Un smartphone posé sur un livre ouvert

Les trois meilleurs livres de 2023 pour comprendre l'impact des réseaux sociaux

Vous pensez tout savoir sur les réseaux sociaux ? Erreur ! Avec ces trois essais parus en 2022, vous ne regarderez plus jamais votre timeline de la même façon.

La pensée selon la tech, pour saisir l’idéologie des concepteurs des plateformes

Dans La pensée selon la tech (C&F Éditions, mars 2022), Adrian Daub, professeur en littérature comparée à Stanford, recense les origines des idées qui agitent la Silicon Valley. Cette cartographie mentale des patrons de la tech mélange les idées de la libertarienne Ayn Rand, de l’économiste Joseph Schumpeter, de Karl Marx (oui, oui)... Cet ouvrage très renseigné (tout en restant drôle) décrit la manière dont l'idéologie de la Silicon est passée sous les radars car elle n’a longtemps pas été abordée comme telle. À la fin des années 2000, en pleine crise économique, les leaders de la tech nous ont fait croire que le capitalisme pouvait faire encore rêver en recyclant de vieilles idéologies. Adrian Daub analyse aussi la manière dont les grands concepts de la Silicon Valley – disruption, mise en valeur de l’échec, concept du génie solitaire… – ont largement dépassé les frontières de la baie de San Francisco. 

Le grand Krach de l’attention, pour remettre en question le modèle d’affaires de la publicité en ligne

Le marché de la publicité en ligne est en train de s’éroder, et on aurait pu le voir venir si nous avions lu attentivement Tim Hwang, ancien de chez Google et chercheur à l’Université de Georgetown. Il est l’auteur du Grand Krach de l’attention (C&F Éditions, mars 2022), un livre essentiel qui démontre méthodiquement pourquoi le moteur économique des réseaux sociaux est largement survalorisé. Il part du constat, chiffres à l’appui, que peu de publicités ciblées sont réellement vues par les internautes, leur taux de clic est très faible, et qu’elles sont parfois artificiellement poussées par de faux clics. Il plaide pour une démolition contrôlée de ce modèle opaque afin d'éviter son explosion, dont les conséquences pourraient être similaires à la crise financière de 2008.

The Shame Machine, pour comprendre ce qui nous pousse à rester scotché à nos timelines

La honte serait le principal moteur d’Instagram, Twitter, TikTok et consorts selon Cathy O’Neil. Dans The Shame Machine: Who Profits in the New Age of Humiliation (Penguin Random House, 2022), la mathématicienne diplômée de Berkeley et de Harvard, décortique les innombrables épisodes d’humiliation de masse sur les réseaux sociaux. Un boomer qui ne comprend pas le débat autour des pronoms, une influenceuse qui affiche son acné, une Karen qui s’énerve contre un passant… Les publications qui rapportent du clic ont souvent un point commun : elles nous incitent à humilier quelqu’un. L'autrice compare les algorithmes des plateformes à des « moteurs à honte les plus prodigieux jamais conçus ». Plus puissants encore que l’industrie de la cosmétique qui depuis des décennies utilise la honte de vieillir et de ne pas correspondre aux canons de beauté pour vendre ses produits. Ainsi, les réseaux sociaux parviennent à détourner la honte, un sentiment dont la fonction parfois utile est de faire évoluer les normes et de fixer certaines règles, pour nous maintenir dans un état d’énervement permanent (et pas vraiment utile) dans le but de générer du profit. À la prochaine polémique qui agite les réseaux sociaux, pensez-y. 

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