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Une jeune femme utilisant un ordinateur

Pourquoi les femmes ont-elles disparu des cursus tech ?

Le 31 oct. 2017

Booking.com lance une bourse pour inciter les filles à étudier l’informatique à Oxford et Delft. Une initiative qui met en lumière un problème de fond. Pourquoi les femmes ont-elles délaissé l’informatique ?

L’absence de femmes dans le secteur technologique n’est pas forcément un signe de misogynie de la part des entreprises : le problème se pose bien avant l’embauche, dès les études.

Plutôt que de baisser les bras face à ce constat, certaines entreprises choisissent d’agir : si, aux Etats-Unis, Facebook a lancé son université d’été pour plus de diversité dans la tech, en Europe c’est Booking.com qui prend les rênes du mouvement. « En tant qu’entreprise basée sur la technologie et l’innovation digitale, Booking.com mise fortement sur l’égalité d’accès et d’opportunités dans le secteur. Nous reconnaissons que la participation des femmes dans la technologie est plus faible qu’elle ne le devrait, nous nous engageons à soutenir les talents féminins, en éliminant les obstacles et défis qu’elles peuvent rencontrer », a déclaré Gillian Tans, CEO de l’entreprise.

Au total, ce sont 15 bourses qui seront attribuées aux jeunes filles dès la rentrée 2018 – 10 étudiantes de l’Union Européenne pourront ainsi rejoindre le Master of Science de l’Université d’Oxford, et 5 étudiantes d’Afrique subsaharienne pourront intégrer un cursus de 2 ans au sein de l’université de Delft.

L’idée de quotas et de discrimination positive hérisse encore certains. Pourtant, force est de constater que c’est parfois nécessaire. Pour Florence Trouche, Directrice commerciale chez Facebook France, les quotas sont des vecteurs « d’accélération du changement ». Elle rappelle que chez Facebook France, un recruteur a l’obligation de recevoir au moins deux femmes en entretien avant de pouvoir faire une offre à un candidat. « C’est une pratique qui peut paraître forcée, ou datée. Mais si l’on n’impose pas ce genre de mesures, il faudra compter 3 ou 4 générations avant que les lignes ne bougent. Le jour où l’on aura rétabli l’équilibre, on n’aura plus besoin de quotas ».

Pour Fabrice Epelboin, fondateur de Yogosha, les inégalités dans la tech sont encore plus criantes en ce qui concerne la cybersécurité. « C’est catastrophique », admet-il. Si les raisons du phénomène ne sont pas évidentes, il identifie un contexte qui remonte aux années 80. « A l’époque, les premiers ordinateurs étaient clairement marketés à destination des garçons : c’était un peu le cadeau ultime qu’un père pouvait offrir à son fils ».

Une publicité IBM des années 80 montrant un jeune garçon demandant à son père d'utiliser son ordinateur

La conséquence directe, c’est que les garçons étaient alors « privilégiés » en termes d’usage et de connaissances informatiques. « Arrivés à la fac, c’était plus facile pour nous de faire un cursus d’informatique : les filles n’avaient aucune expérience de l’ordinateur. Plutôt que de prendre cela en considération, les profs ne prenaient pas la peine de revoir les basiques, déjà connus par les garçons. Il n’a pas fallu bien longtemps avant que le taux de femmes dans ces cursus ne s’effondre ».

Une explication valable pour les années 80-90 mais qui n’a plus lieu d’être aujourd’hui. « C’est une question de culture. Beaucoup ont identifié en HEC et Sciences Po des lieux de pouvoir qu’il fallait investir, en tant que femmes ». Et il est vrai que dans ces écoles, la parité est quasiment atteinte… « Le problème, c’est qu’entre temps les GAFA ont démontré à quel point le pouvoir se crée ailleurs. Le cursus informatique a été délaissé car il était perçu comme créateur de fonctions supports. Or, aujourd’hui, c’est là que la valeur se crée ».

 

Gillian Tans espère que l’initiative permettra aux femmes de changer de perception, et de se rendre compte « des opportunités existantes qu’il existe dans la technologie ».

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