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un homme fou veut percer sa tablette
© nuiiko via Getty Images

Peut-on (vraiment) mesurer l’agilité ?

Le 17 janv. 2019

On nous a rebattu les oreilles avec l’agilité, jusqu’à la nausée. C’est parce qu’on s’est trompé : l’agilité réelle n’est pas celle que vous croyez.

Je suis agile, tu es agile, elle est agile, nous sommes agiles… À force de voir son étendard brandi sur toutes les citadelles du numérique, on pensait l’Agilité comme la solution à tout, un peu facile, un peu bullshit. C’était bien mal connaître l’Agilité. Loin de l’épiphénomène, cette notion est désormais une donnée quantifiable, à condition de changer radicalement de point de vue sur la question. Explications.

Naître ou devenir Agile ?

En novembre dernier, le Mastercard Innovation Forum s’est penché sur les nouvelles organisations du travail et leurs conséquences en entreprise. Avec un constat : la révolution digitale a créé des zones d’inconfort, notamment pour les collaborateurs qui se retrouvent avec de nouveaux métiers, de nouvelles directions, et parfois des mises en concurrence de certaines business units… Alors, comment innover tout en respectant ses salariés ? Avec Agilité, pardi !

« Nous sommes en train de changer profondément de paradigme pour passer de la standardisation à l’hyperpersonnalisation, note Laetitia Vitaud, spécialiste des organisations du travail. Les entreprises doivent s’adapter dans un contexte où l’innovation devient critique : on peut se faire manger par chaque nouvel arrivant, et si l’un des GAFA s’attaque à notre marché, on peut disparaître. Donc tout le monde devient obsédé par l’idée de devenir Agile. »

Pas toujours facile pour une entreprise de se transformer lorsque l’on a connu le XXe siècle et que l’on a des héritages et des traditions. Mais être né d’une page blanche dans les années 2000 ne suffit pas non plus à avoir une organisation adaptée. Les entreprises de la nouvelle économie ont aussi des héritages culturels. Et lorsqu’elles grandissent, elles deviennent des bureaucraties, avec des échelons hiérarchiques même si elles s’en défendent. Facebook ou Google n’ont plus rien à voir avec les start-up de leurs débuts. De quoi finir par se demander : l’Agilité existe-t-elle vraiment ? Oui, mais elle n’est pas celle que vous croyez !

L’Agilité se mesure selon trois critères

Spécialiste de l’Agilité en entreprise et dans les grandes structures, Michel Gotlib a mené l’année dernière une étude sur cette notion, avec les chercheurs de l’Université Paris Descartes et une quinzaine d'experts. Objectif : définir précisément ce qu’est l’agilité et pouvoir la mesurer. « Il a relevé trois critères principaux qui définissent l’Agilité : la curiosité, la confiance en soi et la confiance en l’autre, rapporte Solveig Honoré Hatton, directrice générale de Mastercard France. Je crois que si on développe ces trois qualités chez nos collaborateurs, alors oui, on touche vraiment du doigt l’Agilité et on les incite à être plus innovants. »

En creux, cette définition de l’Agilité souligne la nécessité de rapprocher opérationnel et stratégique : la personne qui exécute une tâche doit pouvoir prendre les décisions nécessaires, et en assumer la responsabilité. « C’est l’idée de cumuler autonomie, responsabilité et créativité, qui sont inséparables, note Laetitia Vitaud. L’autonomie sans la responsabilité ça ne fonctionne pas. Si vous êtes autonome et que vous n’avez pas à rendre de compte, vous pouvez faire n’importe quoi ; si vous êtes responsable sans être autonome, ça ne fonctionne pas non plus... Et pas de créativité sans autonomie et responsabilité ! »

L’Agilité is the new artisanat

Autonomie, responsabilité, créativité… Cela ne vous rappelle rien ? « Ces trois grandes valeurs caractérisent le travail artisanal, pointe Laetitia Vitaud. C’est-à-dire un mode d’organisation du travail qui précède l’ère industrielle et vers lequel on revient, amélioré et enrichi de nouveaux outils. » Jusque dans la réalisation des différentes méthodes agiles. Les sprints par exemple, mettent la créativité et la réflexion à l’honneur à grand renfort de post-it, découpage, dessins… L’Agilité ne se limite pas aux nouvelles technologies, elle ne relève pas de la seule gestion de projet numérique : c’est d’abord un état d’esprit qui privilégie le travail en sensation de flow, se rapprochant ainsi d’une forme d’artisanat.

Ces trois notions constituent justement le socle des idées en vogue sur le nouveau management. Qu’elle soit libérée, opale ou holacrate, l’entreprise a enterré l’organisation pyramidale de papa pour favoriser le développement de cellules autogérées, autonomes et responsables, capables d’avancer à leur rythme sur le grand projet commun de l’entreprise. Et faisant cela, elles ne se rendent sûrement pas comptent qu’elles retournent... 100 ans en arrière !

Commentaires
  • Merci Sandrine pour cet article intéressant et écrit avec beaucoup d'enthousiasme.
    Je partage l'idée que pour être agile, il est nécessaire de cumuler autonomie, responsabilité et créativité. Et pour que cela puisse se faire, il est selon moi nécessaire de partager un cap clair entre tous les acteurs du projet. Il faut réussir à exprimer simplement la vision et les valeurs de l'entreprise pour que chacun puisse se les approprier et adapter son action aux aléas du court terme en toute confiance.
    A bientôt,
    Laurent Cachalou du blog innover-malin

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