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Main pouce levé ganté et sur fond jaune
© Fokusgood via Getty Images

Et si nous en profitions pour devenir des gestionnaires de crise ?

Le 10 juill. 2020

L'enseignement majeur de cette pandémie pourrait être résumé ainsi : la gestion de crise est l'une des compétences les moins bien partagées... au monde ! Et si on profitait de la Covid-19 pour rectifier cette lacune ?

On pourrait tomber d'accord sur une chose. Le confinement nous a pris par surprise, et il nous a fallu un bon moment pour sortir de l'état de sidération dans lequel il nous a violemment plongés. Comme si nous considérions que les crises était un état parfaitement anormal, réservé à d'autres régions du monde. À nous les spécialités culinaires – camembert et chocalatines, à d'autres les 10 plaies d'Egypte, les explosions et les pandémies.

Il faudrait sans doute commencer par là. Accepter que les crises frappent à l'improviste et qu'elles peuvent le faire partout – chez nous donc. Mais il faudrait poursuivre afin de réaliser que nous avons tricoté toutes les circonstances pour qu'elles se multiplient. Hé oui, nous sommes dans l'ère de l'incertitude radicale, des cygnes et des mégachocs. Et tout gestionnaire de crise vous le dira, tant que nous ne savons pas regarder en face ces deux faits là... on ne saura jamais composer avec.

RIEN N’EST PLUS CERTAIN QUE L’INCERTAIN

La formule d’« incertitude radicale » n’est pas nouvelle. En 1921, l’économiste Frank Knight publiait « Risque, incertitude et profit ». Il distinguait les situations à risque connues qu’on peut anticiper et contre lesquelles on peut à peu près se prémunir, des situations d'incertitude, où l'avenir ne peut même pas être imaginé. En 2007, dans un essai brillant devenu best-seller, le statisticien Nassim Nicholas Taleb qualifiait de « cygnes noirs » ces évènements et insistait sur deux points. Si nous avions une très faible probabilité de croiser un cygne noir, quand on le voyait, son apparition provoquait toujours des conséquences d’une force redoutable. Il donnait pour exemple la propagation d'Internet ou le 11 septembre.

ON COMMENCE À COMPRENDRE

Mais aujourd’hui, les cygnes noirs volent carrément en escadrille. Pourquoi ? Parce qu’en gros malins que nous sommes, nous avons multiplié le nombre potentiel des catastrophes, et que nous nous sommes aussi débrouillés pour augmenter leur capacité de nuisance.

À comprendre que les menaces d’un nouveau type que nous avons créées – les NRBC (pour nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques), les cyberattaques, le réchauffement climatique – sont toutes en mesure d’être des mégachocs. Elles peuvent toucher très vite un maximum de gens et provoquer des effets systémiques, en chaîne et exponentiels.

Vous comme moi ne sommes pas épidémiologistes, mais, arrivés à ce stade, on commence à comprendre que le combo « incertitude radicale – cygnes noirs – mégachocs » ne présage rien de bon.

Il va falloir s’y faire : si on ne s’intéresse pas aux crises avant qu’on ait à les affronter, elles pourraient bien nous faire la peau.

ANTIFRAGILE IS THE NEW RESILIENCE

Que peut-on faire maintenant ? Faire ce qu’ont fait tous ceux qui sont encore là pour le dire : on s’adapte.

D’aucuns pourraient être tentés de remettre au goût du jour les recettes les plus éculées : construire un bunker, rouler dans un véhicule blindé ou profiter de l’occasion pour bâtir des fortunes. Incontestablement, les organisations à haute fiabilité – les HRO, pour High Reliability Organizations – ont beaucoup mieux à nous apprendre. Leur caractéristique ? Savoir « performer » dans les situations extrêmes tout en évitant les catastrophes.

Elles font dans le militaire, le nucléaire ou l’aviation, on peut s’en émouvoir, mais elles font aussi dans la médecine d’urgence. Toutes ont pour point commun de flirter avec des enjeux vitaux – leurs erreurs ont un coût, et il se compte en nombre de morts. Du coup, elles ne plaisantent pas avec le risque, ne tergiversent pas avec l’incertitude, et ont tendance à chasser le cygne – le noir. La résilience n’est pas une option, elle est au cœur de leurs pratiques. Et cela change tout : la manière de regarder les problèmes – en face et sans rien planquer –, de les envisager – en s’adaptant aux changements rapides plutôt que de s’accrocher à des process inaptes –, de les résoudre – en faisant avec et non pas contre –, et puis de communiquer – clair et net, sans effets de manche ni storytelling bidon.

Franchement, à les écouter, on se prend à rêver : et si nous apprenions tous à devenir des HRO ? Affronter les crises deviendrait alors l’occasion, selon l’expression du même Nassim Nicholas Taleb, de devenir antifragiles, en capacité non plus seulement de bien encaisser les chocs, mais carrément de prospérer sous leurs effets.

C'est tout le sujet du nouveau numéro de la revue de L'ADN. Et pour vous procurer votre exemplaire, il vous suffit de cliquer ici.

Béatrice Sutter - Le 10 juill. 2020
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