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Un homme allongé sur le toit d'un immeuble recouvert de pelouse
© Martin Reisch via Unsplash

Comment les immeubles intelligents peuvent faire du bien à la planète ?

Le 9 oct. 2019

Le secteur de la construction est responsable de 45% de la consommation énergétique en France. Entre tech et design, passage en revue de clés concrètes pour réduire son empreinte.

Emmanuel François est fondateur et président de la Smart Building Alliance, un think tank qui réunit 300 acteurs de la construction. Ensemble, ils imaginent un futur plus responsable pour le secteur de la construction.

Comment limiter la consommation énergétique de nos bâtiments ?

EMMANUEL FRANÇOIS : Les bâtiments exemplaires aujourd’hui sont les bâtiments dont on a réussi à réduire la superficie de 40 à 60% pour le même nombre de personnes. C’est un ratio totalement réaliste. The Edge, par exemple, le siège de Deloitte à Amsterdam, avait été pensé avec une surface de 100 000 m2 qui ont finalement été réduits à 40 000 m2 pour le même nombre de personnes. Ce bâtiment a trois ans. Aujourd’hui, on sait appliquer ce ratio, tout en allant toujours plus loin dans le confort, le bien-être, l’optimisation énergétique…

Le siège d’ICADE a également été réduit de 40% en volume à effectif salarial constant grâce à des systèmes d’optimisation des espaces, comme la fin des bureaux cloisonnés, l’intégration d’espaces multiples et modulables, etc.

Dans le résidentiel, nous n’avons pas encore de réalisation mais de nombreux projets sont en cours. Ils vont très vite démontrer que la réduction de l’espace de vie sans perdre en confort pourrait s’imposer dans le futur. Donc la réponse n’est pas forcément technologique, elle peut être dans cette hybridation des lieux entre espace propre et espace partagé.

Nous ne parlons pas d’un micro phénomène, ce changement est réel et aura une conséquence importante sur l’existant. Dans trois à cinq ans, toutes les foncières qui n’ont pas rénové leurs parcs immobiliers seront soumises à une dépréciation potentielle de 30 à 40%. L’enjeu est réel et à court-terme. Si elles n’arrivent pas à respecter le référentiel Ready To Service qui permet de s’assurer que les bâtiments fournissent un minimum de cadre serviciel, leur valeur chutera et cela indépendamment de leur localisation.

On peut donc assurer dès aujourd’hui que la modularité et la flexibilité des bâtiments deviendront très vite des critères de base.

Quels sont les autres moyens possibles pour dessiner un futur où la construction est plus « responsable » ?

E.F. : Parmi les autres moyens, impossible de passer à côté de la température des lieux. On se dirige vers une adaptation en temps réel des flux de chaud et de froid en fonction de la présence. Les bâtiments réagiront en temps réel mais ils seront également capables d’anticiper ces fluctuations, et c’est là que l’intelligence artificielle rentre en ligne de compte. L’un des facteurs clés, vous l’aurez compris, va être la météo. Si on sait que dans quelques heures les conditions météorologiques vont complètement changer, il n’est peut-être pas utile de réchauffer ou refroidir l’espace en sachant que, par exemple, une chaudière est souvent lancée pour quatre heures ou plus.

En termes d’éclairage, les LEDs ont apporté un vrai changement car elles consomment 80% d’électricité en moins que les ampoules classiques et consomment jusqu’à 10 fois moins que les ampoules basse consommation. Donc la tendance d’un éclairage moins énergivore ne va cesser de croître.

Cette promesse d’économie d’énergie portée par les LEDs sera l’occasion d’amener le 48 volts, et par la même occasion le numérique grâce à un nouveau mode de connexion et d’alimentation : le POE (Power Over Ethernet), c’est là où la transition énergétique reboucle la transition numérique. Concrètement, c’est un conducteur de 48 volts qui permet d’amener à la fois l’énergie et les données combinées sur le même câble. Il permet de porter 100 watts à 48 volts sur 30 mètres, donc cela est suffisant pour alimenter des bâtiments. La jonction de l’internet et de l’énergie permet de rendre intelligents les éclairages pour les piloter directement. C’est une vraie révolution qui se met progressivement en place.

Ensuite, l’IoT s’immisce partout dans l’habitat : volets, vitres, contrôleurs… et tous pourront être alimentés en POE, donc alimentés en 48 volts et en data.

Le tout technologique peut parfois laisser penser que nous transformons nos habitations en fours énergétiques, à force de tout connecter à tout-va…

E.F. : En effet l’instrumentation du bâtiment peut paraître énergivore mais l’ensemble de l’alimentation de ces capteurs (les interrupteurs, les sondes de températures…) se fera sans pile et sans fil avec des mécanismes qui s’alimenteront automatiquement par l’impulsion ou la différence de température par exemple. Les bâtiments seront vertueux, à l’image des logements Bouygues Immobilier Flexom ou Bouygues Construction Wizone qui portent déjà cette technologie sans pile, sans fil.

Quel regard portez-vous sur les Smart Grids (réseau de distribution d'électricité qui favorise la circulation d'information entre les fournisseurs et les consommateurs afin d'ajuster le flux d'électricité en temps réel et permettre une gestion plus efficace de la consommation, il permet également à des particuliers de se revendre l’énergie entre eux) ?

E.F. : C’est une vraie tendance qui devrait se développer. C’est pour cela que je souhaiterai que tous les bâtiments de France soient connectés d’ici cinq à sept ans. C’est la seule façon de construire un réseau énergétique intelligent d’envergure.

Nous allons inexorablement vers la mobilité électrique et cela va aller plus vite que l’on ne le pense. En 2020, le prix d’une batterie de véhicule électrique aura été divisé par 10 par rapport à 2010. Ce qui va faire qu’un véhicule électrique sera moins cher qu’un véhicule thermique diesel. Le fait que les véhicules électriques se développent devrait également accélérer la mutualisation énergétique. Je m’explique. Les véhicules électriques devraient représenter 3,3 millions de véhicules en circulation à l’horizon 2025 en France contre 100 000 en 2018. Cela implique une gestion intelligente des bâtiments pour suivre cette mutation (eh oui, il faudra recharger sa voiture). 3,3 millions de véhicules électriques correspondent à 30 tranches de centrales nucléaires, soit 100 gigawatts, il faudra donc concevoir un réseau électrique intelligent ou smart grid pour alimenter ce volume énergétique. Tous les bâtiments vont consommer de l’énergie mais vont également devoir en produire. Soit via une production locale avec des énergies renouvelables, soit en ayant un lieu de stockage à proximité de chez soi.

Donc nous aurons une connexion directe entre la mobilité et le bâtiment. C’est une vraie convergence en termes d’énergie. L’un venant alimenter l’autre.

Cette mutualisation est-elle uniquement une affaire énergétique ?

E.F. : Non, la mutualisation entre les bâtiments et le monde extérieur s’inscrira dans une échelle plus large, celle d’un quartier par exemple. Comme les lieux seront de plus en plus modulables, il sera possible de payer des accès à des espaces en fonction de ses besoins et des disponibilités : une salle de conférence, un bureau, une salle de jeu, un amphithéâtre, une cabine d’e-santé, une salle d’expo, un restaurant, etc. Idem pour la mobilité, il sera facile d’identifier un moyen de locomotion disponible à proximité, immédiatement.

Nous ne sommes pas dans de la science-fiction, ces changements s’initient actuellement. C’est une promesse assez positive qui revalorise la proximité en facilitant l’accès à des biens ou services en bas de chez soi.

Cette modularité extrême nous mène-t-elle à la fin de la propriété ?

 E.F. : Il y aura toujours des propriétaires mais nous ne lierons pas forcément la propriété à l’usage. Nous aurons sûrement un espace privatif plus limité. C’est une vraie tendance envisagée par les constructeurs. Au lieu de vendre un T3, dans un futur proche, nous vendrons un espace privatif de 40m2, accompagné d’un droit d’usage à des espaces partagés.

POUR ALLER PLUS LOIN :

> Doit-on considérer les énergies renouvelables comme des biens communs ?

> Une solution Tech for Good pour mettre les industriels à la diète (énergétique)

Commentaires

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  • Très bonne analyse de l'état actuel des choses et très bonne analyse du devenir. C'est avec des hommes comme ce Monsieur François que le monde évolue. Pour le bien commun il est important de ne pas rater le coche, est ce que nos politiques et élus l'ont compris ?