Vue aérienne de plein de gens discutant en groupes

Dialogue social : trois scénarios pour 2030

Avec AlterNego

On en parle peu, et pourtant il concerne 80 % de la population active en France. Le dialogue social est un élément essentiel de nos vies professionnelles, puisqu’il touche à la négociation collective, à la communication entre les différents acteurs de l'entreprise et, surtout, aux compromis possibles entre le patronat, les syndicats et les salariés. Salaires, conditions de travail, prévention en matière de santé, résolutions des conflits… autant de thèmes qui passent au tamis d’un dialogue social plus ou moins formalisé. 

La longue histoire du dialogue social en France épouse les contradictions et évolutions de notre société. Nous avons donc décidé d’explorer trois scénarios pour le futur, du pire au meilleur.  

Scénario 1 / Un dialogue social rendu muet

Amoindris par l’individualisation du travail et grevés par leur image d’organisations archaïques, les syndicats n’y arrivent plus. Le taux de syndicalisation, qui atteignait péniblement les 11 % à la fin des années 2010, stagne aujourd’hui aux alentours de 7 %. 

Dans nombre d’entreprises, la représentation du corps social est un lointain souvenir : faute de votants et de candidats pour les élections, les Comités Sociaux et Économiques (CSE) ne peuvent être constitués. La conséquence ? Les conditions de travail sont imposées unilatéralement par l’employeur. 

La situation fait réagir : des mouvements de contestation se multiplient dans nombre d’entreprises depuis quelques années. Mais portés par des collectifs non-représentatifs selon les critères du Code du travail, ils ne peuvent aboutir à la signature d’accords. Résultat, le contrat de travail tend à disparaître. Considéré comme le sésame à obtenir pendant des décennies, le CDI perd du terrain au profit du statut de travailleur indépendant que certaines entreprises n’hésitent plus à imposer à leurs collaborateurs. Quant à celles et ceux qui restent salariés, ils et elles font face à un accroissement sans précédent des risques psychosociaux

Scénario 2 / Le compromis au cœur d’un dialogue social apaisé

Un nouveau régime s’est imposé à la suite de la crise sanitaire mondiale du début des années 2020, celui des deux à trois jours de télétravail par semaine. Portée par les syndicats, cette modification des conditions de travail au niveau national a consolidé leur place. Si le bureau perd de sa valeur symbolique, le taux de syndicalisation, lui, augmente d’année en année. 

La France tend vers un modèle du dialogue social qui se rapproche de celui de nos voisins Allemands : fort taux de syndicalisation, négociations et accords collectifs par branches, et recherche permanente du consensus plutôt que conflits à répétition. Le changement est aussi culturel : d’un paradigme pyramidal, salariés et patronat semblent évoluer dans leurs postures, en considérant le dialogue social non plus comme un combat subversif, mais comme un débat constructif. 

Symbole de cette (r)évolution en douceur, le développement des Accords de Performance Collective (APC). Considérés à leur création en 2017 comme une façon retorse d’augmenter les heures de travail sans contrepartie financière, ils se sont progressivement développés. Syndicats, représentants des salariés et direction utilisent cet outil de négociation afin d’aménager temporairement l’organisation du travail ou sa rémunération pour faire face aux fluctuations de l’activité. Et ce pour éviter les plans sociaux, dont le nombre baisse continuellement en France depuis 2025. 

Scénario 3 / L’utopie concrète

Depuis la crise sanitaire des années 2020, le télétravail s’est maintenu, et a pris de nouvelles formes. Nombre de salariés s’égayent ainsi de temps à autre depuis chez eux dans leur métavers d’entreprise. Pour autant, pas question de passer trop de temps à coller des Post-it entre avatars informatiques : les questions de santé au travail sont prises aux sérieux, et la réunionite, virtuelle ou non, a du plomb dans l’aile. 

Portée par différents mouvements de jeunesse, la revitalisation des organisations syndicales se poursuit. Depuis 2019, le taux de syndicalisation des moins de 30 ans est passé de 5 à 75 %, modifiant en profondeur le paysage syndical français. Résultat ? Les équilibres généraux au sein des entreprises ont été entièrement refondés. Plus impliqués dans l’élaboration de la stratégie de leur employeur, les salariés peuvent en partager les résultats et les bénéfices. Des ONG sont par exemple conviées aux réunions de CSE afin de s’assurer que les objectifs de développement durable fixés par l’Union européenne pour 2035 sont bien atteints. 

Par ailleurs, les travailleurs non salariés bénéficient de protections nouvelles, mises en place dans le cadre du « Plan Indépendant·e·s » négocié par des syndicats rassérénés et adopté par le Parlement en 2027. 

Pour ce qui est des métiers non télétravaillables, l’État assure un niveau de salaire qui permet à chacun·e de vivre de son travail. Dans certaines entreprises, on en vient même à penser un cadre qui dépasserait le rapport de subordination entre direction et employés.

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commentaires

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  1. Olivier dit :

    il y a d'autres options sans doute plus plausibles comme une dichotomie croissante entre des travailleurs hyperformés en position de force et des travailleurs précaires corvéables à merci et sans protection.

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