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J'ai hacké Tinder & co pour trouver un mari juif de 36 ans

Le 26 janv. 2018

Le récit d'Amy Webb est hilarant, et plein de bons conseils pour vraiment trouver l'amour en ligne.

Amy Webb n’est pas une fille comme tout le monde. Brillante prospectiviste américaine, elle baigne dans un jus de data. Elle adore ça. C’est son job, sa passion. Et quand il s’agit de trouver l’homme de sa vie, impossible pour elle de s’en remettre au hasard.

Sur ce registre, elle ne pouvait que le constater : les chiffres ne jouaient pas en sa faveur.

Elle avait alors 30 ans, habitait Philadelphie, une ville qui compte 1,5 million d’habitants. En tenant compte des critères encore triviaux de sa recherche – un homme, entre 30 et 36 ans, de confession juive –, et en comptant obtenir sur cette population un score de réel compatibilité affective d’un sur dix, elle évalua son potentiel d’amoureux à… 35 hommes.

Amy en était consciente : sa tâche n’allait pas être simple.

Elle ne tarda plus à s’inscrire online, remplit sommairement le formulaire, décida de ne pas cocher toutes les cases et de poster in extenso son CV – impressionnant CV – où il est question de maîtrise de Javascript, de japonais parlé, lu et écrit, et de data évidemment. « Je n’accuse pas les algorithmes des sites, mais ils s’intéressent à des critères curieusement anecdotiques : “Préférez-vous les chiens ou les chats ?” – “Vous êtes plutôt séries policières ou comédies romantiques ?” Cela me paraissait absurde de répondre à tout ça. Je ne cherchais pas un correspondant ! » Et ce qui devait arriver, arriva. Amy a rencontré des informaticiens. Beaucoup d’informaticiens… mais pas l’amour. Elle décide donc d’inverser le processus en composant la recette de son algorithme personnel.

Première étape : elle dresse la liste, une très longue liste, de toutes ses attentes, et détermine 72 points – l’homme de sa vie doit être un workaddict, vouloir deux enfants, aimer voyager dans des endroits exotiques, s’engager à toujours peser plus de 10 kilos qu’elle… Puis, elle les classe par ordre d’importance en pondérant leur poids, et distingue le tout en deux catégories : les indiscutables et les possiblement à discuter. Enfin, Amy prend une résolution : elle ne donnera suite à une demande de rendez-vous qu’à la seule condition que le monsieur ait atteint un minimum de 700 points.

Et – miracle – ce fastidieux travail paie. En quelques semaines, Amy découvre l’irrésistible Jewisdoc57. Il est merveilleux… « Le prince charmant qui porterait une kippa ! » Le seul problème, c’est que Jewisdoc57, lui, n’est pas du tout intéressé par Amy. « Mes calculs n’avaient pas pris en compte un élément : la compétition qui règne sur les réseaux ! »

Retour à la case départ.

Amy ne se laisse pas démonter, et pour mieux comprendre les femmes qui cherchent le même type d’hommes qu’elle, elle se crée dix faux profils de messieurs. Son objectif ? Accéder aux comptes, aux data quanti et quali, et aux méthodes de ses compétitrices.

Bon, elle n’est pas très fière d’elle… mais « j’avais besoin de comprendre la manière dont elles fonctionnaient pour optimiser mon propre profil ». Et le constat est sans appel. Oui, les filles les plus populaires ont une recette, elle est magiquement efficace, et diamétralement opposée à celle d’Amy.

Elle découvre leurs secrets. La taille de leur texte de présentation par exemple. Il s’avère radicalement plus court et truffé de mots positifs : « amusante », « amour », « joie ». Autre point : leur manière de cadencer leurs interactions. « Ce n’est pas parce que vous avez obtenu l’e-mail ou le portable de quelqu’un que vous devez le contacter dès réception, voire en pleine nuit. Les femmes les plus populaires laissent passer en moyenne vingt-quatre heures entre chaque message, comme, d’ailleurs, on le fait spontanément avec quelqu’un que l’on rencontre dans la vraie vie. » Dernière leçon, cruelle : Amy comprend qu’en matière de photos son choix de se dévoiler façon selfie pleine face avec son chien ou dans sa chambre (mal rangée) dans une tenue de sport (mal ajustée), n’est pas un bon choix. « Les filles les plus populaires choisissent d’être très souriantes, soignées, de montrer juste un petit bout de leur corps dénudé » Tout est bien qui finit bien. Le score de popularité d’Amy s’envole littéralement. En quelques semaines, elle rencontre Thevenin… Ils se marièrent et eurent deux beaux enfants.

Amy en tire une leçon : « Je crois qu’il existe un algorithme pour trouver l’amour. Il n’est juste pas celui utilisé par les sites de rencontre. C’est à vous de l’écrire. Tout ce qu’il vous reste à faire, c’est d’éclaircir ce que vous souhaitez vraiment, de décider de vos propres règles et ne pas hésiter à être exigeant.e. »


Cet article est paru dans sa version intégrale dans le numéro 13 de la revue de L’ADN – SEXE, UNE QUESTION DE GENRE. Pour vous procurer un exemplaire de la revue, cliquez ici.


 

PARCOURS D’AMY WEBB

Amy Webb est une futurologue, professeure à la NYU Stern School of Business, fondatrice du Futur Today Institute. Elle a écrit plusieurs ouvrages dont un qui raconte comment elle a rencontré son mari en hackant les sites de rencontre : Data, A Love Story, Plume, 2014.

À CONSULTER

amywebb.io

futuretodayinstitute.com

 

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