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Jeune femme danse et lève les bras pendant un festival de musique.
© Krists Luhaers via Unsplash

Cashless : un avantage pour les organisateurs, moins pour les festivaliers

Le 3 sept. 2019

Problème de remboursement, temps de latence pour recharger, pousse à la conso, récolte de données… les systèmes cashless agacent plus d’un festivalier, malgré leur apparente simplicité.

Les grands festivals de musique sont progressivement devenus de petits univers où l’argent liquide n’existe plus. Exit les billets, les organisateurs sont passés au « cashless ». Le festivalier doit désormais payer sa pinte de bière ou son burger avec un bracelet, une carte pré-chargée ou son smartphone. Sziget en Hongrie a été le premier à se lancer 2011, et le système est aujourd’hui quasiment généralisé.

Les avantages affichés par les organisateurs paraissent louables : limiter le temps d’attente au bar, les risques de perte et de vol. Mais certains aspects du système agacent une partie des participants. « L'idée est bonne, sur le principe. C'est vrai que c'est souvent difficile - voire impossible - de retirer du liquide à proximité des festivals », admet Maxime. Mais, pour cet adepte du Hellfest, les points négatifs l'emportent. « Les points de recharge sont souvent saturés de monde, c'est galère. » Alors certes, il est des festivals qui permettent de payer avec son portable. Mais à nouvelle solution... nouveau problème : les batteries des smartphones ne sont pas immortelles, et il n'est pas rare de se retrouver rapidement à sec.

Payer plus vite, consommer plus

Maxime estime par ailleurs que la « dématérialisation » peut « pousser à la surconsommation ». C’est aussi l’avis de Claire. « Il est vite facile de perdre le fil des dépenses ! », estime-t-elle après avoir testé le cashless au festival Sziget. Il suffit de 5 secondes pour que le barman scanne votre bracelet ou votre smartphone, selon  Fréderic Leclef, directeur général délégué de Lyf Pay, application de paiement mobile. Quand on sait qu'il faut en moyenne 30 secondes pour une transaction par carte bancaire, et encore plus pour un achat en cash, force est de constater que le cashless fluidifie les passages au bar. Mais plus c'est rapide, plus on consomme.

Récupérer son argent restant : le parcours du combattant

Autre point irritant : récupérer son argent après le festival si l'on a trop crédité son bracelet ou son apli. Parfois c’est tout simplement impossible. Le festival électro parisien Marvellous Island n’effectue pas de remboursement, mais propose aux festivaliers de dépenser leurs crédits restants dans les autres évènements qu’il organise. Dans d’autres festivals, les sommes inférieures à 3 euros ne sont pas remboursées.

D’autres festivals assurent qu'il est possible de se faire rembourser... mais ne facilitent pas la tâche des participants. Au Sonar festival de Barcelone, la somme à charger sur les bracelets doit être un multiple de 5 euros , qui ne correspondent pas forcément aux prix des boissons. Résultat : de nombreux festivaliers se retrouvent avec quelques euros inutilisables. Pas de problème : il suffit aux festivaliers de remplir un dossier pour réclamer leurs deniers. Par contre, la démarche coûte 2 euros. Et doit s'effectuer dans un temps limité. C'est pas drôle, sinon. De quoi en décourager plus d'un, qui préfèrent lâcher l'affaire que de rentrer dans des procédés interminables.

La flemme des festivaliers : source de revenus pour les organisateurs ?

La flemme des participants serait-elle un moyen pour les organisateurs de renflouer un peu leurs caisses ?Un programmateur anonyme explique à Télérama que le cashless est « surtout un moyen de faire rentrer plus d’argent ». Par exemple, la Route du Rock à Saint-Malo récupère entre 10 000 et 30 000 euros selon les années. De quoi éponger les dettes du festival, admettait Romain Gislais, en charge de la comptabilité du festival, à l’AFP en 2018.

Un effet sur le chiffre d'affaires difficile à mesurer 

Mathieu Ducos, directeur adjoint de Rock en Seine nuance. Entre les dizaines de milliers d'euros que coûte la mise en place du système ce qui n'est pas remboursé aux festivaliers, les rentrées d'argent sont minimes, nous confie-t-il. Mais alors à quoi bon mettre en place le cashless ? Avant tout pour sécuriser les flux d’argent et éviter les fraudes, optimiser les stocks, et fluidifier les accès au bar qui représentent le plus gros des recettes du festival, nous répond Mathieu Ducos. Et 90 % des participants seraient satisfaits du système, selon une enquête réalisée en 2018. 

« Ce que je picole, ça ne regarde que moi »

L’autre avantage promis par les systèmes cashless : la possibilité de récolter des données socio-démographiques et transactionnelles des utilisateurs. « Nous avons été capables d'identifier que la moitié des visiteurs d'un festival lyonnais étaient parisiens », illustre Frédéric Leclef de Lyf Pay.

Ce suivi à la trace inquiète certains participants. « Ce qui m’ennuie avec le cashless c’est la collecte de data, explique Caroline qui a notamment expérimenté le cashless au Hellfest. Ça me saoule qu'on sache ce que je picole et ce que je mange... ça ne regarde que moi. »

Lyf Pay insiste sur le fait que les données collectées sont anonymisées. RGPD oblige. L’application peut collecter des infos sur votre département, votre âge, votre genre, vos données de paiement mais ne les reliera pas à votre nom.

Pour le moment Frédéric Leclef estime que les festivals exploitent assez peu les données récoltées. À Rock En Seine, ces données permettent tout de même de mieux gérer les stocks et le personnel. « On peut savoir si telle boisson s’est bien écoulée le premier jour et ajuster les stocks les jours suivants, ou quelles sont les heures de pointe au bar et affiner le nombre de barmen », expose Mathieu Ducos.

Les festivals : laboratoire d’un futur complètement cashless 

Les festivals ont été les premiers à s’emparer de système 100 % cashless et font figure de laboratoires grandeur nature. Car aujourd’hui la tendance se généralise dans d’autres lieux : les stades, les supermarchés, les chaînes de fast-food et certains petits commerces indépendants. « De la même façon qu’on prend de plus en plus des photos avec son smartphone et de moins en moins avec un appareil photo, on paiera de plus en plus avec son smartphone et de moins en moins avec sa carte bancaire ou son porte-monnaie », prédit Luc Laffon, directeur du développement de Paylib (solution de paiement mobile utilisée notamment aux Eurockéennes). Aujourd'hui, l'application revendique 2,3 millions d’utilisateurs en France. Soit environ 4 % de la population. Et les chiffres devraient continuer de grimper. Et tant pis pour ceux qui décident de résister au téléphone intelligent…?

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