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Une femme en train de dormir sur son bureau devant son ordinateur avec des post-it sur les yeux
© PeopleImages via Getty Images

Déconnexion : que peuvent faire les entreprises ?

WAT
Le 30 janv. 2019

On a beau la brandir comme un droit, un devoir même… La déconnexion n’est toujours pas une réalité pour de nombreux salariés. Chez WAT, on pense que la communication a un rôle à jouer pour inverser la tendance. Tribune.

En France, une étude de l’Ifop montrait que 42 % des utilisateurs de smartphones s’estiment « dépendants » de leur doudou high-tech. Pour preuve : nous touchons l’écran de notre téléphone 2 617 fois par jour et il nous faut 23 minutes (rien que ça !) pour nous reconcentrer après une interruption. Pas facile de rester productif dans ces conditions… D’autant que la perte d’efficacité induite par la seule présence de notre smartphone en réunion équivaut à une baisse de 10 points de notre QI, pire que les effets d’une nuit blanche !

Gamers, Facebookaholics… À chacun sa detox

Face à ce fléau du XXIe siècle, les expériences de déconnexion se multiplient. On se souvient, par exemple, de celle de Thierry Crouzet (1), victime d’un burn-out numérique en 2011. Ou encore de celle de Pierre-Olivier Labbé, ce journaliste et réalisateur qui a vécu trois mois sans Internet pour les besoins de son documentaire Digital Detox (2).
Certains vont jusqu’à suivre une cure de désintoxication numérique ! C’est le cas notamment de plus de 800 personnes qui se sont faites interner à la clinique Delete de Rio de Janeiro. Des ados gamers aux adultes complètement « Facebookaholics », ils réapprennent à vivre sans écrans : temps de lecture, projection de films sans portable, exercices physiques pour compenser l’inclinaison de la tête due à l’usage prolongé du smartphone…
Même les ingénieurs de la Silicon Valley se sont regroupés entre repentis pour créer un think tank et alerter le grand public sur les risques liés aux addictions au smartphone.

La déconnexion, piège à c. ?

Et l’entreprise dans tout ça ? Depuis le 1er janvier 2017, un « droit à la déconnexion » figure dans le Code du Travail français pour « assurer le respect des temps de repos et de congés, ainsi que l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle et familiale ». De quoi entraîner de nombreuses initiatives de la part des entreprises et de leurs partenaires : les salariés de Bouygues Télécom qui se connectent le soir ou le week-end sur leur ordinateur sont rappelés à l’ordre par une fenêtre « pop-up » les invitant à respecter leur temps de repos et celui des autres ; ceux d’Orange peuvent opter pour un autodiagnostic qui analyse le volume et le temps passé à leurs communications par e-mail ou chats tandis que Saint-Maclou crée la « plage de déconnexion » entre 20 heures et 7 heures. Côté partenaires, la start-up Into the Tribe embarque les entreprises dans des formations de détox digitale pour améliorer la qualité de vie au travail alors que Calldoor joue la carte de l’appli mobile pour accompagner la déconnexion des collaborateurs en gérant notamment des plages horaires de SMS, e-mail, appels, apps... pour être en accord avec la charte d'entreprise.
Bref, deux ans après l’instauration de cette loi, les RH se sont emparées du problème. Mais difficile de répondre à des collaborateurs aux multiples facettes : ceux qui souhaitent se déconnecter à heures fixes et ceux qui sont, disons, plus « fluides » entre vie pro et vie perso et qui voient même dans la connexion tardive une façon de gérer avec plus de liberté leur temps de travail.
Or dans tout cela, reste une muette : la fonction com’ ! Pourtant, à grand renfort de vidéos, de gifs, de newsletters et autres pushmails, elle n'est pas tout à fait innocente dans l'affaire...

« Make our content great again »

La communication est répétition, on nous l’a assez… répété. Mais quid de cet adage à l’heure de la déconnexion ? À force de vouloir être visibles, les entreprises risquent de devenir inaudibles, conduisant tout droit leurs parties prenantes internes et externes à l’infobésité, autrement dit à l’overdose de contenus et d’informations. Alors, que faire ?

1/ Adaptez votre taux de « change »

La fin d’une addiction ne se décrète pas ! C’est surtout une affaire d’accompagnement du changement et, en particulier, de formation des collaborateurs. Car sous la contrainte, la déconnexion génère plus de stress qu’elle ne soulage in fine le collaborateur. Ainsi, Schneider fait appel aux services de Mailoop pour sensibiliser, diagnostiquer et généraliser le bon usage des mails. Le principe est simple : chaque collaborateur s’approprie son droit à la déconnexion et encadre son accès aux mails. Pour cela un utilisateur doit au préalable évaluer la pertinence des e-mails reçus, la nécessité ou non d’être en copie, le caractère d’urgence au regard de l’horaire, etc. Les résultats sont imparables : chez Schneider le nombre d’e-mails le soir et le week-end a chuté de 58% en six semaines (auprès des équipes du top management, RH, QVT et innovation IT).

2/ Let it slow

Depuis peu, l’algorithme YouTube met en avant des vidéos longues de 15 minutes à deux heures ! Preuve que le slow content trouve aujourd’hui son public, même en digital. L’idée : ralentir la cadence et redonner du sens aux contenus. Comment ? En pensant les rythmes de communication différemment, pour s’adapter aux usages des cibles. Une idée qui a fait son chemin au Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens (CNOP). Cette institution, qui s’adresse à une cible plurielle (pharmaciens d’officines, en ville ou à la campagne, jeunes diplômés ou expérimentés), jongle entre actus chaudes et formats longs (revues et podcasts) pour ses contenus les plus exigeants qui nécessitent le maximum de capacités neuronales dirons-nous. Car privilégier le temps long, c’est travailler sur des dossiers de fond et créer des moments de réflexion avec les différents publics.

3/ Donnez-leur les pleins pouvoirs

Une information bien ciblée a plus de chances de recevoir une écoute attentive, ça, la communication l’a bien compris. Mais quid du passage de la communication subie à la communication choisie ? La réflexion avance... Lorsque le groupe La Poste propose un Intranet RH au tableau de bord 100 % personnalisable, c’est une manière de redonner les manettes à ses collaborateurs. Même chose en communication externe pour la Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP), qui a créé un système de consommation d’information choisie via la publication de newsletters thématiques. Les entrepreneurs peuvent ainsi paramétrer leur abonnement et le rythme de parution. De quoi réduire le temps de connexion et proposer des contenus toujours plus spécifiques. Une façon d’être intéressant, avant d’être intéressé !

4/ Enfin, misez sur l’exemplarité et la confiance

Coercition et blocages techniques ne sont pas toujours la solution ! La preuve à la Société Générale où un dialogue constructif a été engagé très tôt, bien avant que le droit à la déconnexion n’entre en vigueur. Et les collaborateurs ont suivi, les enquêtes régulières le montrent. Le pari gagnant : faire confiance aux managers pour être exemplaires et ainsi inspirer les bons réflexes. C'est également le choix qu’a fait Michelin en laissant le champ libre aux managers pour prendre en compte les individualités de chacun. C’est donc un fait : la déconnexion ne se fera pas en un jour. Le changement de culture doit s’opérer sur le long terme. Telle est la clé du succès !


  1. Auteur de J’ai débranché, Comment revivre sans Internet après une overdose, Fayard, 2012.
  2. Diffusé sur Canal + en 2015.
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