Botto, l'IA artiste qui rêvait de co-créer avec les humains

Botto, la première IA artiste qui propose à sa communauté d'humains de co-créer avec elle

© Asymmetrical Liberation, Botto Project (2021)

L’artiste allemand Mario Klingemann – pionnier de l'utilisation de l'apprentissage informatique dans les arts – lance Botto, « un artiste décentralisé et autonome gouverné par... les gens. » Voici comment vous pourriez faire partie de son aventure.

Mario Klingemann a beau être considéré comme un pionnier de l’apprentissage informatique dans les arts, il n’en reste pas moins mesuré et pointilleux à chaque fois qu’il lance un projet. Sur Twitter, son annonce détaillée du 9 octobre ne faisait pas exception. L’artiste allemand qui programme et conçoit des algorithmes depuis le début des années 80 a dévoilé Botto, une intelligence artificielle, ou plutôt un algorithme génératif dont la mission est de créer de l’art en collaboration avec des humains. 

« J’ai les compétences, mais j’ai besoin de votre vision !  » , nous invite Botto sur son site où gravitent déjà de fantastiques œuvres d’art générées via son code. Véritable artiste en devenir, cette entité virtuelle va progresser grâce aux directives de sa communauté de propriétaires, lesquels peuvent en acquérir une part en achetant une cryptomonnaie, le Botto. 

Une machine-artiste au service de la communauté

« Pour le moment, cette IA est une boîte noire. Je l’ai programmée et entraînée et moi seul sais ce qu’il y a dedans » , révèle son créateur depuis Munich. Pour celui qui estime que les machines produiront des travaux créatifs plus intéressants que les humains à l’avenir, le projet a une saveur particulière. « Avec le temps, l’idée est de faire grandir cette entité, et éventuellement un jour, qu’elle soit perçue comme une artiste qui produit des choses que les gens veulent voir ou acheter. »

Chaque semaine, Botto soumettra 50 œuvres de son choix à sa communauté. Les membres voteront ensuite pour une création à mettre aux enchères en NFT, ces jetons basés sur la blockchain qui permettent d’authentifier un objet numérique. La somme de chaque vente sera ensuite partagée entre la communauté et la machine. Puis, Botto se remettra au travail, prenant soin de moduler son algorithme et son art au fil du temps et en fonction des votes. 

« Pendant les six premiers mois, je continuerai de contrôler ce que fait la machine, mais l’idée est que toutes les parties prenantes (ceux qui auront acheté la cryptomonnaie, ndlr) puissent décider de ce qu’il adviendra de Botto, poursuit Mario Klingemann. À travers cette logique de crowdsourcing, l’algorithme va petit à petit affiner son processus de création et de sélection des œuvres, puis trouver et s’affirmer dans une certaine esthétique. »

Ce n’est plus de la science-fiction

Dans un thread Twitter dédié à Botto, l’artiste explique comment d’autres avant lui ont rêvé de co-création entre l’homme et la machine. De la nouvelle Automata (1814) de E. T. A. Hoffmann qui met en scène un automate humanoïde à « questions-réponses » , en passant par l'homme artificiel de Goethe dans sa pièce Faust (1832), la littérature du 18e siècle en était particulièrement friande, révèle un papier de recherche sur les liens entre fiction et intelligence artificielle. 

Aujourd’hui, le concept ne relève définitivement plus de la science-fiction, mais il reste encore du chemin à parcourir, en matière d’autonomie notamment. « J’ai dû attendre plus de 20 avant que les avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle ne rendent cela possible » , explique celui qui a pu profiter des avancées du deep learning pour faire évoluer ses algorithmes, soit la capacité d’une machine à apprendre par elle-même, à la manière d’un cerveau humain.

Avec le temps, d’autres mécaniques viendront influencer le processus de création de Botto, à commencer par sa capacité à faire preuve d’originalité. « Je me suis rendu compte qu’en demandant à la machine de produire seulement ce que les gens attendent, ça allait devenir stérile, explique le créateur. Alors je l’ai programmée de façon à ce qu’elle se dise : “okay, j’ai déjà créé ce type d'œuvre par le passé. Qu’est-ce que je peux leur montrer de différent cette semaine ? ” » , et d’ajouter : « ce qui est intéressant, c’est que Botto se confronte aux mêmes problèmes qu’un artiste humain. » S’il veut acquérir et maintenir sa cote de popularité, «  il devra apprendre à se renouveler !  »

Botto, le futur gagne-pain des artistes ?  

Mario Klingemann va même plus loin en posant la question de la légitimité des artistes face à une telle création. En effet, comment pourront-ils continuer à vivre de leur art à mesure que Botto gagne en autonomie ?  

« Pour le moment, l’algorithme a besoin d’une base de texte pour générer des œuvres, mais viendra le moment où Botto saura parler, voire suivre des actualités sur Internet et des gens sur Twitter, prévoit l’artiste. Suivre des scientifiques et leurs recherches, repérer de nouveaux tutoriels sur GitHub, les étudier et les tester... Botto sera capable d’expérimenter comme les artistes le font !  » Mais que l’on se rassure, il n’a pas l’intention de leur voler la vedette. « Avec ce projet, chaque membre de la communauté participe à sa réussite en y mettant des billes. Botto fait partie d’un système décentralisé, donc plus juste. À terme, tout le monde pourra y prendre des parts. »  

Pour le moment, l’algorithme constitue sa communauté et 52 de ses œuvres sont programmées sur une période de 52 semaines. Après un premier vote, une création sera mise aux enchères le 22 octobre sur la plateforme SuperRare.

Mario Klingemann, lui, reste mesurément confiant : « Le projet a du potentiel, même si son avenir demeure hautement spéculatif. Il est certain que dans cinq ans, les recherches en intelligence artificielle auront évolué vers toujours plus d’autonomie. Pour le moment, Botto n’est qu’un enfant qui doit encore apprendre beaucoup de choses... et nous en sommes la famille !  »

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commentaires

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  1. Anonyme dit :

    C'est moche ... je fais mieux et mon intelligence est réelle !

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