Arraignée sur une fleur orange

Le business d’insectes, un marché florissant qui inquiète les scientifiques

© Krzysztof Niewolny - Unsplash

Le commerce d’animaux exotiques de compagnie a explosé ces dernières années. Si certains préfèrent les collectionner dans des vivariums plutôt que de les croiser dans la nature, les experts alertent sur ce commerce nuisible.

Si dans l’inconscient collectif le trafic d’animaux est souvent associé à des espèces d'oiseaux rares, de singes ou même des panthères, il touche aussi les insectes. En effet, cafards, coléoptères, papillons ou encore mille-pattes sont également victimes de commerce illégal. Pourtant, le business grandissant de ce que certains considèrent comme des créatures effrayantes met en danger de nombreuses espèces d’insectes et représente un risque pour les écosystèmes existants. Ravage de culture, cannibalisation d'autres espèces, transmission de maladies... les scientifiques alertent sur les risques de ces nouveaux business.

Le commerce d'insectes nuit aux populations sauvages

Selon un rapport publié dans la revue Communications Biology, plus de 1 200 espèces d'arachnides (groupe qui comprend des araignées et des scorpions) sont commercialisées, dont des espèces vulnérables en voie d’extinction. « Ce sont des espèces dont le commerce est tout à fait légal, mais il n'y a pas de données sur sa durabilité » , explique Alice Hughes, auteure de l'étude et professeure agrégée de sciences biologiques à l'université de Hong Kong.

Pour mesurer l’ampleur du business, Hughes et ses collègues ont développé un algorithme afin d’analyser les sites Web commercialisant des araignées et des scorpions en ligne, y compris ceux appartenant à des animaleries physiques. Ils les ont ensuite comparés aux bases de données commerciales existantes compilées par le US Fish and Wildlife Service et la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Résultat : si le commerce d'insectes est tout à fait légal, il s'avère que deux tiers des araignées et des scorpions qui font l'objet d'un échange commercial ont été prélevés dans la nature plutôt qu'élevés en captivité.

« Quand les gens entrent dans une animalerie, ils voient un animal et ils supposent qu'il a probablement été élevé en captivité » , explique Alice Hughes. « Ce que nous savons maintenant, c'est que pour les petits animaux comme les arachnides, plus de 50 % des individus que vous voyez dans les animaleries proviennent en fait de la nature. Et c'est avant même que nous ne comptabilisions correctement la mortalité, car bien sûr, s'ils sont expédiés d'Afrique ou d'ailleurs, un grand nombre mourront probablement en cours de route. »

Si ces prélèvements sauvages perturbent les écosystèmes, les arachnides jouant un rôle de régulation sur des populations d’insectes nuisibles, les scientifiques regrettent que ce commerce nuise à l’étude de ces populations et à leurs bienfaits pour les hommes. En effet, les venins d'araignées contenant des composés antimicrobiens, analgésiques et anticancéreux, en font des candidats sérieux pour le développement de nouveaux médicaments.

Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme

Ce nouveau braconnage concerne principalement les pays tropicaux attirant des collectionneurs peu scrupuleux prêts à tout pour enrichir leurs collections. En tête des pays les plus convoités, on retrouve la Bolivie dont la biodiversité regorge d’insectes rares.

Même s’il est difficile d’évaluer l’ampleur de ce nouveau commerce, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme. En effet, ce phénomène ajouté à la déforestation et l’urbanisation (responsables de la disparition de plus de 40 % des espèces d’insectes au cours des dernières décennies) pourraient provoquer des perturbations irréversibles sur les écosystèmes. Au-delà de la disparition d’espèces menacées, les chercheurs s’inquiètent de l’introduction artificielle et clandestine d’insectes dans une autre région que leur territoire d’origine. En effet, leur propagation peut s’avérer catastrophique, entraînant des nuisances telles que la destruction des cultures, plantes, arbres et autres animaux locaux, à l'image de la coccinelle asiatique.

Si au départ son introduction en Europe partait d’une bonne intention faisant le bonheur des jardiniers (adulte, elle peut ingurgiter de 90 à 270 pucerons par jour, contre une cinquantaine pour ses cousines indigènes), l'impact de la coccinelle asiatique sur les espèces locales est quant à lui catastrophique : « Elle a été définie comme espèce envahissante, explique le généticien de l’Inra Arnaud Estoup, car elle a un impact négatif sur les espèces locales de coccinelles. Elle est plus grosse et plus vorace qu’elles. Elle mange d’énormes quantités de pucerons. Quand elle passe quelque part, les coccinelles autochtones n’ont souvent plus rien à manger. » Et non contente d’être vorace, elle se révèle également cannibale, attaquant les œufs d'autres espèces d’insectes comme les coccinelles locales. Mais ce n'est pas tout. Comme le révèle Christophe Brua, président de la Société alsacienne d'entomologie, elle transporte également un poison mortel : « Les coccinelles asiatiques véhiculent des parasites pathogènes dans leurs œufs. S’ils sont inoffensifs pour elles, ils peuvent être très toxiques pour les coccinelles locales. Quand ces dernières les mangent, elles meurent. »

Face à l’ampleur du phénomène, certains pays commencent à réagir, à l’image de la France, qui concernant la Guyane a défini une réglementation visant à l’interdiction d’un éventuel trafic d’arthropodes.

Le saviez-vous ?

Le trafic d’animaux est devenu le troisième trafic au monde, après le trafic d’armes et le trafic de drogue.

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