Des élèves de la Street School

Street School, l'école de journalisme des profils atypiques qui cartonne

Le 14 mars 2018

La Street School, école de journalisme gratuite et ouverte à tous a soufflé ses six bougies. L'occasion de revenir sur le parcours de ces « Street Schoolers » qui intéressent de plus en plus les médias.

Parfois décrocheurs, souvent slasheurs, des moutons à cinq pattes, chômeurs ou étudiants, ils viennent de Paris, souvent de la banlieue et de partout en France. Ils n'avaient en apparence rien en commun, l'envie de faire du journalisme les a réunis. Ces profils atypiques ont tous été recrutés par la Street School, l'école de journalisme gratuite et intensive fondée par Street Press, sur un seul critère : la motivation. Sans condition de diplômes.

La dernière cuvée d'élèves, composée de deux promos, a été diplômée mardi 13 mars sous la verrière de The Family, un incubateur du IVe arrondissement de Paris. La Street School forme ses élèves au journalisme de demain et leur fait aussi bénéficier d'un réseau de médias partenaires prestigieux comme Arte, Télérama, Francetv, Brut, Vice, Nova, Les Jours ou Néon... intéressés par ces étudiants venus de tous les horizons et leur diversité. Et le réseau se développe : une deuxième « School », comme l'appelle les élèves, vient d'ouvrir à Marseille et accueille sa première promo en ce moment même jusqu'à juillet 2018. Les plus entreprenants ont ensuite la possibilité de développer un projet de startup chez Media Maker, l'incubateur de médias.

Ils étaient 15 en 2012, date de la première fournée d'apprentis journalistes. Ils sont aujourd'hui 150 à avoir été formés par cette école qui, partie de trois bouts de ficelle, a obtenu le label « Grande École du Numérique » en 2016. Ces profils qui ne sont pas passés par une formation classique s'en sortent bien. 75% d'entre eux sont journalistes. Parmi eux, Elvire Duvelle-Charles, ancienne Femen signe régulièrement des papiers pour NEON, Vice ou Libé. Ariane Picoche a écrit, produit et réalisé le documentaire ASV STP qui met en lumière la vie des couples 2.0. Côme Bastin, pigiste chez Socialter et We Demain, a remporté le prix Reporters d'Espoirs Radio pour ses chroniques dans « Le Futur c'est maintenant » diffusées sur Radio Nova. Mehdi Boudarene, après deux ans à l'AFP, s'est lancé à son compte et publie ses premiers reportages sur le Mexique. Yann Castanier, photographe, a passé six mois d’enquête auprès des groupuscules d’extrême droite pour Libération. Et l'auteure de cet article, aujourd'hui responsable de la rubrique médias innovants de L'ADN...

Trois schoolers sont revenus sur leurs parcours.

Jean-Jacques Valette, 30 ans, rédacteur en chef adjoint de We Demain (Promo 2015) 

Que faisais-tu avant la Street School ?
J-J. V. J'étais au chômage, un an après un Master en Sciences Politiques et un autre en gestion de projet humanitaire à Créteil.

Qu'est-ce que ça a changé pour toi ?
J-J. V. Ça m'a permis de trouver un sens à ma vie. Pendant mon M1, mes profs m'ont fait peur en me disant qu'il n'y avait pas d'avenir dans le journalisme. C'est pour ça que je me suis orienté vers l'humanitaire. Et je n'avais pas forcément envie de refaire une école de journalisme en partant de zéro. Je me suis mis à jour et j'ai abordé la presse écrite, le montage vidéo ou la prise de son. J'ai rencontré un réseau pour commencer à piger.

Ton meilleur souvenir ? 
J-J. V. On a fait la journée du piratage informatique pendant laquelle j'ai appris à retrouver le numéro de quelqu'un à partir de son site web. J'ai utilisé cette astuce à de multiples reprises après ça. Notamment pour retrouver le contact d'un coursier à vélo qui avait un blog. Je découvre non seulement que le mec est à la tête du blog en question mais aussi d'une demie douzaine de sites porno. Comme quoi, il ne faut pas laisser traîner ses données perso. Plus tard, chez We Demain, je suis descendu dans le site d'enfouissement nucléaire de Bure. J'ai fait des voyages de presse plus romantiques mais celui-là m'a beaucoup plu.

Un conseil à donner à ceux qui veulent se lancer ?
J-J. V. Il faut se trouver une passion et en faire sa spécialité. Si l'on veut être bon dans un truc, mieux vaut en être passionné dans sa vie de tous les jours.

Yasmina Bennani, 33 ans, journaliste reporter chez AJ+ Français (Promo 2013)

Que faisais-tu avant la Street School ?

Y.B. Je me suis longtemps cherchée. J’avais un Master de Droit. Je voulais être avocate. J’ai ensuite suivie des études d’art dramatique et j’ai joué dans des films au Maroc. Après, j’ai voulu être réalisatrice. J’ai repris des études de zéro à Nanterre en théâtre et cinéma, c’est mon deuxième Master. J’ai ensuite fait des stages chez Canal + aux Guignols de l’Info. Et je commençais à m’intéresser de plus en plus à la politique, et le cinéma pour le cinéma a commencé à moins me plaire. Je pensais qu’il fallait être de plus en plus en connexion avec la réalité, de plus en plus engagée. Je ne savais pas que je voulais devenir journaliste. C’est un hasard. Un ami m’a parlé de la Street School en me disant qu’ « ils ne cherchaient pas des gens classiques ». J’ai postulé, j’ai été prise. Donc aujourd’hui j’ai réuni les moyens audiovisuels mais aussi les news et la politique.

Qu'est-ce que ça a changé pour toi ?

Y. B. : Ça m’a tout appris. J’ai fais les «trans» de la Place de Clichy, le portrait d’un gangster, d’une nana qui écrivait des contes de cité sur Facebook. Ça m’a ouvert la voie d’un métier possible. J’ai continué à travailler en freelance pour Street Press. J’ai postulé chez Al Jazeera dont le slogan correspond tout à fait à mon état d’esprit : « The Voice of The Voiceless » (Donner de la voix à ceux qui n’en ont pas). Cela m’a fascinée et donné envie de parler des plus faibles, que je ne mets pas sur le même plan, mais ceux à qui on ne donne pas la parole : les Palestiniens, les Noirs, les réfugiés, les femmes, les handicapés, la communauté LGBTQI+… J’ai travaillé sur les documentaires pour la chaîne à partir d’avril 2014, puis à la mise en place d’AJ+ Arabi en 2015. J’ai ensuite passé deux ans à AJ+ English. Aujourd’hui je suis présentatrice, journaliste et reporter pour AJ+ français.

Un conseil à donner à ceux qui veulent se lancer ?

Y. B. : J'ai toujours été dans des médias peu conventionnels. Et on nous a souvent reproché d'être plus activistes que journalistes. Moi j'assume, je pense que les journalistes sont là pour changer le monde. Je pense qu'il ne faut pas avoir peur d'être couillu. Certes, il faut être pro et objectif. Mais pour moi l'objectivité, c'est un mythe. Il faut suivre son ton et avoir une voix différente, ne pas hésiter à mettre ses tripes et son coeur. Sinon, autant se faire remplacer par des robots.

Jérémy André, 33 ans, correspondant en Irak pour La Croix (Promo 2013)

Que faisais-tu avant la Street School ?

J.A. : J'étais au RSA. J'avais fait des études d'Histoire, enseigné et démissionné. Je faisais un boulot qui ne me plaisait pas. Je n'avais vraiment jamais pensé à faire journaliste et puis, sans sortir d'une école je n'avais aucune chance. J'ai vu la Street School parce que je lisais Street Press et je me suis dit bon, ça correspond aux caractéristiques que je cherche. Maintenant il existe des alternances parce que les plafonds d'âges ont été abattu mais à l'époque ce n'était pas répandu. Alors qu'à 27 ans tu peux tout à fait changer de voie !

Qu'est-ce que ça a changé pour toi ?
J.A. : 
Ça m'a fait comprendre que c'était possible. Partout ailleurs on te dit que non. Il ne faut pas écouter. Avec l'envie et les compétences, n'importe qui peut le faire. La Street School m'a appris qu'être un bon journaliste, c'est savoir angler et ils sont très bons pour transmettre cet état d'esprit. Sur ma formation, j'ai appris plus en 3 jours, qu'en deux ans d'alternance. Il existe d'ailleurs deux climats différents. Je me souviens de ceux qui m'ont dit « fonce ! » et ceux qui m'ont dit « n'y va pas !». En fin d'alternance, au jury, on m'a dit que j'allais me planter. Six mois plus tard j'étais journaliste à Mossoul.

Un conseil à donner à ceux qui veulent se lancer ?
J.A. : Il faut vraiment réfléchir comme un entrepreneur, comme quelqu'un qui réfléchit un business plan et qui voit ça comme quelque chose de viable. C'est bête, mais c'est un truc transmis par Street Press parce que c'est une startup, contrairement aux écoles qui sont des boîtes, avec des cultures d'entreprises. Quand on veut être pigiste, la Street est particulièrement adaptée.

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