licorne qui vole

Art Tech : vous devriez investir parce que le marché va exploser

Le 30 mars 2018

Dans 3 ans, le marché de l’art en ligne atteindra 10 milliards d’euros. En Chine et aux US, plateformes d’art et grands collectionneurs sont déjà sur le pont. En France, le marché ne demande qu’à éclore et pourrait bien rapporter gros aux entreprises. Rencontre avec Anne-Cécile Worms, fondatrice de la marketplace d’art numérique ArtJaws.

Photo : Jonathan Monaghan
Plus de 3 milliards d’euros aujourd’hui, près de 10 milliards demain… Depuis trois ou quatre ans, le marché de l’art en ligne connait une progression sans précédent malgré le ralentissement global du marché de l’art classique, estime le rapport Hiscox 2017. Et il va falloir que les entreprises s’y intéressent de près, et vite, estime la « serial entrepreneuse » et experte en arts numériques pour l’Institut Français, Anne-Cécile Worms. Dans ce contexte, les artistes des nouveaux médias ont une vraie place à se faire, et c’est sur eux qu’entreprises et fonds d’investissement devraient aujourd’hui placer leurs pions.

François Ronsiaux

François Ronsiaux - United Land

L’ART TECH À L’ASSAUT DU MARCHÉ DE L’ART EN LIGNE

« Il y a peu, les œuvres issues du numérique faisaient des apparitions furtives dans des festivals de musique électronique, aujourd’hui, elles opèrent une percée dans des lieux d’exposition prestigieux et plus corporate comme les fondations d’EDF et de la MAIF. », explique-t-elle. Du 17 novembre 2017 au 18 mars dernier, on présentait à la Fondation EDF l’exposition « La Belle Vie Numérique ! » et toute une palanquée d’artistes issus de la génération Internet. Preuve que la hype autour de l’art numérique, appellation un peu fourre-tout qu’Anne-Cécile Worms préfère troquer par « Art Tech », commence à s’inscrire dans la durée. « Et quand les marques sont à l’origine de ce genre d’initiative, c’est que c’est plutôt bon signe ! », poursuit-elle.

Félicie d'Estienne d'Orves

Félicie d'Estienne d'Orves - Cosmographies

En ligne, de nouveaux modèles économiques fleurissent et attirent les collectionneurs. « On recense aujourd’hui des plateformes de bricks-and-clicks (Amazon Art, Paddle8, Artsy, Artnet…), des galeries généralistes en ligne comme Artsphere et enfin des modèles plus indépendants comme le nôtre », rapporte Anne-Cécile Worms.

Spécialisée en Art Tech, la marketplace ArtJaws lancée en février 2016 promeut les œuvres d’artistes contemporains travaillant avec les nouveaux médias. « Intelligence artificielle, impression 3D, DataArt, réalité virtuelle, NanoArt, BioArt… il y en a de toutes les formes et pour tous les supports », explique-t-elle. Et c’est mathématique. À mesure que les artistes numériques gagnent en visibilité avec les plateformes et Instagram, à mesure que les startups se positionnent sur le sujet, les collectionneurs sont de moins en moins réticents à acheter en ligne.

LA FORMULE ARTJAWS : TROUVER SON BONHEUR ENTRE 5 ET 10 000 EUROS

ArtJaws, c’est bien sûr de la vente mais aussi des services à destination des collectionneurs. « Nous organisons des visites d’ateliers, des rencontres avec les artistes et des évènements dédiés, notamment avec la foire "Variation Media Art Fair" », poursuit-elle. Côté artistes, il y en a pour tous les goûts et pour tous les porte monnaies. On y retrouve certains des pionniers de l’art virtuel et numérique comme Miguel Chevalier, Grégory Chatonsky ou Juan Le Parc et tout un vivier de petits nouveaux, moins côtés « mais tous aussi prometteurs ».

Gregory Chatonsky

Photo : Gregory Chatonsky - Perfect Skin II

« Les œuvres les plus chères sont des pièces uniques. D'autres, comme celles de Betrand Planes et Félicie D’Estienne D’Orves sont nettement plus accessibles ». En un an, AtJaws a vendu 150 000 euros d’œuvres et réalisé 5 ventes au-dessus de 20 000 euros. Avec un premier tour de table récemment réalisé avec des business angels, la plateforme se construit peu à peu avec un réseau d’investisseurs et d’acteurs de la tech, l’idée étant aussi d’y implémenter de nouvelles technologies. « Nous avons déjà testé le modèle « click and mortar » (voir l'oeuvre en ligne, puis en vrai) avec un dispositif de cartel augmenté et de QR code via lequel les utilisateurs peuvent acheter une œuvre directement sur le site. Une deuxième levée de fonds nous permettra de continuer à innover et d'expérimenter d'autres outils comme la blockchain ».

INVESTISSEMENT, DÉFISCALISATION ET PLUS-VALUE À LA REVENTE : POUR LES ENTREPRISES, C’EST TOUT BÉNEF’

Pour séduire les collectionneurs, les niches fiscales constituent aussi un argument de taille. Grâce à la loi française de mécénat pour les entreprises, ces dernières ont l’opportunité de bénéficier des effets de la défiscalisation sur les 5 ans qui suivent l’acquisition d’une œuvre. « Nous avons déjà vendu une installation au cabinet de conseil Inspearit. Ils ont fait le choix de l’artiste data James Cao Yuxi, parce que ses œuvres sont en lien avec leurs activités. » Sur place, l’initiative permet aussi de créer du lien entre les salariés et d’animer différemment le lieu de travail. « Nous recommandons aussi l’acquisition d’une œuvre parce qu’elle prend de la valeur avec le temps. À la revente, la plus-value est d’autant plus intéressante », selon elle, même s'il n'existe pas d'exemples concrets.

Parmi les publics ciblés par ArtJaws, les entreprises et fonds d’investissement technos mais aussi les cabinets d’avocats et plus généralement les professions libérales. À Station F, la fondatrice regrette d’ailleurs qu’aucun hommage ne soit rendu à l’Art Tech. « Une sculpture à l’entrée et pas de numérique, c’est quand même un peu contradictoire dans un lieu pareil ! »

Mo_4K#2 - Cao Yuxi AKA JAMES from ArtJaws on Vimeo.

CERTAINS ÉCUEILS FRANÇAIS FREINENT ENCORE LE RAYONNEMENT DE L’ART TECH

« Nous sommes en avance sur la production et la qualité artistique, la Silicon Valley s’arrache nos artistes et nos ingénieurs. En revanche, les lieux d’exposition français, en particulier les institutions et les fonds d’art contemporain possèdent encore des politiques d’acquisition trop frileuses, c’est vrai pour le marché en général et ça l’est d’autant plus pour l’Art Tech », reconnait Anne-Cécile Worms.

Deuxième frein à l’achat et pas des moindres, le manque d’infrastructures et d’outils de conservation. « Certains fonds ont acheté des œuvres par le passé mais n’ont pas su comment les entretenir, et beaucoup d’artistes ont perdu leurs projets de cette manière », regrette-elle. Derrière la montée en puissance du courant demeure alors l’enjeu de réinventer certains métiers. « Tout comme nous avons mis des siècles à conserver correctement la peinture à l’huile, il nous faut aujourd’hui enseigner de nouveaux corps de métiers et former de nouveaux conservateurs de musée ».

À titre de best case, elle évoque plus loin le festival autrichien Ars Electronica (art, technologies & société) qui a pu créer plusieurs centaines d’emplois pérennes grâce à son centre de R&D FutureLab. « Nous avons besoin de ça pour être compétitifs et pour exporter nos artistes à l’étranger. Et pour l'heure, c’est encore aux États-Unis et en Chine que tout se passe… »


À LIRE : Rapport Hiscox 2017 : l’art en ligne – Un marché encore en sommeil ?

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

L'actualité du jour