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Une femme en train de visualiser une maison en réalité augmentée
© PeopleImages via Getty Images

La technologie dépoussière l’immobilier

Arnaud Pagès
Le 17 déc. 2019

Quand on parle immobilier, on pense souvent aux galères qui vont avec. Arnaques, agents immobiliers dépassés, lenteur du système… et si tout cela changeait bientôt grâce à la tech ?

Vous ne le savez peut-être pas, mais le marché de l’immobilier est particulièrement dynamique. Il atteint même aujourd’hui des sommets historiques. Pourtant, tout n’est pas simple pour les professionnels du secteur.

Avec le numérique, le nombre de ventes entre particuliers a explosé. En 2018, elles représentaient 49 % des transactions. Une menace pour l’activité des agences, dont le fonctionnement n’a presque pas évolué depuis la fin du XXe siècle. Il s’agit toujours de mettre un bien en vente en passant des annonces puis de le faire visiter. Entre la promesse de vente et la signature de l’acte authentique chez le notaire, il s’écoule en moyenne trois à cinq mois. Une éternité.

Ces délais extrêmement longs ne satisfont plus les clients désormais habitués à tout acheter en un clic. Plus impatients et plus exigeants, ils ne supportent plus d’attendre pour acquérir un appartement ou une maison : une enquête réalisée en 2019 par Opinion Way révèle ainsi que 33 % des Français pensent qu’une transaction immobilière peut désormais se conclure sur Internet sans intervention humaine.

Révolution Proptech

Toutefois, les startups de la « proptech » veulent simplifier, sécuriser et accélérer les transactions... en se passant d’intermédiaires. Leurs solutions gèrent tous les aspects d’une vente : de la visite d’un bien, en passant par son financement et jusqu’à son acquisition finale. Les innovations visant à digitaliser l’immobilier se multiplient à grande vitesse, portées par un écosystème mondial de 7 000 startups, dont 400 françaises. Les jeunes pousses de la proptech sont en train de disrupter le secteur en utilisant d’une part la blockchain, d’autre part la réalité virtuelle, tandis que de nouveaux modèles économiques émergent.

Sécuriser les transactions

La blockchain sécurise l’achat et la vente de biens immobiliers. Grâce à son système de stockage et de transmission d’informations sans organe central de contrôle, elle permet de réduire les risques de fraude, d’augmenter la confidentialité des informations financières, et de sécuriser les transactions, tout en réalisant, en plus, des économies de coûts sans précédent.

En juin 2019, la première transaction utilisant la blockchain a été effectuée en France par Equisafe, une startup de financement digital, qui a converti en « tokens » les 6,5 millions d’euros représentant la valeur de l’hôtel particulier AnnA, situé à Boulogne-Billancourt. Sapeb et Valorcim, deux promoteurs immobiliers, se sont portés acquéreurs du bien. À terme, Equisafe souhaite que « chacun puisse devenir copropriétaire d’un bien immobilier aussi simplement qu’on achète un livre sur Amazon ».

Révolutionner les visites

Autres technologies à fort potentiel, la réalité virtuelle et la réalité augmentée. En règle générale, les acheteurs visitent plusieurs biens avant de faire leur choix. Avec la VR, il est possible de découvrir à distance une maison ou un appartement grâce à une modélisation extrêmement précise, élaborée à partir de photos haute définition prises à 360°.

Lancée en 2018, la startup tricolore Perspective[s] a mis au point l’application Reve Home, qui permet une immersion totale dans un logement en visitant son jumeau numérique. Bonus : Reve Home permet d’archiver et de partager l’ensemble des documents relatifs à un bien, des diagnostics énergétiques aux actes notariés, en passant par le règlement de copropriété. À terme, la modélisation pourrait aussi prendre en compte le quartier, en restituant les rues alentour, les commerces ou les transports en commun.

La VR donne aussi la possibilité de visualiser les aménagements de leur futur logement et d’anticiper l’agencement des meubles ou le revêtement des sols. Selon une étude de Goldman Sachs datant de 2019, la VR appliquée à l’immobilier pourrait représenter un marché de 2,6 milliards de dollars à l’horizon 2024.

Nouveau modèle économique

Certaines startups proposent désormais d’acheter directement le bien à vendre au client, sur leurs fonds propres et avec des délais réduits à quelques jours pour une transaction standard. Les prix sont fixés par un algorithme qui intègre un panel complet d’informations – surface, localisation, état de l’appartement ou de la maison, services de proximité, efficacité énergétique, ensoleillement – pour déterminer le meilleur deal. Les startups se rémunèrent sur commission puis en revendant le bien sur le marché sans l’intervention d’un professionnel de l’immobilier.

En France, Homeloop s’est engagée sur ce chemin. Après avoir rempli un formulaire en ligne pour renseigner le bien à vendre, analysé ensuite par un algorithme, la startup tricolore promet aux particuliers une offre d’achat indicative sous 48 heures. La proposition est définitivement confirmée après la visite d’un expert in situ, et le vendeur peut conclure le deal dans la foulée. Homeloop garantit la transaction, aucune rétractation n’est possible de sa part. La vente est donc assurée. En plus d’être rapide et fiable, la transaction est sécurisée. Ce nouveau modèle attaque frontalement le leadership des agences.

Toutes ces innovations ne sauraient cependant faire oublier qu’acheter ou louer un bien est devenu au fil du temps de plus en plus cher. Le « mal logement » progresse – 4 millions de Français vivent dans des logements insalubres ou surpeuplés selon la fondation Abbé Pierre – essentiellement à cause de l’inflation des prix... La proptech, avec la blockchain, pourrait changer la donne. Si le secteur de l’immobilier veut entrer dans la modernité, il aura peut-être un autre défi à relever dans les prochaines années, celui de réguler le marché pour que chacun et chacune puisse avoir accès à un toit décent. Et ce serait un progrès autrement plus important que la digitalisation du secteur.


Cet article est extrait du Livre des tendances 2020 de L'ADN. Pour vous le procurer, cliquez ici.


L'édito de notre partenaire, Altarea Cogedim :

“Le meilleur des deux mondes”

Historiquement perçu comme inertiel, le secteur immobilier est bouleversé par les acteurs de la proptech. Le terme vient de property et de technology et désigne ces sociétés qui utilisent le numérique dans le secteur de l’immobilier. À présent, le marché est challengé sur toute sa chaîne de valeur (promotion, construction, développement, commercialisation, gestion…). La question n’est plus de savoir si le digital va modifier l’immobilier ; il suffit de considérer l’impact d’Airbnb sur le prix des logements dans les villes-mondes ou encore celui du e-commerce sur la conception des nouveaux bâtiments. Aujourd’hui, il nous revient de nous interroger sur de nouveaux business models qui associent proptech et immobilier, soft et hard, pour construire une ville souhaitable et désirable.

Maxime Lanquetuit,
directeur innovation, groupe Altarea Cogedim

Arnaud Pagès - Le 17 déc. 2019
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  • Vouloir accélérer une transaction grâce à la BlockChain, c'est oublier que pendant le délai entre la signature d'un avant contrat (compromis ou promesse de vente) et l'acte définitif, le notaire va réaliser un certain nombre de vérifications afin de sécuriser la transaction, l'acquéreur va constituer son dossier de prêt et négocier auprès des banques les meilleures conditions.
    Vouloir remplacer les visites physiques des habitations par de la VR, c'est imaginer que l'on vivra dans ladite VR ? Le temps n'est pas encore venu de devenir un acteur purement digital, de ne plus avoir de vie réelle, d'habiter un logement virtuel.
    Oui, le temps de l'immobilier est un temps un peu long au regard de l'accélération de la vie. Est ce vraiment grave, docteur ?

    • Il faut vivre avec son temps et regarder vers l'avenir, ce qui n'empêche pas d'utiliser les bons vieux outils du passé en attendant que les technologies développées soient reconnues pour leur efficacité...