
Tout droit importées des États-Unis, les gender reveal parties sont critiquées mais fonctionnent très bien sur les réseaux sociaux. Certains en ont même fait une spécialité.
Arches de ballons, gâteaux gigantesques et énormes nounours… Non, vous n’êtes pas tombés sur les vidéos du mariage de votre cousine Corinne, mais sur les nombreuses vidéos de gender reveal party partagées sur les réseaux. Sur TikTok, le hashtag #genderreveal compte plus de 790 000 publications, 743 000 sur Instagram. Un phénomène emprunté à la culture américaine, mais devenu très populaire en France. Trop populaire, vous répondront certains internautes, visiblement lassés d’apprendre le sexe des enfants à naître de parfaits inconnus.
Le scénario d’une gender reveal party aussi appelée baby shower, est simple et toujours identique. Quelques mois avant la naissance, on invite les proches et on révèle devant tous le sexe du futur bébé. Vous l’aurez compris, rose si c’est une fille, bleu si c’est un garçon. Une tendance apparue dès la fin des années 2000 outre-Atlantique, bien avant l’arrivée d’Instagram et de TikTok, et destinée initialement à susciter la joie de ses proches et leur participation aux frais du bébé.
« La baby shower, résume le site éponyme, se doit d’être un moment unique dont tous les participants se souviendront, c’est aussi un moment qu’on immortalise, nombreux sont les particuliers qui publient sur Internet les photos prises lors de leur baby shower ». Un phénomène qui répond au désir “d’extimité” de l’époque décrite par le psychiatre Serge Tisseron comme une mise en scène de l’intimité. « C’est le processus par lequel des fragments du soi intime sont proposés au regard d’autrui afin d’être validés », explique-t-il dans son article Intimité et extimité.
Une nouvelle économie
Du simple gâteau initial, toutes les idées sont bonnes désormais pour révéler à tous l’identité du futur nouveau-né. Comme ce combat de boxe entre bébés géants (toujours un bleu et un rose) dont le vainqueur représentera le genre à révéler. Ou bien ce fusible de TNT qui, actionné, révélera des feux d’artifice hauts de cinq mètres de la bonne couleur. Sans oublier les jeux possibles autour pour personnaliser la révélation, comme le morpion ou le tir dans un ballon de football.
De quoi encourager de nombreuses entreprises d'événementiel à se spécialiser dans le monde du nouveau-né. C’est le cas de Louise et Julien, un couple situé à Peuplingues, près de Calais. Il y a deux ans, ils ont créé leur entreprise de location de matériels pour les gender reveal. « Pour la famille et les amis d’abord, puis on a élargi il y a un an », résume Louise.
Chaque mois, ils ont entre cinq et quinze demandes de réservation. « C’est très variable. Mais on remarque que ça marche mieux l’été ». Les prix varient également. « Notre prestation commence à 190 euros pour deux canons. Mais ça peut monter à 900 ou 1 200 euros. Ça, ça sera vraiment pour les grandes prestations », détaille Louise qui compte plutôt une moyenne de 350 euros par prestation.
Mourir pour une gender party
À force de chercher à faire original, les gender reveal parties ont fini par crisper. En 2020, en Californie, un couple américain a été jugé responsable d’un incendie causé par des engins pyrotechniques utilisés pendant leur fête prénatale. En tout, 2 800 hectares avaient brûlé. Deux ans plus tard, au Brésil, une enquête a été ouverte après la contamination d’une cascade par de futurs parents. Dernier en date, en 2023, un pilote d’avion au Mexique a trouvé la mort dans le crash de son appareil qui devait annoncer grâce à une poudre rose l’arrivée prochaine d’une petite fille.
Mais surtout, les gender reveal parties sont désormais pointées du doigt pour leur sexisme et leur risque d’exclusion des personnes non binaires ou trans. Jenna Karvunidis, qui aurait été une des premières mères à populariser la tendance, a d’ailleurs expliqué sur ses réseaux sociaux regretter son choix de l’époque. « Qui accorde de l’importance au genre de son bébé ? Je l’ai fait parce que nous ne vivions pas en 2019, et nous ne savions pas ce que nous savons maintenant – le fait qu’assigner un genre à la naissance prive les enfants de leur potentiel et de certains talents qui n’ont rien à voir avec ce que nous avons entre les jambes », raconte-t-elle sur une publication partagée sur Facebook.
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