynamique doivent encadrer l’économie, et non l’inverse.

Business as usual

Le rapport est traduit en trente langues et se vend à 10 millions d’exemplaires. À sa publication, il suscite un tollé planétaire. Les quatre chercheurs étudient plusieurs scénarios, dont l’un, considéré comme radical, s’ancre sur la perspective d’une croissance zéro. Mais les scientifiques proposent également une modélisation, alarmiste, sur la perspective du « business as usual » , c’est-à-dire un scénario où l’humanité continue de croître et de consommer de manière exponentielle. Cinquante années ont passé, force est de constater que c’est la voie qui a été empruntée. Pollution de masse normalisée, démographie galopante et obsession pour les points de croissance : les quatre du MIT n’ont pas été écoutés. En 1992, soit vingt ans après la publication du rapport, George Bush déclarait que « le mode de vie américain n’est pas négociable. » Un positionnement qui peine à être véritablement remis en question à l’heure actuelle, et ce malgré la bonne volonté affichée par Joe Biden lors de la campagne présidentielle.

Cinq décennies d’expansion sans limites

Le rapport Les limites à la croissance (dans un monde fini) est republié cette année, dans une version augmentée et retravaillée par Dennis Meadows et ses équipes. Invité par de nombreux médias à l’occasion de la promotion du livre, celui-ci livre un constat amer : cinq décennies ont passé, et la pression extractiviste s’est accrue. La question n’est plus désormais « comment éviter le dépassement ?  » , mais « comment faire pour en limiter les effets ?  » .

Entre les différents rapports du GIEC et les travaux de la récente Convention citoyenne pour le climat, toutes les sonnettes d’alarme ont pourtant été tirées. À rebours de toutes les alertes des scientifiques, les décisions politiques s’attachent à sauvegarder le modèle industriel et productiviste qui est la cause de la catastrophe en cours. Le rapport Meadows le soulignait pourtant en 1972 : « plus la prise de décision sera tardive, plus elle deviendra difficile. »

À lire : Les limites à la croissance (dans un monde fini) chez Rue de l’Échiquier, 2022

commentaires

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  1. Michel A. de Kemmeter dit :

    Chère Nastasia. Il y a des raisons pour cela:

    - le politique pense à sa ré-élection, non pas au bien commun
    - le business pense à la survie de leur entreprise
    - l'académique pense qu'à publier et donner leurs cours -et sont payés pour cherchent pas pour trouver + ils restent dans leur "case" - silo
    - les médias sont là pour audimat, pas pour informer
    - le rentier au rendement de son patrimoine
    - et... le citoyen est perdu dans la masse grise de bruit, entouré de pilleurs qui essayent de grappiller ce qu'ils peuvent dans un Titanic déjà penché à 45°

    Il faudra, pour réussir cette transition :
    - un leadership rassurant
    - plusieurs chocs encore pour réveiller un occident endormi et lobotomisé
    - des pistes, méthodes, exemples, témoins, ok pour partager leurs savoirs
    - une vision désirable de la "nouvelle terre" et de ses différentes fonctionnalités
    - des business-modèles nouveaux et performants pour les jobs régénératifs de demain, en plate-forme ouverte et collaborative, globale
    - un vrai modèle économique et sociétale régénératif, basé sur une philosophie et valeurs humanistes, de sagesse
    - des communautés de jeunes qui portent cette vision et entreprennent en multiple hélix.

    Nous avons (presque) tout des ces 6 derniers points.
    En ce 50ieme anniversaire du rapport Meadows. Même Dennis Meadows que j'ai eu en direct n'y crois plus.
    Nous bien.
    On en parle ?
    Prof. Michel A. de Kemmeter

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