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Visage d'un homme analysé par un algorithme de reconnaissance faciale
© Izusek via Getty Images

Pourquoi l’appli de reconnaissance faciale du ministère de l'Intérieur inquiète

Le 9 oct. 2019

En novembre, les Français pourront accéder à divers services via l’application Alicem en scannant leur visage. Cette banalisation de la reconnaissance faciale à l’échelle nationale soulève des inquiétudes.

Dès le mois de novembre, vous pourrez accéder aux services publics en ligne en scannant votre visage. Une première en Europe (cocorico ?). Ce nouveau système baptisé Alicem (pour Application de lecture de l’identité d’un citoyen en mobilité) est une application mobile développée par le Ministère de l’Intérieur et l'Agence Nationale des Titres Sécurisés (ANTS). Elle devait être lancée en décembre, mais son déploiement a été avancé, révèle Bloomberg.

Alicem permettra aux détenteurs de passeports biométriques et de titres de séjour électroniques de se créer une identité numérique. Et ainsi d’accéder aux quelques 500 procédures et services en ligne de FranceConnect (impôts, assurance maladie, inscription au permis, services de la ville…). Pour créer un compte, il leur sera demandé de lire la puce de leur pièce d'identité avec leur téléphone puis de se prendre en photo et en vidéo avec des gestes à accomplir devant la caméra. Un algorithme de reconnaissance faciale validera alors leur identité.

Sur le site du ministère de l’Intérieur, on vante la simplicité du système – « l’utilisateur n’a plus besoin de mémoriser plusieurs identifiants et plusieurs mots de passe » – et sa sécurisation. Alicem est présentée comme un moyen de lutte contre l’usurpation d’identité et contre la cybercriminalité de manière générale.

Alicem ne sera pas obligatoire mais crispe quand même

Il est par ailleurs précisé que créer un compte Alicem ne sera pas obligatoire. Les autres moyens d’accès aux services publics, numériques comme physiques, resteront disponibles. Les données biométriques collectées par Alicem ne seront pas partagées à des tiers, précise la place Beauvau. 

Malgré cela, des voix s’élèvent contre cette généralisation de la reconnaissance faciale à l’échelle nationale. En première ligne, la Quadrature du Net, qui milite pour l’interdiction de la technologie. En juillet 2019, l’association a déposé un recours devant le Conseil d’État pour demander l’annulation du décret autorisant Alicem. Ce que reproche la Quadrature à l’application est de conditionner la création d’une identité numérique à un traitement de reconnaissance faciale obligatoire. « Le gouvernement participe à la banalisation de cette technologie, et cela au mépris de l’avis préalable de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) qui avait pourtant souligné son illégalité », lit-on sur leur site.

En octobre 2018, la Cnil s’est en effet prononcée sur Alicem, jugeant qu’en l’état application n’était pas conforme au Règlement général sur la protection des données (RGPD). « La Commission relève que le Ministère ne propose pas, à l’heure actuelle, d’alternative à la reconnaissance faciale pour créer une identité numérique de niveau « élevé ». (…) Le consentement au traitement des données biométriques ne peut être regardé comme libre et comme étant par suite susceptible de lever l’interdiction posée par l’article 9.1 du RGPD. » La Cnil propose dans cet avis la mise en place de solutions alternatives à la reconnaissance faciale pour créer un compte Alicem : un rendez-vous en face à face à la mairie par exemple ou un appel vidéo. Le gouvernement n’a pas modifié son décret malgré cette mise en garde. Preuve pour la Quadrature que l’influence de la Cnil diminue de plus en plus.

Par ailleurs, on pourrait s'inquiéter de la fiabilité d'un tel système pour valider une identité. Les algorithmes n'étant pas toujours d'une grande finesse... Les systèmes de reconnaissance faciale d'Apple et de Samsung ont déjà été maintes fois piratés. 

À Londres, la reconnaissance faciale utilisée à l'insu des passants

La France est peut-être le premier pays européen à déployer un système de reconnaissance faciale pour créer une identité numérique, mais la technologie se déploie aussi chez nos voisins. À Londres par exemple, une technologie de reconnaissance faciale a été ajoutée aux caméras CCTV du quartier de King Cross sans que les personnes qui le fréquentent chaque jour soient averties. La police a admis l’avoir utilisé pour tenter d’identifier des criminels.

En réaction à ce déploiement progressif de la technologie, un mouvement pour bannir la reconnaissance faciale des villes est en train de se constituer, raconte MIT Technology Review. Il est particulièrement actif aux États-Unis où des associations font pression sur les entreprises et les législateurs.

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