Pile de jeans

Changer de coton pour sauver le combo jean / tee-shirt... et la planète ?

Avec Faguo
© Cottonbro via Pexels

Troisième consommateur d'eau d'irrigation de la planète après le riz et le blé, le coton est présent dans la composition de la plupart de nos jeans et tee-shirts. Aujourd’hui, pour réduire l’impact de ce combo incontournable de la garde-robe unisexe, des solutions alternatives se développent.

En moyenne, selon l’association Water Footprint Network, un tee-shirt en coton de 250 grammes requiert environ 2 500 litres d’eau et un jean de 800 grammes nécessite 8 000 litres rien que pour l’irrigation. La nécessité de se tourner vers d’autres matières et de développer des modes de production plus durables est aujourd’hui devenue incontournable. Le recours à du coton bio et recyclé fait partie de ces solutions.

L’impact du coton sur l’eau, les sols et la biodiversité

Difficile de ne pas citer la mer d’Aral concernant l’impact du coton. Située entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, elle était le 4e plus grand lac au monde, et ce jusque dans les années 1960, période à laquelle l’Union Soviétique débute la culture du coton et utilise cette eau pour irriguer les champs. En l’espace de 50 ans, ce grand réservoir d’eau est passé de 67 500 km² à 7 297 km². Un désastre écologique sans précédent. 

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la moitié des sols est aussi touchée. En cause, nous indique le site FAIR’ACT, « les activités humaines : agriculture intensive, utilisation d’intrants chimiques souvent non dégradables, mise en décharge de déchets, rejets de polluants, voies de communication (routes et parking), déforestation. Sans oublier le compactage par les machines qui a de lourdes conséquences sur le sol ». Et cela a un impact sur la biodiversité : aux États-Unis par exemple, le plus grand exportateur de coton au monde utilise des pesticides pour un quart de ses cultures, à l’heure où un kilo de pesticide est nécessaire pour un hectare de culture. Selon le site canadien ecoloco, « l'utilisation massive des pesticides et des fertilisants contamine les rivières, les lacs et les nappes d'eau souterraines. Ceci a un impact à court et à long terme à la fois sur la biodiversité et la santé humaine ». 

Heureusement, d’autres alternatives existent. C’est notamment le cas au Burkina Faso, qui après sept ans d’épandage de pesticides et de graines transgéniques en 2016, a renoncé à ce procédé censé améliorer le rendement et la qualité de vie, pour récolter un coton plus sain et biologique. En cause, le coton était de qualité médiocre et sa fibre trop courte. Résultat : une meilleure qualité des sols, du coton, sans oublier un impact plus positif sur la santé des travailleurs.

Le rôle du coton bio, recyclé et mélangé

Afin de réduire l’impact du coton dans la production textile, le coton mélangé peut être une des solutions pour s’approcher du but. C’est un tissu composé de fibres de coton naturelles, additionné à des fibres synthétiques, de la soie, de la laine, du chanvre ou encore du lin. Moins de coton pour autant de matière. Si cette méthode est régulièrement adoptée (voir vos étiquettes), il faudrait pour la rendre plus efficace, utiliser du coton biologique, moins gourmand en eau (-60 %) et plus respectueux de l’environnement (-95 % d’acidification des sols).

C’est encore la matière recyclée qui permet de traiter le problème environnemental plus largement, car la production des matières a, par définition, déjà été effectuée. Selon l’ADEME, un kilo de coton recyclé voit son impact sur le réchauffement climatique réduit de 91 %, car il émet de 40 à 99 % de CO₂ en moins qu’une matière vierge : 16 kg de C0₂ sont émis pour la production d’un kilogramme de coton traditionnel, contre 1,2 kg pour le coton biologique. Dans l’industrie de la mode, cette prise de conscience commence à se traduire en actes très concrets. En France, la marque de prêt-à-porter Faguo utilise la matière perdue pendant le processus de fabrication dans le but de confectionner de nouvelles pièces (80 % de sa collection en est composée). Elle a également équipé ses boutiques de bornes de recyclage qui, couplées à des ateliers de réparation et à des espaces « seconde main », permettent d'offrir une nouvelle vie à une sélection d’étoffes. Par ailleurs, l‘enseigne a fait le pari d’utiliser des coquilles d’huîtres recyclées dans la composition de certaines pièces maîtresses de sa collection, à l'image du pull Lucio.

Les limites du modèle

Attention tout de même à la demi-providence. Le modèle qui mise sur le coton recyclé a ses limites. Selon Faguo, « certaines fibres recyclées ne permettent pas la confection d’une pièce dans son intégralité. Par exemple, un tee-shirt en coton 100 % recyclé serait trop fragile et boulocherait rapidement après entretien. Mais qu'on se le dise : encourager à consommer moins mais mieux reste plus facile à dire qu'à faire ». Toutefois, des mouvements à l’image de Make Friday Green Again, regroupant 1 000 marques engagées tentent d’inverser cette tendance en éduquant à la consommation consciente et responsable.

Notons aussi la question du transport. La culture du coton biologique est réalisée très loin des frontières européennes. Impossible donc, d’omettre l’importance des émissions carbone générées par le transport dans le processus de production. Des solutions sont toutefois envisageables pour réduire cette logistique gargantuesque. L’économie circulaire en fait partie. D’ailleurs, selon l’Institut de l’Économie Circulaire, l’adopter créerait un cercle vertueux pour tous :  ce système « constitue une opportunité d’optimisation de l’utilisation de ressources, de renforcement de l’attractivité des territoires et de création d’emplois ». 

Aussi, afin de poursuivre la réduction de l'impact environnemental du coton dans la mode, l'intégralité des acteurs du secteur aurait tout intérêt à produire circulaire (réemploi des déchets, recyclage des produits), à investir dans le bio et à adopter le mélange des matières. Un engagement des plus "cotons" à tenir.

premium2
commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.