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Bal populaire Paris

La tendance à Paris ? Le come back des bals pop !

Le 3 sept. 2018

Et si ce soir on allait au bal ? Sur les quais de Paris, on a dansé tout l'été... et la tendance semble prête à durer.

Y’A D’LA JOIE !

Attention : on part sur une très bonne nouvelle ! Paris serait redevenu une fête ! Du Ground Control aux rives du canal de l’Ourcq, de la Bellevilloise aux quais de Seine, de la Marbrerie de Montreuil au 104… le bal pop’ fait son grand retour. À nous flonflons, accordéons, talons bobines et robes à volants. Qu’elles se la jouent valse musette ou java, les danses de parquet reprennent du terrain. Et partout la même ambiance : bon enfant. Il y a les esthètes de la piste, qui maîtrisent les pas et le total look, et puis les néophytes qui gigotent, et improvisent. Ici, y’a d’la joie, et entre tout petits et nettement plus grands, on rejoue la party façon entre-deux-guerres.

AH LE PETIT VIN BLANC…

Derrière ce regain, quelques passionnés s’activent. Parmi eux, les deux de Paname : la Bâronne – à prononcer avec le circonflexe et l’accent titi parisien – et Albert, tous deux superbement hors du temps. Chignon pour madame. Rouflaquettes pour monsieur. Lui, n’en revient toujours pas de l’ampleur de cet inattendu revival. Il avait lancé le mouvement dans les années 1990, au Balajo – le bal à Joe – un dancing mythique repris par un ancien catcheur où ses soirées dansantes faisaient swinguer le Tout-Paris. Et puis le succès est retombé. Il aura fallu une vingtaine d’années d’éclipse pour qu’il revienne… encore plus fort. « Le mouvement est aujourd’hui nettement plus sophistiqué. Ce sont de vrais mordus, les jeunes font des recherches sur tout – l’histoire, la culture, les modes – et deviennent hyperpointus. » Les uns se spécialisent sur les vêtements, les chaussures, les coiffures ou les accessoires, les autres sur les voitures ou les vélos… Tout ce petit monde partage sur les réseaux photos d’époque et bons plans, et finit par se rencontrer dans la vraie vie. On trouve des amateurs pour chaque décennie, mais le gros des troupes se concentre sur l’avant-guerre, des Années folles jusqu’à l’Occupation.

La Bâronne de Paname pratique le vintage à temps plein. Dans son appartement proche de la place Daumesnil, le temps semble arrêté juste avant-guerre. Son métier : créatrice de bals. « À Paris, où l’on peut tout danser, le rock, la salsa, le tango, il n’y avait plus de bals. J’ai eu envie de les relancer. »

En 2007, Paris Plages tente l’expérience en reconstituant une guinguette sur le bassin de la Villette. « Ça a été extraordinaire, tout de suite on a réussi à mélanger les âges, les styles chaque soirs et pendant un mois. » Puis le 104 a suivi, dès son ouverture en 2009, à l’occasion de la Nuit blanche. « La Ville de Paris m’avait fait plusieurs propositions, mais j’ai adoré l’idée de provoquer le choc du musette et de l’art contemporain. » 

Depuis, l’équipe a changé, mais les bals sont restés. Aujourd’hui, ils reviennent tous les mois, et José-Manuel Gonçalvès, le directeur du lieu, l’envisage comme un must de sa programmation. « C’est un moment de joyeuse fraternité qui réunit tous les publics de manière très simple – ceux qui passent leurs journées dans la nef, ceux qui sont là pour visiter une expo, ceux qui sont venus spécialement pour l’occasion. »

Et ça marche ! La nostalgie n’est pas le sujet. À chaque édition, une nouvelle thématique bien ancrée dans notre époque est choisie. « En février dernier, nous avons monté un bal queer avec l’artiste Gérald Kurdian. Ça a été un énorme succès, même si ça a mis un peu de temps à démarrer. Les habitués étaient un peu surpris, ils s’attendaient à une soirée tango, ils restaient sur les côtés. Et puis, ils ont commencé à se mélanger, c’était un moment fou. Quel que soit le thème, on ne fait pas de grandes déclarations d’intention, je ne donne qu’un mot d’ordre : je veux que les gens dansent. » Et ils dansent. 

 

AU RYTHME JOYEUX, QUAND LES CORPS SE CONFONDENT

Certains veulent aller plus loin, les écoles se multiplient, le nombre des amateurs aussi. Chez Brotherswing, ils sont plus de mille à vouloir apprendre les pas énergiques du lindy hop, une danse de rue qui nous vient du Harlem des années 1920. Ils se la jouent charleston, adoptent le look Gatsby le Magnifique… un brin plus canaille. Ils mettent le feu dans les bals de la Bellevilloise ou sur les quais. Et lors du Swingin Paris Festival et du Paris Jazz Roots Festival, c’est la battle. Garçons et filles s’affrontent – en solo chacun pour soi ou en duo – au son des trompettes et du saxo... ça chauffe grave, on se croirait dans un bar au temps de la prohibition.

À New York, le mouvement trouve son équivalent. Deux fois par an, le musicien Michael Arenella organise la Jazz Age Lawn Party à Governors Island. Une foule de plus en plus nombreuse – 5 000 à la dernière édition – se retrouve magnifiquement emplumée – chaussures bicolores parfaitement cirées. Pour lui, en esthète minutieux, ce n’est pas un hobby, c’est un art de vivre qui veut prendre notre époque à contre-pied. « J’ai l’impression qu’avec les réseaux sociaux on est tous très soucieux de faire savoir à tout le monde ce que l’on fait à chaque instant. Je trouve cela un peu vulgaire et pas très romantique. » Impeccable dans ses chemises de lin, il roule en traction avant, écrit sa musique et ses lettres à la main… tout lui prend plus de temps reconnaît-il, mais il lui semble qu’il savoure tout beaucoup mieux.

Côté musique, la tendance rétro a trouvé son courant. L’electro swing mixe les sons du hip-hop et de la dance music avec ceux des années d’avant-guerre. Duke Ellington, Cab Calloway aussi bien que Luis Mariano ou Lucienne Delyle reprennent un bon coup de jeune. Le mouvement est parti dans les clubs de Chicago. En France, les premiers gros succès ont commencé avec le groupe Caravan Palace, grâce à une bande-son commandée par Canal+. La chaîne voulait rediffuser des films pornos des années 1920. Leur swing collait bien aux images. Depuis, la scène s’est largement enrichie. De Typoboy, premier Dj à mixer exclusivement de l’electro swing, en passant par l’orchestre Metro Lutèce, qui se révendique néoguingette et qui a financé son album sur Ulule, jusqu’à l’adorable new pin-up Dimie Cat…  

ÇA C’EST PARIS !

Mais est-ce que le bal va tenir plus d’une saison ?

En tout cas, au nom de la sacro-sainte médiation culturelle qui consiste à favoriser le croisement des publics, il semble que les interlocuteurs institutionnels soutiennent le mouvement plus que jamais. Il faut reconnaître que la pratique a tout perdu de son côté voyou pour y gagner un peu du métissage world et arty beaucoup moins corrosif. La Bâronne de Paname le constate : « Il y a dix ans, avoir 20 ans et dire “Ce soir je vais au bal” était totalement ringard. Aujourd’hui, l’expression est entrée dans le lexique des fêtes parisiennes. »

Elle ne compte pas s’arrêter en si bonne voie. « On danse le musette partout, jusqu’en Chine, en Australie et au Japon, même les Esquimaux ont leur musette. Alors pourquoi ne le ferions-nous plus à Paris ? » Elle se souvient : « À la fin d’une soirée donnée à l’Alimentation générale, l’un des organisateurs qui fait des soirées depuis quinze ans m’a fait une confidence : “Il y a quelque chose qui se passe pendant les bals et qui ne se passe pas ailleurs. C’est qu’à la fin, les gens s’aiment”… »

Et ça, c’est aussi Paris dit-on… 

 

OÙ DANSER LE BAL À PARIS ?

Toute l'année : La Coupole, le Rétro Dancing, le Pachamama, le Java, le Balajo, le Divan du monde, le Belleviloise, Mains d’œuvres…

Et en été : place de la République, sur les quais de Seine, sur le canal de l’Ourcq…

 

 

Crédit photo : COUPOLE © FRANÇOIS MICHEL LA BÂRONNE DE PANAME
 
 
 
 

 

Cet article est paru dans le numéro 15 de la revue de L'ADN - consacré aux Générations. N'hésitez pas à vous procurer ce numéro en cliquant ici.

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