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Dessin d'une tête multicolore
© Motortion via GettyImages

On a la technique pour booster votre mémoire

Béatrice Sutter
Le 4 févr. 2020

Et si nous usions de notre imagination pour mieux mémoriser ? Champion des concours de mémoire et coach, Sébastien Martinez livre ses techniques pour redonner à notre cerveau toute son attention.

« Tout a commencé avec mon fils. Quand je lui ai demandé comment il était devenu le premier de sa classe. Il m’a répondu : « C’est grâce à Sébastien Martinez ! ». Retenez bien ce nom, car si on en croit Benjamin et son père David Sussman, entrepreneur successfull, Sébastien a peut-être le pouvoir de changer votre vie.

« Pour moi, c’est clair, il y a eu un avant et un après Sébastien, renchérit David. Avant, je pensais que ma mémoire était limitée, je ne savais pas comment elle fonctionnait, et encore moins comment la travailler. Avec lui, j’ai appris plein de méthodes. Je pense vraiment qu’on devrait les enseigner à tous les gamins dans les écoles. » David le reconnaît : il est fan. Et il l’assume. Il a fait intervenir Sébastien auprès de ses équipes – deux fois – et dans le club de dirigeants qu’il anime à Marseille. Fan mais pragmatique. « Si cela ne fonctionnait pas, je ne le ferais pas. »

« Prétendre qu'on n'a pas de mémoire est une absurdité »

Sébastien Martinez, les plateaux de télé l’adorent ! D’abord parce que son sujet – la mémoire, donc – touche tout le monde. Les téléspectateurs de Télématin qui redoutent les effets du vieillissement cognitif, comme les plus jeunes qui ont la vague intuition qu’à force de se fondre dans leurs écrans ils ne mémorisent plus ce qu’ils ont fait la veille ou le nom des films qu’ils ont « bingés » avant-hier. Ensuite parce que, avec sa tête bien faite de gendre idéal, Sébastien a des convictions rassurantes. « Prétendre qu’on n’a pas de mémoire est une absurdité. On a tous une excellente mémoire, ce qu’il faut, c’est travailler les stratégies pour l’entretenir. En respectant certaines étapes, tu peux tout apprendre – une langue ou des séries de chiffres – retenir un discours, le contenu d’un livre… ».

Sébastien ne prétend pas être l’inventeur des méthodes qu’il transmet – le « palais de la mémoire », par exemple, vient en droite ligne du poète antique Simonide de Céos. Sans fausse humilité, celui qui fut le champion français 2015 de la mémoire concède que sa force a été confortée par sa formation d’ingénieur : « J’adore décomposer les processus en une succession d’étapes simples. Cela me permet d’amener les gens à progresser un pas après l’autre. Techniquement, il s’agit de reproduire les processus naturels d’apprentissage du cerveau. »

La mémoire, une histoire d'imagination

Apprendre à retenir ce que l’on veut apprendre... décidément, oui, cela nous concerne tous et pourrait bien être enseigné à l’école. Hélas, si dès la maternelle on tente de nous faire retenir une myriade de dates, une foultitude de noms, et un gros paquet de théorèmes… on ne nous a jamais expliqué la manière dont notre cerveau peut les engranger. C’est d’autant plus regrettable que cette lacune nous handicape longtemps, et on le constate même chez les premiers de la classe. Responsable pédagogique du centre Laennec de Lyon, une maison qui accueille 950 étudiants en médecine, Inès Froidure a fait intervenir Sébastien auprès d’eux : « Nos étudiants sont très en demande de méthodes de travail. Les études qu’ils entreprennent les engagent à mémoriser une quantité énorme de nouveaux savoirs. Mais quand ils identifient le problème, il est trop tard, ils sont déjà débordés… »

De son côté, Emma n’a que 16 ans mais elle aime anticiper. Bonne élève de première S dans le meilleur lycée de Digne-les-Bains, précise-t-elle, elle voudrait devenir dentiste. Elle le sait, les méthodes qu’elle a acquises auprès de Sébastien lui ont fait grimper sa moyenne de deux points. Mais elle insiste surtout sur un autre point : « J’ai découvert que pour apprendre, on pouvait utiliser notre imagination. On invente des histoires qui doivent nous faire rire, c’est bien plus ludique que de se répéter les choses en boucle 36 000 fois. »

La mémoire est un jeu... de stratégie

Le titre du dernier ouvrage de Sébastien est sans équivoque : La Mémoire est un jeu. Un jeu ? Sérieux ? Sébastien n’en démord pas : mémoriser consiste vraiment à se créer de petites histoires – absurdes et drôles. Il s’agit plus de libérer votre âme d’enfant que d’ânonner comme un besogneux. Vous verrez, vous vous sentirez pousser des couettes, et comme Alice, votre pays pourrait s’avérer plein de merveilles. Quand Emma révise son bac de français, elle imagine qu’Émile Zola chante Émilie Jolie à côté de la chaîne Hi-Fi de son salon… et son « bonheur des dames » à lui devient son bonheur à elle. Tout patron qu’il est, David applique désormais la méthode du « Major System », et retient le numéro de carte bleue de sa boîte par la formule cryptique « Jésus s’envoie en l’air. »

La mémoire est un jeu, donc… mais demande un peu de stratégie. Sébastien aime fonctionner par étapes, et il nous en donne trois : « D’abord, vous devez être attentif, on ne peut rien mémoriser sans cela. Puis, pour encoder l’information, vous allez devoir créer des associations qui font appel à votre imaginaire, à vos sens. Et pour terminer, vous allez répéter, plusieurs fois, souvent… Si vous respectez ces étapes, forcément, cela marche. »

Travailler sa mémoire plutôt que d'avaler des pilules

Votre mémoire n’aurait donc besoin que de vous pour se développer ! Alors, question adjuvants – médicamenteux ou technologiques – censés la faire pousser, Sébastien reste sceptique. « Les produits qui promettent d’améliorer nos performances en restant passif me semblent douteux. Si quelqu’un voulait « performer » à la course, la première chose qu’il ferait ne serait pas de prendre des compléments alimentaires. Il s’entraînerait, irait courir, voudrait trouver les bonnes stratégies à mettre en place pour s’améliorer, il pourrait s’intéresser à son hygiène alimentaire et tous les moyens qui l’aident... C’est pareil pour la mémoire. Une fois qu’on a fait tout cela, alors, peut-être, on peut s’intéresser à des pilules ou à des appareillages techniques. Mais, il est rare que les gens qui y ont recours aient vraiment validé toutes les premières étapes. »

Profession : coach en mémoire

Sébastien n’est pas du genre à aller à rebours des technologies, mais il propose de reprendre le contrôle sur elles. « Je voudrais que l’apprentissage des stratégies de mémorisation permette aux gens de choisir en conscience les savoirs qu’ils souhaitent externaliser, et ceux qu’ils souhaitent mémoriser. » Selon lui, il existe deux vents contraires qui laminent nos capacités d’attention : la force des habitudes qui nous aveuglent, et celle de la dopamine qui nous capte et nous détourne de nos aspirations propres.

En exerçant son drôle de métier qu’il ne sait pas très bien nommer – disons « coach en mémoire » – il nous propose en fait un art de vivre. Très loin de la seule course à la performance, il consisterait à reprendre le goût et la curiosité des choses, une certaine connivence avec nous-mêmes. Sébastien, lui, ne se lasse pas de voyager, et il le fait essentiellement dans sa tête. Il nous invite à pratiquer la méditation. « Je crois que, à la fin de ce siècle, il nous paraîtra aussi étonnant de ne pas méditer qu’il nous semble aujourd’hui déplacé de ne pas se laver les dents. » Alors, suivez le coach... et visitez l’intérieur de votre cerveau. Vous y trouverez, peut-être, bien plus que votre mémoire.

Béatrice Sutter - Le 4 févr. 2020
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  • Merci Béatrice pour cet article intéressant.
    Cela me fait penser aux experts du storytelling qui maîtrisent aussi cette technique : ils savent susciter notre attention en nous surprenant et inscrire leur histoire dans un univers qui fait appel à tous nos sens. Au final, on retient plus facilement leurs histoires.
    A bientôt,
    Laurent