Une femme dans un cagoule rose tenant des billets

Manque, angoisse et compulsion : nous et la thune, c'est compliqué

© TVBEATS

Pétrie d'affects, notre relation à l'argent se complexifie. Du coup, on la passe au crible à coups de podcasts et vidéos YouTube.

Pour Thomas Dodman, historien et spécialiste de l'évolution de nos sensibilités, l'argent n'est jamais neutre. Fruit d'une « fétichisation pratique », il est chargé de nos affects. On lui prête des superpouvoirs mystiques, des propriétés vertueuses ou maléfiques. « Il y a des distinctions, des codes éthiques et affectifs impliqués dans les transactions monétaires qui différencient un argent de l’autre », souligne le professeur à Columbia. L'argent est aussi imprégné de marqueurs identitaires (old money, poverty cosplay...) et de questions de genre. C'est ce que montre la sociologue américaine Viviana A. Zelizer, qui explique qu'en plus d'être souvent inégaux, les revenus et les patrimoines de la femme et du mari diffèrent aussi culturellement et qualitativement, en raison, notamment, de leur différence d'usage dans les budgets familiaux. Pour détricoter notre relation embrouillée et pyrétique à l’argent, médias et créateurs de contenus ne cessent d'explorer ce sujet. Ici, pas question de trouver la combine pour devenir riche en 3 leçons grâce aux NFT. On parlera plutôt de ce qui se passe dans sa têtes lorsqu'on peine à boucler ses fins de mois, gagne au loto ou que sa famille fait banqueroute.

Le podcast Thune

« Il va vous ouvrir les yeux sur la réalité crue de l'argent chez les autres… et peut-être même sur votre propre rapport à la thune. » C'est la promesse des journalistes Laurence Vély et Anna Borrel. Dans chaque épisode du podcast Thune, elles questionnent le rapport à l'argent d'un écrivain, d'une actrice, d'une entrepreneuse ou d'une caissière, recueillent les confessions d'un radin et d'une accro au shopping. Une heure durant, chaque invité décortique ses dépenses et l'état général de ses finances, explique pourquoi un héritage peut-être souillé par une relation filiale empoisonnée, comment l'argent peut devenir une drogue et l'accumulation une obsession, et ce que signifie de faire vœu de pauvreté. Au micro, se succèdent aussi journalistes, sociologues et historiennes, qui lèvent le voile sur le petit monde exclusif des ultra riches de Monaco, rappellent que sortir de la pauvreté n'est pas qu'une question de volonté, dépeignent les liens enfiévrés des artistes à l'argent et racontent pourquoi les riches estiment toujours appartenir à la classe moyenne.

La chaîne YouTube The Financial Diet

En direct de son salon, la new-yorkaise Chelsea Fagan, petit chien blanc sur les genoux et larges lunettes sur le nez, passe au peigne fin le rapport des millennials à la thune. Sur sa chaîne The Financial Diet, l'Américaine parle de l'engouement d'une génération fauchée pour l’esthétique coastal grandmother et old money (le vieil argent, celui qu'on se transmet de génération en génération), observe comment maintenir une amitié saine lorsqu'on gagne annuellement 70k de moins que ses potes de fac, ou analyse l'influence des comédies romantiques sur la psyché financière de l'époque. En arrière-plan des vidéos : la grande anxiété des moins de 35 ans causée par un futur financier incertain, et l'envie de reprendre la main sur ses finances pour se construire un cocon à l’abri du monde.

Les « Money Diaries » de Refinery29

Histoire de dégommer le flou et les tabous qui entourent l'argent, le média Refinery29 a lancé la rubrique Money Diaries, qui interroge « des vrais gens sur la manière dont ils dépensent leur argent durement gagné sur une période de 7 jours, et compte chaque dollar. » On apprend comme ça qu'une trentenaire (anonyme) qui travaille dans la musique à Brooklyn dépense 2 300 dollars pour un studio, 0 euro pour son forfait téléphonique (cadeau de sa mère), 60 dollars chaque année pour un abonnement au New York Magazine, et qu'elle s'inquiète pas mal pour son avenir financier : « J'ai été licenciée il y a un mois et payer mon loyer une fois mon indemnité terminée m'inquiète déjà. Même avant cela, je m'inquiétais beaucoup de ne pas avoir suffisamment d'économies, de ne jamais pouvoir acheter une maison ou de ne jamais pouvoir me permettre d'avoir des enfants si j'en avais. »

Laure Coromines

Laure Coromines

Je parle des choses que les gens font sur Internet et dans la vraie vie. Fan de mumblecore movies, de jolies montagnes et de lolcats.

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