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Un homme interloqué au téléphone, derrière un ordinateur rétro
© RyanJLane via Getty Images

Burn out : le livre dont vous êtes l’anti-héros

Le 27 mars 2019

Vous vous souvenez des livres dont vous êtes le héros ? Ici, le manoir dont il faut s’échapper, c’est l’entreprise. Et vous, vous seriez plutôt un pion qu’un héros. M’enfin, qui sait… Peut-être qu’au bout de l’aventure, vous échapperez au burn out et aurez une promotion…

« Arthur, il faut vous rendre au travail. Conf call dans une heure. »

Douche, shampoing, café. Vous avez beau avoir la motivation d’une huître en hypoglycémie, la prochaine étape de votre journée, c’est le bureau. C’est sur cette note peu réjouissante que commence Burn out, le livre dont vous êtes le chargé de mission, paru aux éditions Nova. Le lecteur y incarne Arthur Perrault, un employé lambda d’une entreprise peu scrupuleuse, dont l’activité principale consiste à développer des drones tueurs.

Joie et bonheur.

À l’heure où l’on cherche un job qui a du sens, on comprend vite que celui d’Arthur n’en a pas. Et on a envie de le sortir de là, le pauvre gars. Son open space déborde des clichés qui consument le monde du travail à petit feu – les « blagues » sur les collègues qui quittent le bureau à 18h, des bureaux standards made in La Défense, des présentations PowerPoint interminables et des missions dont personne ne comprend la finalité.

Résultat, Arthur déprime. Il sait qu’ailleurs, c’est pire. Qu’il a la chance d’avoir un toit et un emploi. Mais il sait aussi que la planète n’en a plus pour longtemps et qu’il ne l’aide pas vraiment à retrouver du poil de la bête.

France Cravate vs Arte

L’aventure d’Arthur – et la vôtre, en tant que lecteur – commence quand son boss lui propose une mission sur le terrain. Le choix n’est, en apparence, pas cornélien : accompagner France Cravate, leader de la cravate fantaisie dans sa nouvelle stratégie, à Bagneux, ou participer au rajeunissement des programmes initié par Arte pour favoriser une création originale et innovante et visiter les plus belles capitales du monde ?

La dynamique est régressive mais on se prend au jeu. RDV en page 117 si vous choisissez Arte, en 137 si vous choisissez France Cravate.

Évidemment, tout n’est pas si facile. Le chemin vers la quête de sens est parsemé d’embûches et de collègues malveillants. Chaque choix est crucial, et chaque faux pas, fatal. Faut-il monter en tête ou en queue de RER ? Devez-vous signifier à l’hôtesse d’accueil que votre nom de famille est mal orthographié sur le badge qu’elle vient d’imprimer ? Choisir le poisson ou le poulet à la cantoche ?

Vous avez beau faire preuve d’efforts et d’imagination pour sortir le pauvre Arthur de son quotidien de misère, il y a de fortes chances pour que vous vous retrouviez

  • à défendre les opportunités de la cravate connectée,
  • séquestré par des syndicalistes,
  • sans emploi et alcoolo…
  • ou que vous fassiez une overdose de Lexomil.

Bref, pas facile de s’en sortir. C’est, in fine, le constat amer du livre.

Dans l’enfer du salariat

J’ai tout essayé. Plusieurs fois. Jouer les lèche-bottes et rire aux blagues sexistes de mes collègues. Leur dire fuck, assumer ma personnalité et poursuivre mes rêves. Tromper ma femme. Être fidèle à ma femme. Obéir aux ordres. Faire le contraire. Démissionner. Continuer à bosser. Me lier d’amitié avec des gens aussi ennuyeux que désagréables. Les ignorer royalement. Mentir sur mon CV. Jouer la carte de la sincérité…

Jusqu’à ce que je m’avoue vaincue. Je ne peux pas sauver Arthur Perrault. Son destin est condamné, je suis triste pour lui, mais je n’y peux rien. Et lui non plus d’ailleurs. C’est ça le plus tragique. Les rouages de la machine infernale qu’il a volontairement choisie semblent complètement détraqués.

Je vais quand même persévérer – tous les chemins ne mènent pas à la dépression, et j’ai comme l’intuition qu’Arthur Perrault pourrait bien devenir un écrivain à succès si je fais le bon choix à la machine à café.

En conclusion, cette aventure m’a épuisée, mais elle montre avec talent – et une sacrée plume – les pièges tendus par le monde du travail. On en sort certes un peu déboussolé, mais avec la ferme intention de ne pas succomber aux mécaniques malsaines qui guettent chaque salarié.

Les auteurs – Paul Bianchi et Thomas Gayet – ont le sens de la formule. Et on a beau être désolés pour Arthur, on se délecte des mots qui dépeignent si justement l’entreprise dans ce qu’elle peut avoir de plus ridicule. C’est vif, drôle, et ça donne envie de se battre pour ne surtout pas se retrouver dans les pompes d’Arthur Perrault.

Petit bonus : le lexique qui se trouve à la fin de l’ouvrage. On y retrouve une bonne compilation des expressions à bannir à tout prix du bureau.


Paul Bianchi & Thomas Gayet, Burn out, le livre dont vous êtes le chargé de mission, ed. Nova, 232 p., mars 2019, 15,90€

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