Un groupe d'enfant font une photo de groupe en combinaison dans un musée

Big Quit, télémédecine, biotech, jeunesse éternelle, sédentarité... Les gros dossiers de la santé

Parcours de soin, santé connectée, essor des biotechs, bombes à retardement sanitaires, startups... Panorama des enjeux du secteur de la santé post-Covid.

Et maintenant ? Deux ans après le début de la pandémie, la santé n’en a pas fini avec les conséquences d'une crise sanitaire historique. Celles-ci se déploient, en combinaison avec d’autres forces, plus ou moins directes, déjà à l'œuvre sur le secteur : vieillissement de la population, explosion des maladies de civilisation, santé mentale en berne, mais aussi révolution technologique et numérique, virage aux biotechs, dérèglement climatique, etc. Bien manœuvrer dans ce panorama complexe et incertain sera clé pour bâtir un nouveau modèle de santé efficace, robuste et résilient face aux défis de l’époque.

Manque de médecins jusqu'à 2035

Sur le front du Covid, la période a mis en exergue les inégalités sociales et territoriales face à l’épidémie. Elle a polarisé les débats autour de la vaccination. Et elle a essoré un personnel soignant déjà éprouvé par des conditions de travail dégradées au fil des années. Au point où la « Grande Démission » était déjà une réalité de terrain, avant même que celle-ci ne soit théorisée : entre 2018 et 2021, 1300 étudiants infirmiers avaient démissionné avant la fin de leurs études ; à fin 2021, les postes vacants chez les paramédicaux étaient en hausse d’un tiers ; et 40 % des infirmiers déclaraient que la crise leur avait donné envie de changer de métier, selon une enquête de leur Ordre national.

Pour arrêter l’hémorragie, l’exécutif compte sur le Ségur de la santé, signé en 2020, dont les réformes visent notamment à revaloriser salaires et statuts. Et afin de lutter contre les déserts médicaux, qui concernent 7,4 millions de Français selon l’AMF et la Mutualité française, le numerus clausus, en vigueur depuis 50 ans, a été supprimé – ce qui ne signe d’ailleurs pas pour autant la fin de la sélection dans la filière. La mesure ne suffira pas à combler les besoins immédiats, puisqu’il faut compter les quelque dix ans nécessaires à la formation d’un praticien, ni les disparités territoriales – qui ne touchent pas seulement les campagnes. La Drees (direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques) estime que face à des besoins de soins accrus, le manque de médecins se fera sentir jusqu’à 2035.

La télémédecine dépasse-t-elle les bornes ?

La télémédecine peut-elle alors constituer une réponse ? Alors que les consultations à distance ont été multipliées par 100 depuis 2017, et que les bornes de téléconsultation essaiment sur le territoire, les professionnels demeurent partagés et vigilants. Lors d’une audition au Sénat en février 2022 sur la situation de l’hôpital et du système de santé en France, Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) et Serge Smadja, secrétaire général de SOS Médecins et président de SOS Médecins Paris, ont notamment fait part de leurs craintes quant à l’émergence d’un système de santé à deux vitesses. Des craintes qui s’expriment au moment même où le parcours de santé prend un « virage ambulatoire » destiné à sortir d’un système « hospitalo-centré » vers la pratique de ville et le maintien à domicile – l’un des grands axes de la stratégie nationale de santé française.

Pour d’autres, la e-santé constitue un atout-maître. Dans une note parue en décembre 2021, la Cour des comptes estimait les technologies numériques capables d’aider à rendre le système de santé plus efficient, et ceci afin d’aider à la maîtrise des dépenses sans avoir recours à l’austérité. Parmi les gisements de performances, la juridiction financière compte la prévention des effets indésirables et interactions médicamenteuses, l’interprétation et la surveillance continue des paramètres de santé du patient grâce aux objets connectés, des prescriptions plus économes, notamment grâce aux génériques, la réduction de difficultés d’accès aux soins et la réduction des dépenses de transports, via la télémédecine – encore elle.

La Cour identifie toutefois des conditions de réussite, comme l’interopérabilité des systèmes d’information sur l’ensemble des acteurs du système de santé, garantie par des normes techniques à mettre en place par le ministère de la Santé, selon la juridiction financière, ou l’adoption généralisée par les professionnels de ces nouvelles pratiques. En la matière, le déploiement de « mon espace santé » auprès des 65 millions d’assurés sociaux, nouvelle itération du carnet de santé en ligne après l’échec du « dossier médical partagé », sera à suivre de près. Et à mesure que la santé connectée se déploie dans nos vies, il faudra aussi adresser les inévitables enjeux de privacy et de sécurité de données au caractère très sensible.

3 milliards de dollars pour inverser le vieillissement

Du côté de l’innovation en santé, 2021 a été historique pour la « Health Tech » . Selon le panorama publié par l’association France Biotech, les entreprises innovantes de la santé ont levé 2,3 milliards d’euros, en hausse de 50 %, en phase avec le rythme européen et mondial. Pour la première fois, le secteur opère quelques méga-levées, comme celle de DNA Script, qui a réuni 142 millions d’euros pour le développement de son imprimante à ADN. Les biotechs en général représentent 42 % des 2000 sociétés de la filière, devant les medtechs (dispositifs médicaux, implants, prothèses, etc.) (22 %) et la santé numérique (16 %). La R&D et la propriété intellectuelle sont clés : 49 % d’entre elles sont issues de recherches provenant de la sphère publique ; la R&D représente d’ailleurs le premier poste de dépenses, 3,6 millions d’euros en moyenne par entreprise en 2020.

Malgré ce dynamisme avéré, la France manque encore de la puissance de feu nécessaire pour porter ses pépites au niveau supérieur : le ticket moyen d’investissement est de 13 millions d’euros, un montant dans le bas du tableau européen, tandis que seules deux entreprises santé ont rejoint le club des licornes françaises : Dental Monitoring, spécialisée dans l’intelligence artificielle à destination des dentistes, et Doctolib, devenue la plus grosse licorne française, suite à sa dernière levée de 500 millions d’euros. Il faudra bien cela pour faire face à la concurrence d’un Google qui va désormais afficher les disponibilités des médecins dans ses résultats de recherche... Sans parler des 3 milliards de dollars récemment levés par Altos Labs. Cette biotech américaine cherche à ralentir, voire inverser, le processus de vieillissement – rien que ça. Ce qui ferait d’elle la « startup la mieux financée de l’histoire » , auprès de personnalités comme Jeff Bezos ou Yuri Milner. Puissance de feu, vous disait-on.

Bombe à retardement sanitaire

La santé numérique, c’est aussi la promesse d’un empouvoirement inédit des individus, qui se saisissent d’un rapport plus actif à leur santé. D’ailleurs, avez-vous fait vos 10 000 pas aujourd’hui ? On peut discuter du nombre, mais faire chauffer vos step trackers sera bien nécessaire pour désamorcer la nouvelle « bombe sanitaire à retardement » annoncée. Car c’est en ces termes que les députés Marie Tamarelle-Verhaeghe et Régis Juanico qualifient la sédentarité qui gangrène nos modes de vie modernes.

Une situation aggravée par le Covid-19, entre confinements à répétition, télétravail, école à distance ou streaming à gogo. Dans leur rapport d’information, les parlementaires posent quelques statistiques édifiantes : 54 % des hommes, 44 % des femmes de 18 à 74 ans et 17 % des enfants de 6 à 17 ans sont en surpoids ou obèses ; depuis 50 ans, les jeunes de 9 à 16 ans ont perdu 25 % de leur capacité physique ; 66 % des 11-17 ans présentent un risque sanitaire préoccupant avec plus de deux heures d’écran par jour et moins de 60 minutes d’activité physique par jour.

Du côté de l’Anses, le ton est plus lapidaire encore : l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation estime que 95 % des Français adultes sont exposés aux risques sanitaires de nos vies statiques. L’enjeu de santé publique est majeur. Que risquons-nous à tant d’inertie ? Pour le Pr Irène Margaritis, cheffe de l'Unité d'évaluation des risques liés à la nutrition à l’Anses, des taux de mortalité et de morbidité plus élevés, les populations concernées s’exposant davantage à l’obésité, à l’hypertension, aux maladies cardiovasculaires et à certains cancers. Et selon l’OMS, jusqu’à 5 millions de morts dans le monde pourraient être évités si la population était plus active – sans parler du cortège de conséquences économiques et sociales qui accompagne ce fléau.

Nouvel art de la culture physique

Alors comment sortir de cette spirale délétère et réinventer un nouvel art de la culture physique ? Les députés recommandent notamment de faire de l’école le socle d’un apprentissage durable de l’activité physique et sportive. Bien sûr, chacun peut prendre des initiatives personnelles pour revoir son style de vie : remplacer 30 minutes de sédentarité par 30 minutes d’activité physique modérée peut réduire de 17 % la mortalité prématurée et de 30 % le risque d’accident cardio-vasculaire en moyenne.

Mais il ne s’agit pas d’une seule question de volonté individuelle, mais bel et bien de la structure de nos modes de vies, comme l’illustre le Pr Margaritis, « que ce soit dans l’espace public, en laissant davantage de place aux mobilités actives comme le vélo ou la marche, ou sur le lieu de travail, en favorisant la pratique sportive et en limitant les temps de sédentarité, ou encore dans le système scolaire en augmentant l’espace et le temps dédiés aux activités physiques et sportives » . Où l’on constate une nouvelle fois que la transition durable est non seulement un enjeu pour la planète, mais aussi pour nos écosystèmes intérieurs : agir sur nos mobilités quotidiennes, ne pas se vautrer dans « l’économie de la flemme » entre quick commerce et dark kitchens, pour réduire nos émissions carbone, préserver le tissu économique et social certes, mais aussi protéger nos artères.

Sport sur ordonnance

En attendant que le mouvement irrigue de nouveau nos sociétés ankylosées, et fasse œuvre de prévention, les vertus du « sport-santé » se comptent aussi sur le versant thérapeutique. Le « sport sur ordonnance » se généralise, avec la prescription d’APA (activité physique adaptée, jusqu’alors réservée aux patients en affections longue durée, à ceux atteints de maladies chroniques). 20 millions de personnes sont concernées. Les maisons sport-santé, lancées en 2019 afin d’accompagner les personnes malades ou éloignées du sport, sont désormais au nombre de 436 sur le territoire – même si « ce ne sont pas 500 maisons sport-santé qui vont régler tous les problèmes » , selon Martine Duclos, du CHU de Clermont-Ferrand à France Info. Cet article terminé, que diriez-vous alors de vous lever et d'aller marcher un peu ?

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.