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Extra-capacité du renouvelable : comment la crypto peut favoriser la transition énergétique

Avec litebit
© pngtree

Et si la crypto était un moteur pour la transition énergétique ? Alors que l’industrie se tourne vers des solutions plus durables, certains acteurs poussent la démarche plus loin pour devenir un soutien au développement des ces infrastructures. Rencontre avec Sébastien Gouspillou, patron de Bigblock Datacenter et Bigblock Green Service, qui a placé ce paradigme au cœur de son activité.

Cette question, il la connaît par cœur : la cryptomonnaie est-elle mauvaise pour l’environnement ? Et sa réponse est nette : « C’est juste l’inverse, c’est une industrie extrêmement positive pour la transition énergétique. Ça peut paraître contre-intuitif car la presse ne parle du Bitcoin que pour dire qu’il consomme trop d’énergie, que c’est polluant, etc. Mais c’est un nouveau paradigme pour les électriciens » pose d’emblée le chef d’entreprise.

Utiliser l’extra-capacité du renouvelable

Ce nouveau paradigme, c’est l’utilisation de l’extra-capacité du renouvelable, le cœur du business de Sébastien Gouspillou. Une activité qui s’est imposée à lui comme la plus économiquement logique. « L’idée du projet minier est arrivée en 2016 et on a ouvert le premier datacenter en 2017 après une année d’étude dans le sujet, raconte-t-il. D’abord une ferme en Ukraine, puis en France, à Nantes. En 2018, la baisse des cours des cryptos a fait qu’on était plus du tout rentables. C’est à ce moment-là qu'on a commencé à chercher des mégawatts ailleurs dans le monde, là où ils sont moins chers. De fil en aiguille, on s’est rendu compte que les mégawatt peu chers à prix pérenne sont forcément sur des extra-capacités du renouvelable. Par exemple, des barrages hydroélectriques qui ont une capacité de production supérieure à la demande. » Il a désormais deux fermes en exploitation et une en construction, pour une vingtaine de collaborateurs. 

Pour bien le comprendre, il faut se pencher sur le fonctionnement de la production et l’acheminement de l’électricité. « Jusqu’à maintenant, pour produire de l'électricité, on essayait de la rendre la plus pilotable possible, explique Sébastien Gouspillou. C’est-à-dire que si on avait une capacité de production de 100 et qu’on ne produisait que 50, il suffisait de produire moins. C’est une aberration économique. Il n’y avait pas d’autres solutions, pas de possibilités de valoriser cette énergie perdue sur les sites de production. »

Si les infrastructures produisent plus que ce que la population peut absorber, c’est qu’elles sont construites pour supporter une croissance démographique, économique, explique Sébastien Gouspillou. « Il y a toujours une déperdition, surtout au départ et surtout sur les ouvrages green, notamment sur les centrales d’hydroélectricité, sur les centrales au fil de l’eau. C’est ce qu’on identifie comme étant les extra-capacité du renouvelable, et il y en a énormément. On peut mettre peut-être 20 réseaux Bitcoin dessus. » Un constat qui est notamment au cœur de la plateforme Power Ledger, accessible sur LiteBit, et qui permet à ses utilisateurs d'acheter et de vendre de l'énergie verte. 

Clause d’effacement et non-concurrence

Selon une étude de la Judge Business School de l’université de Cambridge, 76 % des mineurs utilisent de l’énergie renouvelable dans leur mix et 39 % de l’énergie totale utilisée provient de l’énergie renouvelable – et la tendance au renouvelable s’est affirmée avec la chute du cours des cryptos et l’augmentation de ceux de l’hydrocarbure, affirme Sébastien Gouspillou. « Cela en fait l’industrie la plus propre du monde, et c’est la seule dont on dit à longueur de temps qu’elle pose un problème écologique. »

L’un des arguments des pourfendeurs d’une crypto supposément mauvaise pour l’environnement est de dire que, même si l’énergie utilisée est verte, celle-ci pourrait être utilisée à d’autres escients. Pour Sébastien Gouspillou, la preuve la plus efficace pour contrer ce discours est le faible prix auquel son entreprise achète l’électricité. « Si on peut acheter l’électricité à ce prix, c’est qu’il n’y a pas d’autres usages possibles pour cette électricité. Un électricien ne vendra jamais son mégawatt heure 30 dollars s’il peut le vendre 300 dollars. Ce sont des surplus structurels qui peuvent durer cinq ou dix ans. Pour les avaler il faudrait tirer des câbles, installer des poteaux, créer un réseau électrique : ça coûte cher. Très souvent ces boîtes de production d’électricité, en particulier renouvelable, n’ont pas les moyens de créer de nouveaux réseaux. Et la béquille économique du mining permet justement de financer ce réseau. »

L’avantage des mineurs sur d’autres secteurs, c’est leur mobilité et leur flexibilité. « On travaille avec des containers de transports, ce sont des fermes de mining mobile, détaille Sébastien Gouspillou. Ça ne bouge pas toutes les semaines, mettre en œuvre un déplacement de ferme est une logistique lourde, mais dans nos contrats avec nos électriciens nous avons une clause d’effacement – provisoire ou totale. Par exemple, si on travaille sur 5 MW de surplus et qu’on nous dit que dans six mois une usine de béton va s’installer et prendre 5 MW, on prend sur nous de partir. » Pour comparaison, le fondateur de la crypto-monnaie Cardano (disponible sur LiteBit) estimait récemment que l’ensemble de son réseau consommait 6GW par an. 

« Un mégawatt heure, ça ne s’envoie pas par la poste, pose Sébastien Gouspillou. Si un électricien ne vend pas un mégawatt aujourd’hui, c’est qu’il ne peut pas le vendre. Ça ne va desservir personne qu’on l’utilise. » Dans la charte proposée au gouvernement du Salvador, fait-il savoir, il est écrit que jamais le mining ne devra entrer en concurrence avec les usages classiques, industriels et commerçants. 

Béquille économique

De ce point de vue, la crypto est non seulement verte mais elle est un soutien précieux pour développer les infrastructures sur les territoires. « Il y a des centaines de nouvelles centrales en cours de création. On a besoin de plus d’électricité, surtout dans les pays de l’Asie du sud-est ou en Afrique centrale. Au Congo, 8 % des gens ont l’électricité ; en Centrafrique c’est pareil. Lorsqu’il y a un projet de centrale hydroélectrique dans un pays comme ça, c’est long et difficile à rentabiliser. Parce que les réseaux ne sont pas créés, la population n’a pas l’habitude… Passer à l’électricité est une révolution domestique. » C’est sur ce type de projets que se place Sébastien Gouspillou et ses équipes. « On aide au financement de nouveaux outils qui vont permettre à l’électricité verte (et peu onéreuse) d’arriver dans les foyers, avance-t-il. Ils ont des subventions de l’ONU, de l’UE, mais ils courent toujours après l’argent. Nous on a une somme qui est là, tout le temps, aussi longtemps qu’ils le souhaitent. »

Sébastien Gouspillou a placé l’utilisation du renouvelable au cœur de l’ADN de ses entreprises, mais les conjonctures économiques devraient pousser le reste de l’industrie à privilégier ce type de ressources, pense-t-il. « Avec l’envolée des prix de l’hydrocarbure, qui va ouvrir une ferme avec du charbon en sachant que le cours a doublé en deux ans ? Quand on a de l’électricité carbonée, on est dépendant de la volonté du marché. Quand on travaille sur des extra-capacités du renouvelable, on sait qu’il y a durablement une surproduction structurelle et que le prix ne va pas suivre l’augmentation des hydrocarbures. » A croire que le marché et l’environnement pourraient partager les mêmes intérêts…

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