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Thibaut Jedrzejewski : “Twitter est le porte-voix de patients qui ont moins de relais pour être entendus”

© Xavier Héraud

Thibaut Jedrzejewski est médecin. Il partage sur Twitter des informations sur des questions de santé spécifiques à la communauté LGBTQI+. Les médecins seraient-ils devenus des influenceurs comme les autres ?

Avec la crise sanitaire, les soignant.e.s se sont fait une place sur les réseaux sociaux, sur Twitter notamment. Thibaut Jedrzejewski a 32 ans et fait partie de ces professionnel.le.s de santé qui assument d’utiliser leur smartphone pour prolonger leur travail de terrain. C’est en novembre 2019 qu’il s’est lancé en partageant sa thèse de médecine sur Twitter. Consacrée aux difficultés rencontrées par les gays et les lesbiennes en médecine générale, il s’agissait de souligner que les personnes LGBTQI+ ont des besoins spécifiques en terme de soin. Selon lui, sa notoriété numérique permet de mettre en lumière cette "niche médicale” auprès du grand public et des personnes concernées. Pédagogie, vulgarisation, désintox... les médecins sont-ils devenus des influenceurs comme les autres ?

Il y a de plus en plus de médecins qui s’expriment sur les réseaux sociaux. Cette pratique fait-elle l’unanimité au sein de la profession ?

Thibaut Jedrzejewski : Je n’ai pas trop de retours. Ce qu’interdit l’ordre c’est de faire la promotion de sa consultation. Sur les réseaux sociaux, les médecins sont dans l’entraide. Il y a notamment le hashtag #DocTocToc qui est très diffusé pour pouvoir demander des avis aux uns et aux autres sur des situations médicales mais aussi administratives. Sur les réseaux sociaux, certains médecins médiatisés les utilisent comme un média, un moyen d’accès au grand public. Ils partagent des informations de santé publique, révèlent un positionnement moral et cela n'est pas interdit par l’ordre tant qu’ils restent dans le cadre prévu par le code de déontologie. Après, il faut rester dans le cadre de la déontologie médicale, il ne s’agit pas, par exemple, de diffuser des infos non vérifiées.

Vous vous êtes fait connaître en diffusant votre thèse de médecine sur Twitter. C’est pour cette raison que vous avez rejoint le réseau social ?

T.J. : Au départ, mon inscription n'était ni personnelle, ni professionnelle, c’était juste pour voir, suivre quelques personnes. J’ai eu beaucoup de mal au début, je ne comprenais pas trop comment cela fonctionnait. Pour avoir des followers, c’était compliqué. On a l'impression de faire son auto-promotion. Un jour je l’ai utilisé pour diffuser ma thèse. Et le nombre de followers a augmenté, ça a été beaucoup retweeté. Je ne me considère pas comme militant mais cette voix-là, c’est ma vie personnelle et ma vie professionnelle, ça se situe dans l’entre deux.

Que partagez-vous sur votre compte ?

T.J. : Je l'utilise surtout pour partager des informations qui me paraissent importantes à diffuser en lien avec mon activité professionnelle. Je souhaite donner de la visibilité à un sujet médical assez peu connu qu’est la santé gay, lesbienne et trans. J’utilise mon image comme vecteur pour diffuser cette idée-là : la santé gay existe et elle mérite d’être travaillée. Tout ce qui est en lien avec cela, je le diffuse.

Twitter peut-il être une forme de prolongation de votre mission de prévention ?

T.J. : Oui je pense car il y a beaucoup de choses que je peux dire sur Twitter que je ne dis pas en consultation. En consultation, c'est personnalisé, je ne vais pas parler de la légalisation des drogues par exemple. Mais sur Twitter, comme dans ma dernière tribune que j'ai écrite pour Slate sur le chemsex, je soutiens l’idée que la médecine passe aussi par le changement du monde autour de soi, et qu’il y a une forme de militantisme lié au soin. On ne soigne pas que des personnes, on soigne aussi la société qui rend les gens malades, en faisant de la prévention principalement. Alors oui, c’est une extension pour diffuser plus largement des messages de soin.

Votre position militante vous met-elle en porte-à-faux avec les autorités de santé ?

T.J. : Je ne pense pas que la diffusion de messages par des soignants sur les réseaux sociaux ait vocation à se substituer aux institutions, à la Haute Autorité de Santé, à Santé Publique France. Cela peut alerter, c’est du retour de terrain je dirais. Je suis médecin dans deux associations à Paris, mon activité est très spécifique. Mais avec le retour d’expérience des autres médecins, Twitter me permet d’être à l’écoute et de savoir ce qui se passe à d’autres endroits, dans d'autres situations, ailleurs en France dans des plus petites villes ou à la campagne. Cela peut permettre d’être le porte-voix de patients qui ont moins de relais pour être entendus.

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