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Une personne sans-abri dans la rue aux Etats-Unis
© ablokhin / Getty Images

Et si les entreprises payaient un impôt pour aider les sans-abris ?

Le 26 nov. 2018

C’est tout nouveau, tout beau, et ça n’a pas été de tout repos. La nouvelle loi a été adoptée à San Francisco mais fait débat. Au point que certains craignent… une invasion de SDF.

La Silicon Valley a fait rêver, c’est le temps des désillusions. Entre des loyers qui explosent et le creusement des inégalités, l’American Dream 2.0 n’aura pas fait que du bien. Les start-up à succès ont refaçonné le paysage et laissé dans leur sillage certains sur le carreau.

Face à l’augmentation du prix de la vie, loyers compris, certains n’ont eu d’autre choix que de déménager. D’autres n’ont pas réussi à s’en sortir et la ville connaît ce qui est qualifié de « crise » tant le nombre de sans-abris a augmenté ces dernières années.

Prop C : faire payer les grosses boîtes pour aider la société

Parmi les différentes solutions proposées, la « Prop C » a été retenue par les habitants le 6 novembre 2018. Au programme : taxer à hauteur de 1% les recettes brutes des plus grosses entreprises de la ville. Ce nouvel impôt doit permettre de financer la construction de plus de maisons, de mieux accompagner les personnes souffrant de troubles mentaux, proposer plus de toilettes publiques, construire des foyers pour celles et ceux qui sont malades, souffrent de violence ou manquent d’argent, faire en sorte qu’il n’y ait plus d’attente pour avoir une place en foyer, nettoyer les rues et les rendre plus sûres…

Autrement dit, faire en sorte que la situation s’arrange sur ce terrain. Il semble bien compliqué d’éradiquer les disparités -la ville comptait 74 milliardaires en 2017, et à peu près 100 sans-abris pour chacun d’entre eux -, mais ces mesures pourraient permettre de répondre en partie à la crise.

Certains assument, d’autres ont du mal à avaler la pilule

On se dit que 1% sur les recettes brutes, les milliardaires de la tech peuvent bien se le permettre. Pourtant certains n’ont pas hésité à se positionner clairement contre la proposition. N’oublions pas qu’aux États-Unis, la liberté de parole est reine… Et c’est sur Twitter que s’est jouée une joute croustillante entre les milliardaires en apparence philanthropes, et ceux qui semblaient bien plus décidés à privilégier leurs intérêts persos.

En tête de proue des « pro », on retrouve Marc Benioff, CEO de Salesforce. Dans un tweet, il affirmait que les grandes entreprises étaient « pleinement responsables » du sujet.

Grincement de dents chez d’autres, à l’instar de Jack Dorsey, big boss de Twitter. Dans une tribune du New Yorker, l’auteur Anand Giridharadas rapporte que ce dernier s’est indigné, aux côtés d’autres riches hommes d’affaires. Au programme des débats : démocratie, richesse et pouvoir.

L’argument phare de Jack Dorsey est que la taxe est inégalitaire dans la mesure où elle pénaliserait plus grandement les entreprises favorisant les transactions financières. Vous ne voyez pas le rapport avec Twitter ? Normal, c’est pour Square, son autre société, qu’il s’inquiète.

La plateforme, spécialisée dans le paiement mobile, devrait voir ses impôts augmenter de 20 millions de dollars annuels. En comparaison, Salesforce qui emploie bien plus de monde, devrait débourser moins de 10 millions.

Par ailleurs, Google, Facebook et Apple – qui ont largement contribué au problème de sur-attractivité de la région – en sont exemptés puisque leurs locaux se situent en-dehors de San Francisco.  

Plus WTF et hautement cynique, London Breed, la maire de San Francisco, s’opposait elle-même à la mesure. Son raisonnement fait froid dans le dos : si la ville devient trop « accueillante » pour les SDF, d’autres risqueraient de rappliquer. Au secours…

Altruisme ou intérêt personnel ? La frontière est floue

D’un côté comme de l’autre, difficile de féliciter Marc Benioff ou de pointer du doigt Jack Dorsey. Le premier a évidemment une raison très business de soutenir la mesure. « Si le problème des sans-abris continue à San Francisco – et augmente -, ça va impacter nos entreprises. Il en va de notre intérêt et de celui de tout le monde de le résoudre », a-t-il confié à Anand Giridharadas. Jack Dorsey agrees – obviously. Il pense même que les inégalités financières constituent « l’une des crises existentielles mondiales » et que les milliardaires comme lui devraient effectivement contribuer à la résoudre. Problème : il ne dit pas vraiment comment.

Il faut dire que le débat est aussi très culturel. Quand on est riche aux États-Unis, on préfère dépenser son bon argent en galas de charité plutôt que de se faire taxer. Ainsi, « les ploutocrates ont l’impression d’être consultés plutôt que visés », conclut Anand Gridiharadas.

C’est aussi la crainte de London Breed. Que ces « ploutocrates » plient bagage vers des horizons où on les laissera faire ce que bon leur semble de leur argent.

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