Un ballon de l'emoji qui grimace les dents serrés

Choisir les nouveaux émojis est un casse-tête (et c’est un vrai métier)

Il est de nouveau possible de suggérer des émojis à Unicode, le consortium qui supervise leur création. Jennifer Daniel, sa présidente, vous donne un tuyau : l’important est de permettre une multitude d’interprétations. 

Si vous avez toujours rêvé d’utiliser un émoji camembert ou teckel (oui, chacun ses rêves), c’est le moment de tenter votre chance. Depuis fin avril, il est de nouveau possible de proposer de nouvelles idées d’émoticônes au consortium Unicode. L’occasion pour Jennifer Daniel récemment nommée à la présidence de l’organisation d’expliquer dans les colonnes du MIT Technology Review la fastidieuse élaboration de ce langage utilisé par 92 % des internautes. 

Entre le moment où un émoji est suggéré et celui où il apparaît sur votre téléphone, il peut se passer deux ans. Le consortium reçoit des milliers de suggestions, pour ne garder qu’une trentaine d’élus par an. Les critères sont stricts : ne pas être trop spécifique (pas la peine de suggérer le teckel ou le camembert donc), pouvoir s’associer à d’autres émojis, représenter un concept inédit… Et surtout ils doivent permettre différentes interprétations. « ll y a près de 3 000 émojis et leurs interprétations varient selon l’âge, le genre et la zone géographique des utilisateurs » , explique Jennifer Daniel. On pourrait ajouter selon le groupe voire la personne à laquelle vous vous adressez, et les circonstances. Le but des émojis est aussi de représenter les « métaphores » qui pullulent sur internet. Le sens caché ou suggéré compte finalement plus que la traduction littérale du dessin. 

Il est d’ailleurs assez mal vu par les plus jeunes générations d’utiliser un émoji au premier degré, pointe un récent article de Slate. « L'émoji “sourire” le plus basique peut parfois passer pour du passif-agressif, notamment chez les jeunes » , rappelle au média Chloé Léonardon, autrice d’une thèse sur l’approche sociolinguistique des émoticônes. Et celui qui pleure de rire passe pour un has-been auprès de certains ados, qui lui préfèrent la tête de mort. 

Oui, les émojis sont politiques

Jennifer Daniel revient également sur le caractère politique de ces symboles. C’est elle qui a plaidé pour l’introduction des émojis non genrés : une personne enceinte qui n’a pas l’air spécialement féminine, un homme portant un voile de marié, une femme à barbe… De nouveaux personnages qui ont reçu leurs lots de critiques, certains arguant que les émojis se doivent d’être apolitiques. « L'imagerie n'est en aucun cas apolitique, rétorque-t-elle. C’est politique. Prenez les symboles pour indiquer les toilettes. Pourquoi une femme porte-t-elle une jupe ?  » . Pour la présidente d’Unicode, s’habituer à ce type de symbole est tout aussi politique que d’essayer de les changer.

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