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© Black Mirror / Netlfix

En Chine, le score social à la Black Mirror a déjà empêché 15 millions de trajets

Le 22 mai 2018

Ça ressemble à un jeu en ligne, ça fait rire les internautes... mais le score social que la Chine met en place pour noter ses citoyens - et les contraindre dans toutes les dimensions de leur vie réelle - a déjà empêché 11,4 millions de trajet en avion et 4, 24 millions en train. Article publié initialement le 20 mars 2018 et mis à jour le 22 mai 2018. 

Imaginez une interface qui collecte vos achats en ligne, vous localise en permanence, sait quelles interactions vous avez avec des amis et connaît le nombre d’heures que vous passez à regarder des vidéos. Plus grave, ce système de surveillance de masse baptisé Social Credit System (SCS) agrège également les dettes, crédits ainsi que l’historique de vos éventuelles déboires avec la justice…

À l'heure où l'Europe entière est en chambranle pour se mettre au pas du RGPD, la République populaire de Chine n'a pas peur d'un score social qui vous classifie parmi les honnêtes gens, ou les autres. La Chine avait annoncé que ceux dont le score serait trop bas seraient purement et simplement privés d’achat de billets d’avion ou de train. On a aujourd'hui les premiers chiffres. Le quotidien chinois Global Times affirme que le système de crédit social mis en place aurait déjà empêché 11,14 millions de vols et 4,25 millions de trains à grande vitesse.

 

Pour l'heure, cette base de données géante dans laquelle toute la vie numérique des citoyens chinois figure fonctionne sur la base du volontariat. Mais elle sera étendue à toute la population d’ici 2020. En attendant, certaines expérimentations, comme l’interdiction d’achat de billets d’avion/train sont donc mis en place.

Ces premières interdictions ont en effet été appliquées à certains entrepreneurs mis à l’index par le pouvoir. C’est par exemple le cas du fondateur de la société automobile Faraday et LeEco Jia Yueting dont les avoirs ont été bloqués. Outre ce cas visible, environ 7 millions de citoyens seraient déjà sous le coup d’une sanction. Selon Reuters, des personnes soupçonnées d’avoir publié des informations de nature a priori terroristes, accusés de fraudes à l’achat de billets d’avions, ou simplement d’avoir fumé dans des wagons pourraient ainsi être bannis.

Hou Yunchun, l'ancien directeur du centre de recherches du conseil d'État chinois ne s'en est pas caché : l'objectif de ces mesures, qui ne sont pas sans rappeler le Big Brother du roman d'anticipation 1984 de George Orwel, est que « personne discréditées sombrent dans la faillite ».

Opacité et petites récompenses

Le Social Credit System (SCS) qui cartographie des infractions mineures du type amendes pour mauvais stationnement, est déjà régulièrement invoquées pour justifier une interdiction d’accorder un crédit, et il n’indique pas les voies de recours pour une personne qui s’estime injustement pointée du doigt.

À l’inverse, un bon score social est censé être gratifiant. Un total de 600 points peut ainsi permettre de contracter un crédit à la consommation de 500 dollars environ, somme utilisable sur les plateformes partenaires de la constellation Alibaba. Mieux, pour 700 points, il est possible d’acheter un billet d’avion pour Singapour sans avoir à fournir certains documents officiels.

La course au point est ainsi devenue, au fil des mois un symbole de gamification.

Sur les réseaux sociaux tels que Weibo, chacun se targue d’accumuler X points en vue d’acquérir tel ou tel bien. Un indice devenu symbole social à tel point que certaines personnes n’hésitent même plus à le mettre en avant pour montrer qu’elles seront de bons partenaires de vie.

Avec un bon score, une bonne situation, les portes du paradis de la consommation semblent ainsi ouvertes…

L’union des banques de crédit et du gouvernement

Pour la mise en place de ce dispositif, le gouvernement de Pékin a recours aux géants locaux du numérique que sont Tencent, Sesame Credit, Alibaba ou Didi Chuxing (le Uber chinois).

A l’horizon 2020, n’importe quelle transaction réalisée par un particulier auprès de ces plateformes sera prise en charge par ce score social. L’idée est que l’ensemble de l’économie du pays utilise cet indice de réputation pour garantir ou refuser un service à un citoyen.

A ce petit jeu, l’assureur Ant Financial (une filiale d’Alibaba) fait office de véritable carrefour des souhaits des citoyens chinois. La société détient d’importantes quantités de données sur ses clients et peut, à souhait, les recroiser pour augmenter une police d’assurance. Plusieurs personnes ont alors vu leur capacité de déplacement être sévèrement réduites du fait des conditions tarifaires et autres malus qui leur était imposés.

Par ce moyen, le gouvernement chinois parvient à limiter, sans violence apparente, les mouvements de ses habitants. Leurs consommations quotidiennes sont utilisées, parfois à leurs dépens, pour les contraindre à suivre la voie jugée la plus correcte. A défaut, ils risquent le déclassement et la mise à l’écart. Privés d’achat, de liberté, leur seul moyen de faire amende honorable étant alors la repentance.

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