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une femme pleure devant la télé
© gorodenkoff via Getty Images

« Zombie culture » : pourquoi nous refusons que nos héros de films et séries meurent ?

Le 12 sept. 2019

Remakes, spin-off, sequels… le monde des blockbusters est peuplé de héros que nous refusons de voir mourir. Pourtant, accepter la fin d'une oeuvre fait partie d’un processus sain.

Il y a quelques mois, j’ai enfin terminé Mad Men. 4 ans après la date de fin officielle de la série. Là où certaines personnes se sont gentiment moquées de mon train de retard, j’ai personnellement apprécié la regarder après tout le monde. Cela m'a laissé plus de temps pour me faire à l'idée que j'allais devoir, à un moment donné, dire au-revoir aux personnages que j'appréciais. Surtout, j'ai eu le temps d’y réfléchir. Lorsqu’elle a pris fin, j’y ai réfléchi encore, plusieurs semaines durant. J’ai retourné maintes et maintes fois l’épisode final dans ma tête, imaginé ce que les personnages devenaient sans le regard des spectateurs… J’étais nostalgique, mais aussi soulagée. Entre nous, il fallait bien qu’elle se finisse un jour. C’était mieux comme ça.

Ou pas.

Force est de constater qu'aujourd’hui, nous avons du mal à laisser partir nos héros de films ou de séries. De Star Wars à Avengersles personnages voguent de prequels en sequels, sans jamais vraiment mourir, au plus grand bonheur des fans. Selon un article Medium, nous serions tout bonnement incapables d’accepter que les bonnes choses aient un début et une fin, dans la vie comme à l’écran. Et quand, enfin, sonne le glas du dernier épisode ou opus... on s'agite. « Combien de fois entendons-nous des fans s’indigner parce que leur série Netflix préférée a été annulée ? », questionne Leo Cookman, théoricien auteur de l’article.

Il appelle ce phénomène la « Zombie Culture », un ensemble de rites populaires qui visent à ressusciter inlassablement « le cadavre » de nos héros favoris, quand bien même cela ferait entorse à la cohérence du scénario.

Pourquoi a-t-on horreur de la fin ?

Alors bien sûr, il y a plusieurs raisons à cela. Petit 1) la nostalgie fait vendre, mais ce n’est pas le facteur qui nous intéresse ici. Petit 2) la résistance au changement est un comportement fondamentalement humain. Nos fictions, elles, en sont le miroir. « Nous ne voulons pas seulement de la nostalgie, explique l’auteur, nous voulons rester dans le passé, ou du moins, que tout reste pareil. En bref, nous voulons résister à la mort. Ce n’est pas une mort littérale – bien que nous la craignions aussi – mais culturellement, nous ne sommes généralement pas disposés à laisser les choses se terminer, se conclure ou mourir. » Cela est vrai pour les événements qui nous concernent directement, mais aussi par les oeuvres que nous créons ou consommons.

Faire le deuil de nos héros pour lâcher prise

Pourtant, le fait de « planifier » ou « d’accueillir toute forme de fin » serait en réalité salvateur. Côté fiction, cela passe par la façon dont nos héros gèrent leurs émotions. S'intéressant à la saga Avengers, un article de Slate déplore l’absence de deuil chez la plupart des personnages, qui sont pourtant confrontés à la mort et à la perte à chaque épisode de la franchise.

*ATTENTION SPOILERS*

Faisant référence au dernier opus qui se déroule 5 ans après que la moitié de l'humanité a disparu de la planète, l'article explique : « On parlera à peine du chagrin, de la rupture affective ou de ce que fait l'absence. Les héros ont sans doute pleuré, ils n'ont sans doute pas enfilé leur costume le lendemain, comme si de rien n'était, ils n'ont sans doute pas vu leurs ami·es et collègues pendant quelques temps. Mais de ces cinq années, on ne verra rien. »

Face à cela, le public est lui-même anesthésié. Peut-être ne désire-t-il même pas être triste. « Il y a une demande sociétale de limiter les manifestations du chagrin liées à la perte d'un être cher, explique la psychologue Marie-Frédérique Bacqué à Slate. Le deuil passe par un état dépressif qui est aujourd'hui questionné par la psychiatrie. On peut donc s'interroger sur le besoin de notre humanité de court-circuiter ou de diminuer ce temps du deuil, qui est pourtant normal d'un point de vue affectif. »

C'est aussi pour cela que nous avons du mal à dire adieu aux vieilles sitcoms : en regardant à l'infini nos héros préférés et leur destin rassurant, nous ne sommes pas obligés d'en faire le deuil.

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