Johanna Jaskowska, l’artiste française qui veut faire de nous des cyborgs

L’artiste numérique, qui a déjà séduit la chanteuse Grimes et le mannequin Kendall Jenner avec ses filtres 3D, invente le futur de la mode et de la beauté avec des concepts futuristes : à mi-chemin entre réalités physique et virtuelle. 

Johanna Jaskowska n’a pas attendu le confinement pour se mettre aux jeux vidéo et peaufiner l’esthétique de sa vie en ligne. À 28 ans, l’artiste numérique qui a fait ses armes dans la pub maîtrise déjà la réalité augmentée mieux que Snapchat, a fait le buzz sur Instagram avec une série de filtres glamour et surnaturels et a vendu une robe virtuelle de 9 500$ sur la blockchain

Un CV peu commun que la jeune femme, invitée de la conférence Monstre 3030 organisée les 8 et 9 juillet, justifie humblement et dans un franglais parfait : « J’ai grandi en hackant des jeux sur Dreamcast ou Playstation parce que je n’avais pas assez d’argent. C’est sûrement comme ça que j’ai appris à manier différents devices et technologies. Je suis une grande gameuse ! » 

Dans sa tête, on sent que ça part dans tous les sens, et surtout dans le futur. Il n’y a qu’à voir l'UX de son site Web pour se faire une idée du personnage. Motion designeuse, vidéaste, photographe, artiste numérique… elle change de casquette comme elle change de filtre sur ses photos, mais refuse les étiquettes comme bon nombre de ses contemporains. « J’essaye, je teste tout. Objets connectés, réalité augmentée, réalité virtuelle… le futur et les technologies me fascinent. J’aime voir comment elles transforment nos corps et la société. »

Repousser les limites de l’identité

Au départ, ce sont ses filtres en réalité augmentée – auxquels elle donne des petits noms : Beauty 3 000, Turfu, Zoufria, Narcisse…– qui fascinent les internautes. Entités mi-humaines, mi-machines, les visages de ceux et celles qui les adoptent semblent venus d’une autre planète. L’artiste est alors consciente du potentiel viral des filtres et les transforme en objets artistiques que tout le monde peut s’approprier. Elle chouchoute tellement bien nos avatars en ligne que des stars comme la chanteuse Grimes et la mannequin Kendall Jenner s’approprient ses créations outre-Atlantique.

« Ce qui est intéressant avec la réalité augmentée, c’est que tu peux faire des choses qui seraient impossibles dans la vraie vie, explique l’artiste. Moi qui suis très discrète au quotidien, je peux devenir cyborg, oser mettre du rouge à lèvres noir ou opter pour un maquillage drag queen lorsque je suis en ligne. »

Une façon d’assumer sa complexité et de concilier deux, voire plusieurs identités. « Il y a un vrai dialogue entre le réel et le digital make-up sur les réseaux sociaux, estime Johanna Jaskowska, mais je ne suis pas sûre que les gens utilisent des filtres parce qu’ils veulent y ressembler dans leur vie de tous les jours. Je pense plutôt qu’ils le font pour se créer une nouvelle identité. Lorsque vous testez le rouge à lèvres d’une marque en réalité augmentée, je suis persuadée que la teinte que vous essayez est bien plus extravagante que celle que vous portez dans la réalité ! »

Augmenter les corps et les sens

Iridescence, la robe virtuelle qu’elle a créée en 2019 avec les start-up Dapper Lab et The Fabricant, rejoint cette même vision.

« Quitte à utiliser des technologies en ligne, autant concevoir quelque chose de différent, estime l'artiste. Un vêtement qui reproduirait les ondulations de l’eau ou la sensation de légèreté de l’air… il faut jouer avec ce qui est WTF, avec ce qui serait impossible dans la vraie vie… jusqu’à ce que la technologie nous permette enfin de le faire. »

Enfin, pourquoi ne pas jouer aussi avec les perceptions qui définissent notre réalité ?

Lancé durant le confinement avec le studio créatif Services Généraux, son projet Augmented Senses explore la manière dont nous percevrions la réalité avec des sens différents, au travers de bijoux connectés. « Le chien a un meilleur odorat, les chats voient la nuit, les abeilles perçoivent mieux le mouvement… et si nous pouvions voir et sentir comme eux ? Et si nous pouvions augmenter le corps de l’être humain de manière à changer ses perceptions ? »

Une idée du cyborg largement plus poétique. 


MNSTR lance une verticale dédiée aux futurs du storytelling qui s'incarne en 2020 dans un premier cycle de conférences, MNSTR3030, en collaboration avec des experts et des « makers ». L'événement s’intéresse aux nouvelles formes de narration, d’interaction et de diffusion qui sont à notre disposition pour partir à la rencontre des publics.
 
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