Une jeune asiatique avec une tenue d'écolière modernisée dans une salle de jeux d'arcade

« Newtro » : Nos vies entre IRL et monde numérique

Le néologisme vient de Corée du Sud et contracte new et retro. Avec le newtro, le réel n'existe plus sans le digital et le digital ne suffit plus sans le réel.

Ainsi démarre 2026. On ne se contentera plus d'un simple dry January, ce défi qui consiste à se priver d’alcool pendant les 4 premières semaines de l’année. Nos envies de détox passent par le numérique, et, bizarrement, par notre sac à main. La tendance est partie d'une jeune influenceuse, Sierra Campbell, qui a fait le tour de la planète avec une vidéo TikTok où elle montrait le contenu de son « analog bag » . Son tips à elle : se déplacer avec un tote bag rempli à raz de carnets pour écrire à la main, de mots croisés, de matériel de tricot, d'un appareil photo et de quoi faire des aquarelles. Le principe, vous l'aurez compris, consiste à trouver des artefacts du monde physique pour combler cette peur de l'ennui apprise en ligne. On appréciera le paradoxe. Le sac analogique qui prône la déconnexion est devenu tendance grâce à sa viralité en ligne sur TikTok. Un comportement purement newtro qui met en scène sur les outils du numérique notre besoin de nous reconnecter au monde physique.

@siececampbell

Been in @Marie Claire Magazine, @Business Insider and sooo many more for this!!! Most effective way to make the days human instead of digital pace. #analogbag #analoglife #whimsywithsiece @Polaroid @Sézane @BAGGU @Papier @Sugar Paper LA

♬ original sound - SIECE CAMPBELL

Ce néologisme nous vient de Corée du Sud et contracte deux mots : new et retro. Le newtro, c'est ce besoin de revisiter des éléments anciens, « rétros », en leur appliquant des comportements numériques – « new » donc. On y trouve de la nostalgie pour les temps pré-Internet, mais pas uniquement. « Le newtro vise à réinterpréter le passé pour lui insuffler des valeurs modernes et offrir une expérience inédite. Le newtro se doit d'être à la fois novateur et ancré dans le passé », écrivait le journaliste coréen Ryu Hyun-ji. Entre IRL et monde numérique, il s’agit vraiment d’une hybridation. D'ailleurs, en 2026, il est de bon ton de qualifier le monde réel d’ « analogique », un adjectif qui emprunte pourtant à un registre technologique. Dans le newtro, il y a ce paradoxe : on cherche à se déconnecter des écrans, certes, et on veut retourner au monde réel, OK, mais on veut maîtriser parfaitement les techniques du numérique pour le faire savoir. Illustration avec les emballements du moment.

En mode pré-Internet (en utilisant les outils numériques)

Le newtro se manifeste aussi par l’emballement autour des esthétiques pré-Internet. On pense à Stranger Things, la série la plus vue au monde, qui a dépassé Squid Game avec plus de 1,3 milliard de vues. Son intrigue se déroule entre 1983 et 1987, dans une ère sans Internet ni téléphones portables. Les jeunes héros communiquent par talkies-walkies, les parents s'appellent sur des téléphones fixes à cadran dans un monde où disparaître signifie vraiment disparaître, où il est impossible de géolocaliser sa progéniture.

Autre méga succès révélatrice des esthétiques newtro, l'album Lux de Rosalía, élu album de l'année 2025. Avec une orchestration symphonique enregistrée avec le London Symphony Orchestra et des paroles inspirées de l'univers religieux – l'album a été salué jusqu'au Vatican, le son revendique un craft à l’ancienne. Pourtant, son succès international a bénéficié d'une promotion oscillant magistralement entre le on et le offline. Prenons pour seul exemple son lancement. Le 20 octobre 2025, Rosalía a live-streamé sur Instagram (auprès de 100 000 spectateurs tout de même) une traversée en voiture de sa ville, Madrid : la star devait être déposée dans la foule, au pied d'écrans géants qui allaient révéler la pochette de son nouvel album. Une opération physique qui a circulé en boucle sur les réseaux. Ainsi, l'album le plus romantico-religieux-rétrofuriste de l'année a bénéficié d'une magistrale campagne on et offline. Le LabelGrid analyse l'exploit en ces termes : « Rosalía n'a pas dépensé des millions, elle s'est présentée, a live-streamé, et a créé un moment organique unique (…) Rosalía a transformé son album en mème national. »

Des influenceurs qui déconnectent pour mieux connecter

Même les influenceurs ne restent plus derrière leurs écrans et tâchent d'incarner dans des événements physiques leur notoriété acquise en ligne. Et les fans adorent. Une étude de The Influencer Marketing Factory parue en septembre 2025 révèle que 95 % de la GenZ et des millennials veulent transformer leurs interactions online en expériences réelles et que 41 % des utilisateurs de réseaux sociaux ont déjà assisté à au moins un événement IRL organisé par un créateur en 2025. Par ailleurs, 67 % des non-participants se disent ouverts à y assister.

Les succès sont nombreux. L'influenceuse américaine Emma Chamberlain après avoir lancé sa marque de café a ouvert un lieu à Los Angeles. Jeumana Jaber, sa directrice marketing, explique : « Les espaces digitaux sont puissants, mais il y a quelque chose d'irremplaçable dans les moments en personne, surtout pour la GenZ qui valorise l'authenticité et les expériences partagées. »

En France, c'est Lyas, influenceur passionné de mode, qui incarne ce phénomène. En octobre 2025, il a organisé ce qu’il a baptisé une fashion watch party. À Paris, il proposait à sa communauté de venir regarder sur un écran géant les défilés de la fashion week. Un événement 100 % physique orchestré via Instagram et TikTok. En quelques heures, 2 000 personnes se sont pressées, des centaines ont dû être refoulées. Tous voulaient vivre ensemble une expérience qu'ils auraient confortablement pu vivre tout seuls, en ligne.

Ainsi, les désirs nés sur le digital retrouvent une existence IRL. Et les utilisateurs sont prêts à payer ce qu’ils obtiennent gratuitement en ligne. Selon StubHub, les influenceurs, podcasteurs et auteurs ont vendu 500 % de billets en plus pour des événements IRL en 2025 vs 2024. Andrew Roth, CEO de l’agence dcdx résume : « La fatigue du scrolling, combinée à la captivité digitale, a poussé les jeunes à réapprendre à se connecter. Ils créent leurs propres espaces, transformant leurs intérêts online en offline. » Du sac analogique de Sierra Campbell viralisé sur TikTok à Emma Chamberlain qui ouvre son café, le newtro utilise le numérique pour réactiver le tangible. Pas de rejet. De l'hybridation. Le réel n'existe plus sans le digital, mais le digital ne suffit plus sans le réel.

Béatrice Sutter

J'ai une passion - prendre le pouls de l'époque - et deux amours - le numérique et la transition écologique. Je dirige la rédaction de L'ADN depuis sa création : une course de fond, un sprint - un job palpitant.

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