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un homme sans bras avec une prothèse lego
© David Aguilar - Lego

On a rencontré David Aguilar aka Hand Solo, ce jeune qui se fabrique des prothèses en Lego

Le 20 sept. 2019

Né sans avant-bras droit, David Aguilar a commencé à fabriquer ses propres prothèses à l’âge de 9 ans. Son matériau de prédilection ? Les Lego. Rencontre avec un jeune homme hors-pair qui se définit pourtant comme un garçon « comme les autres ».

Regard franc, attitude volontaire, David Aguilar, 20 ans, a déjà tout du speaker chevronné. Pourtant, cela fait à peine plus d’un an qu’il partage son histoire avec le monde. Né sans son avant-bras droit, celui qui se fait appeler « Hand Solo » est atteint du syndrome de Poland, une malformation génétique rare qui affecte le développement de son pectoral et de son bras droit. À 9 ans, le jeune garçon originaire d’Andorre était déjà bricolo. Et comme tous les enfants de son âge, il était fan de Lego. Apprenant en jouant et à l’aide de vidéos sur Internet, il construit sa première prothèse avant son dixième anniversaire, mais échoue à la faire fonctionner.

Neuf ans plus tard, il réitère l’opération – avec succès cette fois. Il désosse un hélicoptère Lego pour fabriquer la MK-I, celle qui deviendra sa prothèse fétiche. Son challenge ? « N’utiliser qu’une seule boîte Lego et rien d’autre ».

Des prothèses de plus en plus sophistiquées

Ambassadeur de marque malgré lui, nous le rencontrons à Billund (Danemark), maison-mère des célèbres briques colorées. Après 30 ans de silence, la marque revenait en force avec une campagne globale (« Rebuild the World ») célébrant la créativité des enfants et leur capacité à « rebâtir le monde ». Une campagne toute choisie pour David qui vient d’entrer dans le livre Guinness des records pour ses prouesses en matière de bio-ingénierie.

Comme tout bon inventeur qui se respecte, il cherche toujours à perfectionner ses créations. « Depuis, j’ai développé des prothèses plus sophistiquées qui bougent plus vite et me font moins mal. Ce sont des systèmes entropiques qui ne suivent pas de protocole donné. Certaines sont totalement désordonnées, mais je trouve ça plutôt cool ! », rapporte le jeune Franco-Espagnol. Il raconte qu’il lui faudra deux jours pour construire sa seconde prothèse, et seulement une dizaine d’heures pour fabriquer les deux suivantes. « Ce n’est pas que je veuille aller plus vite, mais maintenant que j’ai plus d’expérience, j’essaye de les améliorer. Ce n’est pas nécessairement le plaisir de les porter qui me plaît, mais le fait de les construire. On n’a ce plaisir qu’une fois ! »

Très vite, l’histoire du jeune Hand Solo devient virale grâce aux réseaux sociaux. Il publie, en janvier 2018, une première vidéo sur les conseils de son père. « Après ça, j’ai reçu beaucoup de messages et beaucoup de demandes d’interview », raconte le jeune homme. Quelques mois plus tard, la chaîne YouTube Great Big Story réalise un reportage qui enregistre aujourd’hui plus de 16 millions de vues.

David Aguilar aka Hand Solo -  LEGO House (Billund) - 2019

Aider les autres et changer les mentalités

« Avant de fabriquer mes prothèses, j’avais déjà intégré le fait que je n’avais pas de bras. J’avais complètement dépassé la peur de le montrer dans la rue par exemple. Aujourd’hui, je réalise qu’il y a plus urgent, que d’autres personnes ont des problèmes similaires dans le monde et que je peux les aider. »

Grâce à ses prothèses, David a décroché une bourse et étudie aujourd’hui la bio-ingénierie à l’Université Internationale de Catalogne. En parallèle, il s’est aussi découvert une passion pour la musique et publie, sur YouTube, des morceaux qu’il compose ou remixe avec un launchPad. S’il ne sait pas encore exactement ce qu’il aimerait faire de sa vie, il se sent investi d’une mission. « Que ce soit en composant de la musique, en fabriquant des prothèses ou même des valves cardiaques, je voudrais aider les autres. Je peux devenir ingénieur et fabriquer des prothèses pour les gens qui en ont besoin tout en continuant à produire de la musique, ou à l’inverse devenir producteur et fabriquer des prothèses pour le plaisir. Je vais devoir choisir ! »

Mais avant de se lancer dans le grand bain, David aimerait d’abord « changer les mentalités » : « rebuild the minds », comme il le dit lui-même en écho à la nouvelle signature de Lego.

« Je veux changer la façon dont on perçoit les personnes comme moi, sans bras, sans jambe, un œil en moins… peu importe. Je n’aime pas les étiquettes, que l’on catégorise sans connaître. Je veux connaître les gens et entendre leurs histoires, pour ce qu’elles sont. »

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