portrait d'Inès Alpha avec filtres

Inès Alpha, créatrice de maquillage digital : « Je veux créer des choses impossibles dans le monde physique »

Avec Meta
© Inès Alpha

Elle imagine des visages ornés de voilages et de tentacules flottants, des maquillages 3D irisés et aquatiques. Depuis 2016, Inès Alpha, « e-makeup artist » , crée du maquillage digital en réalité augmentée (RA). Pionnière de la discipline, elle collabore avec des marques et tient à rendre son art accessible à toutes et tous en le diffusant sur les réseaux sociaux. De ses débuts sur des technologies de RA en perpétuelle évolution à son expérimentation des NFT et sa vision du métavers, interview avec une précurseure de l'e-mode.

Comment as-tu découvert les filtres et comment t’es-tu dit que cela pouvait être de l’art ?

J’ai commencé à faire de la post-production en agence de pub, j’étais spécialisée dans le luxe et la cosmétique. En parallèle, j’apprenais à faire de la 3D par plaisir, en faisant des clips et des visuels. J’ai tout de suite pris beaucoup de plaisir à intégrer des choses en 3D dans la réalité. J’aimais cette magie qui s’opère dans le cerveau lorsqu’on ne sait plus ce qui est vrai ou non.

La post-production est faite post-tournage. On fait d’abord les vidéos ou photos puis on modélise ; les calculs sont faits par ordinateur pour les replacer à la vidéo. La RA est en temps réel : je filme avec mon smartphone et je vois directement que quelque chose s’est ajouté à ma réalité tangible.

Déjà quand je faisais de la post-prod, je voulais faire de la RA avec mon maquillage. Si je veux concevoir et réfléchir le maquillage de demain, il faut que tout le monde puisse l’utiliser.

Tu ne parles pas de filtres mais de digital make-up. Pourquoi ?

Je suis arrivée dans cette scène au bon moment. Il y avait un intérêt grandissant pour les beautés alternatives, pour la scène drag queen, tout ce qui est performance, une explosion continuelle du make-up. Il y avait aussi un intérêt grandissant des marques pour les collaborations avec des artistes et l’arrivée de nouvelles technologies, en particulier pour la RA, désignées pour être plus accessibles. Il y a eu un alignement des planètes.

Tu travailles désormais avec des marques prestigieuses (Burberry, Nike, Selfridges) ou des artistes comme Charli XCX. Quelle est la bonne recette pour créer des expériences avec lesquelles les utilisateurs auront envie de jouer ?

C’est important de créer une histoire, une mécanique et pas juste un filtre. S’il y a une vidéo et que les gens peuvent porter le look qu’ils ont vu, si le filtre a été porté par quelqu’un de connu, ça donne plus envie de le tester.

J’ai fait une collaboration avec la marque Essence, organisée par Meta. Leur ambition était de faire un sondage sur Instagram pour demander aux utilisateurs et followers de la marque de faire un choix entre différentes valeurs importantes pour eux. En fonction des sondages, j’ai créé plusieurs designs et ceux qui avaient le plus de votes ont été développés en filtres. Ce genre de mécanique est très intéressant.

Il y a tellement de choses à faire. On peut créer de la rareté. On n’est pas obligé de mettre le filtre en public tout de suite, on peut le faire essayer par des gens avant ou envoyer le lien en avant-première et en exclusivité à certaines personnes. On peut créer des jeux pour débloquer les filtres. Il y a plein de mécaniques à penser.

C’est intéressant que tu parles de rareté. On pourrait collectionner les filtres comme des Pokémons : il faut trouver le bon.

Je pense que pour les adolescents il doit y avoir une pression de porter le bon filtre beauté à la mode. C’est très normalisant mais tu rentres plus dans l’algorithme, tu es plus dans les tendances… C’est un phénomène intéressant.

Quelles sont tes inspirations, des artistes que tu admires ?

Mes inspirations sont très larges. Je suis des illustrateurs·rices, des drag queens, des performeurs. Quelqu’un comme Hungry, avec qui j’ai collaboré, m’a beaucoup inspiré. Elle transforme son visage avec une grande élégance tout en étant extrêmement belle et bizarre, perturbante.

Je suis très inspirée par les milieux aquatiques. À chaque fois que je crée en 3D, j’essaie de faire quelque chose qui ne serait pas possible dans le monde physique. Les mouvements, les textures, les couleurs de créatures qui vivent sous l’eau, la gravité qui n’est pas la même... Tout de suite, ça donne un côté magique, surréaliste, d’un autre monde.

Tu as produit une collection de NFT. Qu’as-tu pensé de l’expérience ?

J’en suis toujours au stade de l’expérimentation. J’en ai fait trois. Je vais peut-être en faire plus mais je ne suis pas pressée. D’abord je n’en ai vendu qu’un. Ensuite, c’est un drôle et complexe milieu. Tout le monde expérimente.

Je vois les NFT comme le seul moyen de vendre mes œuvres. Quand tu vends une œuvre, tu es obligé d’avoir un certificat d’authenticité, sinon ça n’a pas de valeur. Un NFT permet aux artistes digitaux d’obtenir ce certificat.

Les NFT que je fais et ferai sont souvent liés à des expositions, physiques ou virtuelles.

Pour toi, le métavers ça représente quoi ?

Il y a des choses très intéressantes, d'autres moins. C’est comme tout, c’est notre responsabilité d’en faire un lieu intéressant, enrichissant et positif. J’adore le côté réalité alternative et voyage dans un monde virtuel où on peut délirer et créer des univers ultra-fantastiques, changer de planète comme dans les multivers de Rick and Morty. Si le métavers reste sur les rails de quelque chose de positif et inclusif, je serais heureuse de créer des assets pour customiser son avatar par exemple.

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