Andrea-Piacquadio

Solidarité intergénérationnelle, une ressource dans le parcours d’insertion

© Getty Images

Les débats récents sur l’emploi et la retraite ont fait ressortir plusieurs tendances de fond du marché du travail : difficultés pour l’insertion professionnelle des jeunes, taux d’emploi après 55 ans, et surtout après 65 ans, plus faibles en France que dans les autres pays de l’OCDE. Ces particularités peuvent aussi constitués des leviers et des atouts pour peu qu’on les aborde différemment.

« Il faut que les vieux libèrent leur emploi et laissent la place aux jeunes » entend-on souvent, telle une évidence. Alors, il suffirait que les plus âgés quittent leur poste pour que le niveau d’insertion professionnelle des jeunes augmente ? Une étude sur l’emploi des séniors, réalisée par les économistes de la Fondation Concorde, a démontré récemment que la réalité était contre-intuitive, et que les pays dans lesquels les plus de 65 ans travaillent le plus sont aussi ceux… où le taux d’emploi des jeunes est le plus élevé ! Ce qui peut se comprendre facilement car une entreprise pourrait difficilement confier à un junior le travail de quelqu’un qui a 40 ans d’expériences et de réseau. Plus les seniors actifs restent dans le marché du travail et plus celui-ci peut créer de la valeur.  

L’accompagnement des seniors pour une meilleure insertion dans le marché du travail

Dans l’entreprise comme dans la vie associative, la solidarité intergénérationnelle prend des formes diverses pour mettre l’expérience au service de la soif d’apprendre et de découvrir de la jeunesse : le mentorat, le parrainage, l’accompagnement, l’alternance ou encore le stage.

« Il faut arriver à développer une vision du futur de la société dans laquelle la solidarité intergénérationnelle prend une place nouvelle. Au sein des entreprises, par exemple, on peut imaginer que l’emploi évolue avec l’âge afin que les plus expérimentés prennent davantage de temps pour la transmission de leur savoir aux plus jeunes collaborateurs », invite Laure de la Bretèche, directrice déléguée de la Direction des Politiques sociales de la Caisse des Dépôts. C’est en ce sens que 32 entreprises, dont la CDC, ont signé, en mars dernier, à Bercy, un engagement inter-entreprises concernant la place des collaboratrices et collaborateurs de plus de 50 ans en entreprise. Cette démarche, initiée par le Club Landoy et L’Oréal permet une sorte d’assouplissement de la transition entre vie active et retraites mais également un parcours de fin de carrière repensé et modifié, plus épanouissant pour le sénior et plus enrichissant pour l’entreprise.

C’est ce que souligne encore Laure de la Bretèche : « Il ne s’agit pas simplement du remplacement d’une génération par une autre mais de véritables échanges et de partage pour que le renouvellement et la vitalité s’ajoutent à l’expérience et au savoir-faire existant ». Et de fait, ce sont des fonctionnements qui ont fait leur preuve et sont de plus en plus réclamés. Ainsi, le lien qui s’instaure entre le tuteur et l’apprenti constitue la mesure de réussite du dispositif. Il se réalise dans une durée longue, de deux ans, et l’accompagnement ressemble à celui du compagnonnage d’autre fois dans les métiers de l’artisanat pour bien infuser tout le savoir auprès de l’apprenti. C’est un mode de transmission efficace et logique pour accompagner la phase de découverte chez les jeunes qui, à 18 ou à 20 ans, ne dispose pas, par définition, de beaucoup d’expériences.

Le grand âge offre-t-il des perspectives d’emploi aux jeunes ?

Plus que de simples liens économiques, c’est même une nouvelle phase de développement de notre société qui doit être conceptualisée car le vieillissement de la population ne concerne pas seulement les séniors d’aujourd’hui mais concernera, à terme, tout le monde. « L’engagement de la jeunesse peut-être un magnifique ferment de réponse pour les grands défis de l’âge. Les besoins d’aide à la fragilité, sans se limiter nécessairement à l’aide à la grande dépendance, constituent un immense champ d’opportunités tant de nouvelles solutions vont être nécessaires. », annonce Laure de la Bretèche.

En effet, c’est un champ d’activité en plein développement aujourd’hui, mais l’attractivité de ses métiers reste encore aujourd’hui à démontrer. Ils sont souvent sous-classés et paraissent moins attractifs et par conséquents moins prisés par les jeunes. Il manque par exemple près de 40 000 postes d’infirmier-e-s et ils ne sont pas près d’être occupés tant le taux d’évaporation pendant la formation en instituts de formation aux soins infirmiers (IFSI) est important. On observe par ailleurs une plus faible durée dans le métier, en moyenne 3 années seulement contre 10 auparavant.

Les pouvoirs publics, par le biais de la Caisse des Dépôts notamment, qui compte parmi ses mandats de gestion Mon Compte Formation et plusieurs régimes de retraite ont bien conscience de cet écueil. Le groupe associatif Arpavie s’apprête d’ailleurs à lancer prochainement un centre de formation d’apprentis pour les métiers du grand âge, et ainsi palier ces manques, avec un principe clair : « alimenter l’expérience du réel par des mises en situation dès le début »  !


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