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The next Rembrandt tableau

L'expo qui envisage le meilleur et le pire du numérique

Le 19 janv. 2018

Faut-il être follement optimiste ou radicalement catastrophiste quant à l’avenir de nos sociétés numériques ? L’exposition « La Belle Vie Numérique ! » pose la question à travers les oeuvres de 30 artistes et deux parcours.

Ah, la belle vie numérique… ! L’intitulé même de l’exposition (présente à la Fondation EDF jusqu’au 18 mars) sème le doute. Faut-il se réjouir des promesses apportées par les nouvelles technologies ou nous construire un bunker en prévision de leurs potentielles dérives ? Si la question peut paraitre binaire, elle n’en est pas moins légitime selon Fabrice Bousteau, commissaire de l’exposition et rédacteur en chef de Beaux-Arts Magazine.

exposition à la fondation EDF La belle vie numérique

« La Belle Vie Numérique ! » à la Fondation EDF

Dès l’entrée, ce dernier vous confronte à un choix : 0 ou 1, à l’image du langage informatique.

Parcours 0 ? Vous partez à gauche et choisissez d’abord de vous confronter à des œuvres dont la perception du numérique est majoritairement négative.

Parcours 1 ? Vous partez vers la droite et préférez commencer par ses apports positifs. « Le bien, le mal, le droit, l’interdit… les sociétés et les religions se sont toujours basées sur des ressorts manichéens. Je pense que la pensée numérique se rapproche étroitement de cette logique. », explique Fabrice Bousteau.

À la question « quel parcours auriez-vous choisi ? », l’homme nous répond 1. « Chez moi, la peur du numérique est moins prégnante que la perspective de ses possibles… Et comme le dit Robert Musil dans « L’Homme sans qualités », s’il y a un sens du réel (…) il doit bien y avoir quelque chose que l’on pourrait appeler le sens du possible ! », conclut-il.

Pleins phares sur ces « possibles » donc, et sur les performances d’artistes les plus marquantes de l’exposition.

Je suis ici (et ailleurs)

Nous sommes là, ici et maintenant, mais avons toujours une fenêtre virtuelle ouverte pour nous échapper et converser avec quelqu’un, ailleurs. À l’heure où cultiver l’ubiquité devient la norme, certains artistes capitalisent sur cette folle envie que nous avons d’embrasser le monde dans son ensemble.

À la Fondation EDF, Marie-Julie Bourgeois présente une mosaïque d’images retransmises par des webcams filmant le ciel en temps-réel. Gris, bleu azur, rose pâle… Capturées aux quatre coins du monde, les images défilent les unes à côté des autres et nous laissent embrasser l’infini de chaque ciel de façon omnisciente.

oeuvre de MArie-Julie Bourgeois

Marie-Julie Bourgeois - TEMPO II, 2008-2017
Installation, fragments de ciels, webcams temps réel - Crédits : Luiza Jacobsen (coréalisation) Rémi Bréval (programmation) Julien Bréval (composition sonore) Courtesy de l’artiste

 

Quelques pas plus loin, l’artiste allemand Udo Noll présente sa « mappemonde sonore » en ligne Radio Aporee, une cartographie de sons enregistrés partout dans le monde par différents contributeurs.

Plus loin, le Français Julien Levesque expose des paysages étonnamment réalistes qu’il a obtenus en combinant des captures d’écran issus de Google Street View. Ici, un ciel parisien flirte avec le désert de Gobi ou une route islandaise. Nous sommes partout à la fois et de façon parfaitement vraisemblable.

Julien Lévesque et Google Street View

Julien Lévesque et Google Street View

Julien Levesque - Street Views Patchwork, 2009 - 2017 Œuvre en ligne Dimensions variables Courtesy de l’artiste

Quand les artistes seront immortels

En 2016, Microsoft ramenait Rembrandt d’entre les morts en analysant les caractéristiques techniques du peintre sur 346 de ses tableaux. En agrégeant ces données et grâce à la combinaison de 148 millions de pixels et de 168 263 fragments, les ingénieurs avaient pu reproduire puis imprimer en 3D « The Next Rembrandt », une toile criante de réalisme que le maître lui-même aurait pu signer. Présentée à la Fondation, la prouesse soulève toutefois des questions en matière de propriété intellectuelle et de dérives quant à l’utilisation de grands noms d’artistes. Pour autant, « cela veut aussi dire que nous sommes en train de fabriquer des artistes immortels. », souligne Fabrice Bousteau. « En scannant l’intégralité des œuvres de Picasso par exemple, votre arrière-petit-fils sera un jour capable de vous dire qu’il préfère sa période « 2040 » à sa période rose ! », s’enthousiasme-t-il.
The Next Rembrandt
Dans un autre registre, et plus perturbant encore, la « présence » diffuse de l’artiste-avatar LaTurbo Avedon. Via Facebook, Twitter et même SoundCloud, il ou elle présente ses œuvres en ligne, échange avec ses communautés mais n’existe que virtuellement ! Les personnes à l’origine de l’avatar, faites de chair et de sang, restent inconnues et pourront un jour passer le flambeau à d’autres modérateurs-trices, laissant la possibilité à l’artiste-avatar de vivre indéfiniment.

Artiste Avatar Laturbo Avedon

LaTurbo Avedon - ID, 2016 Installation vidéo, triptyque - Dimensions variables - Courtesy de l’artiste

Les fantasmes de la ville de demain

« Suggérer des possibilités » fait aussi partie du travail des designers, peut-on lire sur le site des architectes Thomas et Benjamin Sériès. Dans leur projet « Recherches » présenté à la Fondation, les deux hommes explorent le futur de la ville de Paris en y érigeant des bâtiments fantasmagoriques, à la fois majestueux et effrayants. Venues tout droit d’un film de science-fiction, les architectures présentées s’inspirent des œuvres de sculpteurs reconnus et dessinent un futur urbain que nous n’aurions pu envisager seuls-es.

Paris façon science-fiction

Sériès et Sériès - Recherches, 2017  Impression numérique, Courtesy de l’artiste

Plus inquiétante, la série « Babel World » de l’artiste Du Zhenjun revisite le mythe du même nom et imagine un monde post-apocalyptique où l’humain s’est laissé dévorer par ses ambitions démesurées. Mêlant dessins et collages digitaux, le projet regorge de détails et nous propulse dans différents univers urbains croulant sous leurs propres ruines.

Du Zhenjun - Destruction, 2012 - Série Babel world  (C-Print 120 x 160 cm) - Courtesy de l’artiste

Tous des artistes sur les réseaux !

Nous pouvons tous avoir notre quart d’heure de gloire virtuelle et l’artiste argentine Amalia Ulman entend bien exploiter cette perspective. Étroitement liée à la plateforme Instagram, sa performance « Excellences & Perfection » (2014) explore la façon dont nous nous mettons en scène sur les réseaux.

Pendant 4 mois, l’artiste a posté photos et vidéos sur son compte personnel en allant jusqu’à s’inventer une vie. La prenant pour une personnalité de notoriété publique, des milliers d’internautes se sont empressés de la suivre, jusqu’à ce qu’elle révèle le pot aux roses… L’objectif ? Montrer à quel point il est facile de manipuler en abusant d’archétypes visuels connus des utilisateurs-trices, du selfie aux couvertures de magazine généreusement « photoshopées ».

▪️PRIVILEGE ▪️LABOUR DANCE ▪️REPUTATION ▪️DIGNITY

Une publication partagée par Amalia's Instagram (@amaliaulman) le

Plus légère, la série de miroirs « Instagram » du street artiste encoreunestp vous pousse à vous prendre vous-même en photo. Surfant sur la mode du selfie, l’artiste a installé des miroirs encadrés avec l’habillage de la plateforme un peu partout dans Paris. Sous chaque miroir figurent des likes aléatoires, celui de Barack Obama ou même de Meryl Streep. Ça y est, vous êtes hype !

Encoreunestp, 2017  Techniques mixtes 56 x 73 x 15 cm - Courtesy de l’artiste


- VOIR L'EXPOSITION -

Espace Fondation EDF
6, rue Récamier 75007 Paris

Entrée libre du mardi au dimanche de 12h à 19h.

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