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des poubelles pleines sur la plage
© Tobias Tullius

Phenix, la plateforme anti-gaspi qui réconcilie commerçants et associations

Anaïs Jaunay
Le 4 déc. 2019

Phenix fait rassemble les associations, les commerçants et les consommateurs grâce à ses solutions numériques contre le gaspillage. De quoi assurer une transition écologique et résoudre l’absurdité des produits alimentaires jetés.

Jean Moreau et Baptiste Corval ont fondé Phenix en mars 2014 sur une idée simple : relier deux mondes qui peinaient à coopérer efficacement. D’un côté, les commerçants qui jettent des produits alimentaires, de l’autre, les associations qui voudraient les ramasser. Avec Phenix, les premiers économisent sur le traitement de leurs déchets, les seconds récupèrent plus facilement les denrées. Le modèle économique de la plateforme ? Phenix se rémunère sur la défiscalisation prévue par la loi dite Coluche qui permet aux entreprises de bénéficier d’un avantage fiscal, à hauteur de 60 % de la valeur hors taxes de leur don. Bref, à la fin, tout le monde y gagne.

La fin d'un gaspi institué

Il y a à peine cinq ans donc, une éternité en termes de prise de conscience des enjeux environnementaux, Jean Moreau se souvient que les géants de la grande distribution prenaient les deux entrepreneurs pour des hurluberlus : « Tous n’avaient pas la fibre environnementale, ce sont d’abord des businessmans ! Les pertes sèches dues aux invendus étaient prises en compte dans leur modèle économique, ils ne voyaient tout simplement pas le problème, et encore moins l’opportunité. Leur seule priorité était que les approvisionnements se fassent bien ».

Mais tout va changer avec la loi Garot, votée en 2016. Et ce n’est pas simplement parce que celle-ci oblige les supermarchés de plus de 400 m2 à donner leurs invendus alimentaires s’ils sont sollicités par des associations. Ce n’est pas non plus parce qu’en cas de refus les supermarchés sont passibles d’une amende de 3 750 euros par infraction. Non, tout va changer parce que la loi fait émerger le sujet dans le débat public. Les préoccupations environnementales montent, et tout à coup on réalise l’absurdité du système. On réalise qu’en jetant de la nourriture on jette l’eau nécessaire à sa transformation, son temps de stockage, les kilomètres parcourus pour son acheminement, le travail de ceux qui l’ont produite… Et ce n’est plus tolérable.

Coacher les gérants de supermarchés

Phenix s’est donc rapidement développée. Aujourd’hui, l’entreprise emploie 130 salariés, et en 2018, une levée de fonds de 15 millions d’euros leur a permis d’étendre leurs moyens d’action et de créer une application qui propose aux particuliers d’acheter les invendus alimentaires à prix cassés. Un nouveau débouché qui s’ajoute à leurs actions de coaching anti-gaspi auprès des gérants de supermarchés.

Ces gérants changent donc leurs process et par capillarité, la politique de leurs enseignes. Ce qui ne pouvait être donné aux associations avant, comme la viande, les dates limites de consommation trop courtes ou les légumes et les fruits abîmés remplit les paniers vendus aux particuliers.

Chez Franprix, partenaire historique de Phenix, Jean-Paul Mochet, alors directeur général de l’enseigne a tout de suite flairé une façon de se démarquer de ses concurrents. « La transition n’a pas été évidente, témoigne Arthur Caron, directeur de l’excellence opérationnelle de Franprix. Cela a nécessité de solliciter des collaborateurs qui ont déjà beaucoup de travail, de mettre en place de nouvelles pratiques et de tordre nos anciens modèles de fonctionnement ». Mais, désormais, ils peuvent se réjouir. En 2018, 980 tonnes de produits sauvés leur ont permis de réaliser de substantielles économies sur leur traitement.

Même la viande peut être donnée

Chez les commerçants de quartier, même constat. Phenix apporte de vraies solutions à des problèmes dont ils n’avaient pas non plus mesuré les coûts ni le potentiel. Francis Berger tient une boucherie dans le XIe arrondissement de Paris. Et ce n’est pas un commerce de tout repos. « Le consommateur d’aujourd’hui est très sensible : s’il fait chaud, s’il y a un scandale alimentaire ou des manifestations dans la rue, les gens mangent moins de viande ! » Sans compter que la législation rend le don de viande aux associations très compliqué. « Travailler avec Phenix a été la décision la plus rapide de ma vie. Pendant deux ans et demi, j’ai jeté de la viande que je ne pouvais plus vendre mais qui était toujours consommable. C’était douloureux de jeter le fruit de mon travail. Aujourd’hui, je prépare chaque jour 1 à 3 paniers et je permets à quelqu’un de manger de la bonne viande à petit prix ». 

Sur un modèle assez proche, d’autres services ont vu le jour. L’appli Too good to go a été lancée par Lucie Basch en juin 2016. Elle permet à des commerçants, boulangeries, supermarchés et hôtels partenaires de proposer des paniers de produits invendus. D’une valeur initiale de 10 à 12 euros, les particuliers les paient moins de 4 euros et passent les chercher chez le commerçant à l’heure convenue. Là encore, le succès est fulgurant. Les deux jeunes entreprises parviennent surtout à démontrer une chose : il ne faut pas grand-chose pour que d’un énorme gâchis puisse naître une solution.  

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