Un homme sur un vélo à grandes roues

Boom des métiers de la pédale : on n’a toujours pas de pétrole, mais on a des vélos

© Mack reed via flickr

Ça roule pour lui ! Le vélo a littéralement explosé grâce aux confinements. Le secteur renaît de ses cendres et bouscule les codes du métier, les organismes de formation et même le monde de l’industrie.

Pédale douce – Il est impossible que vous soyez passé à côté du boom du vélo. Magasins archi-branchouilles avec vendeur à barbe et pignons fixes, réparateur à domicile ou livraison en vélo-cargo : avec le Covid, les métiers du vélo ont explosé. Vous avez d’ailleurs probablement un ami qui a lâché son CDI dans le conseil ou le marketing pour ouvrir sa boutique au canal Saint-Martin (Salut Patrick). Et vous avez d’ailleurs probablement acheté une bécane. 

Les Français fous de pédales 

Selon la 5ème édition du baromètre « Les Français et la mobilité électrique » réalisée par Ipsos pour Mobivia et l’Avere-France, les ventes de vélos ont été multipliées par 10 en 5 ans. Près de 3 millions de vélos ont été vendus en France, selon l'Union Sport & Cycle, dont près d’un quart de vélos à assistance électrique. À noter que près de 2 millions de trottinettes ont aussi été vendues. Ce qui porte à 42 % le pourcentage de Français utilisateurs de deux-roues. Parmi eux, 29 % utilisent un vélo sans assistance électrique au moins deux fois par mois, et 14 % un vélo à assistance électrique.  

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Boom du vélo, mais pénurie de main-d’œuvre 

« La crise a été un véritable accélérateur pour tout l’écosystème et le phénomène va perdurer » , explique Jean Le Naour, spécialiste des formations du deux-roues. L'aménagement de voies pour les cyclistes, les « coronapistes » , dans la capitale semble donner raison au directeur de l’INCM (Institut national du cycle et du motocycle). Sur l'infographie ci-dessous, réalisée par l’agence de design 442South, on voit comment les pistes cyclables se sont multipliées entre 2014 et 2021 pour gérer le flux des nouveaux rouleurs. 

Conséquence directe de l’augmentation de la pratique, les opportunités de business dans le secteur sont elles aussi en plein boom. Selon l'Union Sport & Cycle, le chiffre d'affaires du secteur a dépassé les trois milliards d'euros, l’an dernier, soit une hausse de 25 %. Pour assouvir la faim de ce nouveau marché, il faut former les nombreux nouveaux arrivants.

Jean Le Naour a vu les demandes de formation de son institut augmenter : « On a multiplié les inscriptions par 5 depuis 2018 » . Ainsi, 500 élèves (apprenti·e·s ou contrat pro) sortent diplômé·e·s chaque année, en plus des 500 stagiaires en formation courte continue (2 ou 3 jours). Chez Sup de vélo, l'un des nombreux autres centres de formation reconnus en France, on fait le même constat. Et les formé·e·s sont entre 300 et 350. 

« Il existe une surmédiatisation du mec qui crée sa boîte de vélo à Paris »

« On a des personnes qui étaient dans l'industrie, dans l’armée, des infirmières, un philosophe, et même des docteurs généralistes. C’est rigolo ! On ne pensait pas qu'une personne avec ce statut et ce niveau de rémunération – autour de 7000 € par mois – voudrait faire autre chose » , s'étonne Mathias Costes. Comment explique-t-il cette bascule inattendue ? « C’est l’effet menuisier : j’accueille un client, je fais la réparation, le client est content, le sourire immédiat. »  Jean Le Naour a une vision plus pragmatique de ces reconversions et s'agace même un peu de ce qu'il appelle « le syndrome de la reconversion » . « Il existe une surmédiatisation du mec qui crée sa boîte de vélo à Paris. De nombreuses personnes qui s’inscrivent chez nous sont plutôt en situation de chômage. Car nos formations sont prises en charge par le compte formation ou Pôle emploi » , explique-t-il. « Trois quarts des personnes qui s’inscrivent sont en reconversion ou en insertion. Donc on est plutôt sur une tranche d’âge supérieure à 25 ans. Chez les moins de 25 ans, c'est devenu une vraie alternative aux métiers du bâtiment. »  

Pédale douce à Biarritz 

« Il existe environ 2 000 entreprises qui sont de petites structures de 0 à 2 salariés, explique Jean Le Naour. La valeur des équipements vendus dans ce genre de boutique peut s’élever à 5 000 €. Pour ce prix, il faut savoir conseiller le client, préparer ou réparer le vélo avec minutie. Au niveau du recrutement, on est, a minima, sur des compétences technico-commerciales. »

Avec le Covid, Jean Le Naour estime que de nombreux mécaniciens se sont échappés des métropoles pour aller vivre à La Rochelle ou Biarritz. « On voit qu’il existe des bassins d’emploi en manque de personnel qualifié avec de l’expérience. Ce qui fait augmenter les salaires. » Il estime aux alentours de 1 900 € un salaire de mécanicien ou vendeur à Paris dans une boutique spécialisée. Pour un mécanicien, « c’est 10 % au-dessus du SMIC, en travaillant le samedi » . 

Le come-back industriel inattendu du vélo 

La vente et la réparation ne sont pas les seuls segments de l’emploi du vélo. Mathias Costes travaille aujourd’hui à la mise en place d’une formation de soudeur de cadre et d’assembleur sur une chaîne d’assemblage. « Aujourd’hui, les industriels ne trouvent pas la compétence. Les groupes Intersport ou Easybike, par exemple, ont des usines, mais pas le personnel qualifié. Ils doivent d’abord les former. Ce temps peut poser problème lorsque l’activité est soutenue. »

Cette pénurie, Jean Le Naour l’explique facilement. « Historiquement, jusque dans les années 70, la France produisait ses propres pièces, comme les dérailleurs. Mais l’arrivée dans le paysage de grands équipementiers sportifs comme Go Sport ou Decathlon a déplacé la production en Chine » . Et de ce fait, alors que la demande est forte, il existe une pénurie de pièces et de personnel. 

Et demain ?  

Outre les besoins mécaniques, de nombreux postes s’ouvrent aussi en marketing, en programmation et en gestion de flotte mobilité urbaine. « Il existe aussi des enjeux politiques sur le règlement et le partage des tuyaux, sur la sécurité et le contrôle. » Bref, pour Le Naour, « l’intérêt pour le vélo n’est pas près de s’arrêter. » À l’heure où les transports représentent 30 %* des émissions de gaz à effet de serre en France, devant l’industrie et le résidentiel tertiaire, et où le prix de l’essence s’envole, la pédale a de beaux jours devant elle.  

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