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Un buzz et une polémique plus tard, que devient Obvious, ce collectif d’art numérique devenu star ?
© Obvious_art

Obvious : après avoir fait le buzz, les petits Frenchies veulent s'attaquer aux marques

Le 11 sept. 2019

Inconnu il y a un an, le collectif français Obvious a réalisé une percée historique dans le monde de l’art : vendre une œuvre créée par algorithme à une maison de vente aux enchères. Un buzz mondial et une polémique plus tard, l’un des artistes nous raconte la suite de l’histoire.

Lui, c’est Edmond de Belamy, la première œuvre d’art générée par un logiciel d’intelligence artificielle à avoir été vendue dans une salle de ventes. C’était en 2018 et le marché de l’art en tremble encore.

 
 
 
 
 
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Estimée à 10 000 euros, l’œuvre a finalement été adjugée à 432 500 dollars chez Christie’s, soit près de 45 fois son estimation initiale. Plus que pas mal pour les trois jeunes comparses toujours en coloc’ qui en sont à l'origine. Derrière la machine, Pierre Fautrel, Hugo Caselles-Dupré et Gauthier Vernier, trois artistes français (et bien humains) que nous avions rencontrés chez eux à leurs débuts. Un an plus tard, leur collectif (Obvious) a bien changé. Pierre Fautrel nous raconte.

Une vente aux enchères historique doublée d’une polémique

À un peu plus de 25 ans, les trois amis étaient loin d’imaginer se frayer un chemin dans le monde de l’art, toujours un peu frileux en matière d’intelligence artificielle. Pierre se souvient très bien du jour de la vente à New York. « Nous espérions en tirer 20 000, mais les enchères sont montées très vite. 30, 40, 50 000… Arrivés à 100 000 dollars, on a commencé à flipper. C’était à la fois honorifique et ultra stressant. Lorsque le marteau est tombé – à plus de 400 000 – on était tétanisés et on voulait juste que ça s’arrête, confesse Pierre. On a pris le premier avion pour Paris et on est rentrés fêter ça. »

Révolutionnaire aux yeux des galeristes, la technologie utilisée par les trois Français n’est pourtant pas nouvelle. À l’origine de leur succès, il y a les GAN* (Generative Adversarial Networks), une technologie qu’ils découvrent en 2017. Grâce à cet outil et différents fragments de code accessibles en ligne, ils réaliseront leur première série (La Famille Belamy), soit 11 portraits « classiques » signés par une formule mathématique.

 
 
 
 
 
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Très vite, la presse internationale s’emballe et la création fait débat. Un algorithme peut-il produire de l’art ? Qui de la machine ou de l’Homme est le véritable artiste ? Pour The New York Times, le buzz fait surtout écho à un vrai décalage culturel. « Cette vente inédite est révélatrice de la difficulté qu’éprouvent les maisons d’enchères traditionnelles à rester pertinentes face à une culture qui évolue à la vitesse permise par le Wi-Fi », commente le média. En filigrane, elle révèle aussi certains différends et luttes d’égo propres à la communauté des artistes codeurs. « Nous avons été pris dans une polémique assez anxiogène, révèle Pierre Fautrel. Un chercheur (un jeune codeur prénommé Robbie Barrat dont nous vous parlions ici, ndlr) nous a accusés d’avoir volé son code, ce qui est faux. Lorsque l’on code en open-source, on ne commence jamais de zéro, on imbrique différents éléments de différentes sources ». Cet accord tacite entre codeurs n’empêchera par le jeune Robbie Barrat de publier un thread assassin sur Twitter le jour de l’enchère.

Quand les algos fricotent avec l'Histoire de l'art

Le débat reste en suspens, mais l’orage, lui, est bel et bien passé. Avec l’argent de la vente, les trois artistes se sont acheté un nouvel ordinateur à 15 000 euros pour perfectionner leur technique. « Dans ce genre de milieu, l’obsolescence technologique n’est jamais loin », nous explique Pierre. Courtisés par de nombreuses galeries internationales, ils déclinent cependant toute proposition de résidence pour expérimenter librement. Et ils ont le choix.

 
 
 
 
 
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Sortie en juin dernier, la série Electric Dreams of Ukiyo du collectif troque les portraits classiques contre des estampes japonaises, elles aussi générées par GAN. Sur 20 créations, 9 ont été vendues à des collectionneurs privés avant leur sortie. Et les trois compères ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Quitte à imposer des « grands écarts » à l’Histoire de l’art, pourquoi ne pas générer de l’art pariétal avec ces mêmes algorithmes ? Avec les grottes de Lascaux et le Centre National de Préhistoire, Pierre, Hugo et Gauthier tentent actuellement de générer de nouvelles peintures « préhistoriques » à partir d’œuvres originales en piochant dans une base de données. « Les archéologues vont nous aider sur ce projet. Dans l’idée, nous aimerions reproduire deux fresques, une pour Paris, une pour là-bas », espère Pierre.

Prochaine étape : cap sur les marques

Mais ce qui intéresse le plus Obvious, ce sont les collaborations avec les marques, en particulier de la mode et du luxe. Actuellement en pourparlers avec une grande griffe française, Obvious promet, d’ici quelques temps, une collection de vêtements imaginée par des GAN. Un terrain que Robbie Barrat semble déjà avoir préempté pour le plaisir. En nourrissant son logiciel de défilés, de catalogues et de campagnes Balenciaga, il a réussi à créer de nouvelles silhouettes et une toute nouvelle collection de vêtements. Le résultat est d’ailleurs fascinant.

Pour Obvious, l’industrie du divertissement pourrait aussi bénéficier des GAN, à commencer par le jeu vidéo. « Lors de la conception d’un jeu, des concept artists sont chargés de dépeindre une atmosphère. C’est un long processus, qui coûte en général très cher, explique Pierre Fautrel. Demain, au lieu de dessiner une infinité de personnages secondaires, il pourra n’en dessiner qu’une dizaine puis les mixer et les dupliquer. Grâce aux GAN, ils seront tous uniques, ce qui renforcera davantage l’effet d’immersion ! »  

Véritables générateurs « d’heureux hasards », les GAN n’ont manifestement pas fini de rêver. Et Obvious non plus. 

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