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Nikos Aliagas, la voix du tweet

Le 29 avr. 2015

À l’heure de la social TV, Nikos Aliagas, journaliste et animateur aux 430 000 followers, nous livre son expérience des réseaux sociaux et les changements qu'ils provoquent sur son métier.

Journaliste et animateur vedette de TF1 et Europe1, Nikos Aliagas est, de loin, l’homme de la télévision le plus suivi sur Twitter. À ce jour, plus de 430 000 followers suivent les coulisses de ses émissions via ses tweets et partagent avec lui son autre passion, la photo. À la veille de la seconde saison de The Voice qui a réuni ce samedi 9, 3 millions de téléspectateurs et généré 500 000 tweets sur Twitter, Nikos Aliagas nous a accordé quelques minutes.

 

En envoyant votre premier tweet fin 2010, imaginiez-vous les enjeux de la social TV ?

Nikos Aliagas : Non, pas du tout. C’était une blague au début. J’ai commencé à tweeter pour comprendre comment cela fonctionnait. Finalement, j’ai aimé l’exercice car comme j’étais à l’époque à la matinale de NRJ, je me suis rendu compte que pleins de gens étaient connectés aussi. Cela partait d’un club assez fermé en fait. Il y avait une France levée à 4h du matin et connectée sur Twitter. Nous avons commencé à avoir des échanges, j’ai demandé des photos sur ce qu’ils faisaient au moment où on échangeait, car cela m’intéressait de savoir à qui je parlais.

Je me suis vite rendu compte que, dans le cadre de mon métier, cela ne pouvait fonctionner que dans les deux sens. Sinon c'est absurde, je raconte mes histoires dans mon coin. Le fait d’avoir une réactivité et une interactivité simultanées, c’est super intéressant, qu’elles soient caustiques, positives ou négatives. Ce qui est intéressant c’est le lien.

 

Oui, lors des NRJ Music Awards, c'est 1.8 million de tweets qui ont été générés autour de l’émission.

Nikos Aliagas : Oui, cela nous dépasse. Il ne faut pas se mentir, cela s’explique par la puissance de la télé, mais aussi par la puissance de ceux qui ont participé à l’émission. Les One Direction, Psy, Alicia Keys ont des millions de followers. Quelque part, le petit village de Cannes et l’émission française deviennent un évènement international. Nous avons été numéro 1 mondial sur les trends topics.

 

Vous partagez avec vos tweets un autre regard sur vos émissions. Cela a t’il énormément modifié votre métier ? Cela ne va t’il pas devenir obligatoire de tweeter pour les autres animateurs ?

Nikos Aliagas : Cela le devrait. Twitter a changé mon regard sur le métier et sur ce que pouvaient penser les gens de mon travail. On n’est pas sur twitter pour être aimé mais pour comprendre. Comprendre la manière dont cela fonctionne, comment est perçue une info, une émission de divertissement, percevoir l’air du temps. C’est un sondage. Ce qui est dit ce soir ne sera peut-être pas valable demain matin. À vous d’avoir suffisamment d’outils, de distance pour en tirer une conclusion et comprendre ce qui se passe. A contrario, mes followers se sont rendus compte que je n’étais pas un gars lisse, car la télé simplifie. On ne va pas se mentir : c’est un média qui est difficile, fort, mais qui simplifie un peu le message. Twitter a donné un peu de relief au débat et un échange.

Je ne tweete pas que les coulisses de l’émission, je partage aussi des photos, des portraits personnels, des voyages dans le monde, un bouquin qui m’a interpellé.

Le piège de Twitter c’est de devenir le café du commerce où l’on commence à parler de politique, à donner son avis. Pour un personnage public, c’est compliqué parce qu’il y a tout de suite des malins qui dégainent pour exister, mais cela a toujours existé sur Twitter ou ailleurs. Il faut éviter de donner son avis sur la politique ou d’autres sujets. Je représente une institution pour laquelle je travaille et qui est TF1. Il y a des choses privées qui me concernent, que parfois j’aime partager comme la photo. Je suis fan de photographie depuis que je suis gamin. Je ne tweete pas ma vie privée et personnelle, je fais attention. Cela reste et c’est une signature, un engagement, il faut savoir où tu mets ta signature.

 

Twitter vous permet de maîtriser votre message ?

Nikos Aliagas : Oui et ce n’est pas de la com, même si je fais un peu de pub pour mes émissions, personne de la prod. ou de la chaîne ne me dit quoi écrire. Je suis libre.

 

Répondez-vous à vos followers ?

Nikos Aliagas : J’essaie, j’en ai beaucoup, mais j’essaie. Comme la période est chargée, j’en prends dix au hasard le soir et je réponds.

 

Quelle vision avez-vous de cette jeunesse qui tweete ? Avant, vous receviez des lettres désormais ce sont des messages directs.

Nikos Aliagas : C’est assez intéressant, mais d’abord il n’y a pas que des jeunes. Les jeunes dégainent tout le temps, mais il y a des personnes discrètes qui voient des choses auxquelles on n’avait pas pensé. Les jeunes sont beaucoup plus connectés qu’avant, beaucoup plus au courant qu’avant, mais ils sont peut-être un petit peu plus perdus qu’avant. Il y a tellement de sources d’informations, on les bombarde toute la journée, au bout d’un moment, ils ne savent pas à quel saint se vouer. C’est à nous d’être un peu responsable. Là, je partage avec eux des émissions de variétés, ils recherchent quand même une éthique.

Il n’y a pas de morale sur twitter, il y a des messages antisémites, racistes même anti-grecs qui circulent aussi. J’en reçois tous les jours du type :  «  Tu nous fais chier, on te voit trop, sale grec retourne dans ton pays », c’est aussi entre la blague et l’ironie : « ta cravate elle coûte le PIB de la Grèce ». Quand on met de côté tous ces messages auxquels je ne réponds pas, on trouve des choses intéressantes et émouvantes. Il y a des messages de parents, d’enfants qui me touchent : tout n’est pas cramé.

À force d’être connecté à tout, il y a le risque de n’être plus connecté à rien. Twitter est un outil de travail, un outil social d’échanges qui peut être intéressant mais ce n’est pas le but en soit. C’est un moyen, un canal.

 

Quelles sont les nouveautés de cette seconde saison de The Voice ?

Nikos Aliagas : La formule reste la même mais nous avons apporté sur les « battles » un changement. Les coachs désormais pourront récupérer le perdant. L’état d’esprit des coachs est encore plus fluide dans leur expression, dans leur jeu, dans la compétition. Ils se tirent la bourre avec humour.

On a essayé d’être très exigeant avec nous-mêmes, de ne pas arriver en terrain conquis car cela n’existe pas dans nos métiers. Nous nous sommes remis en question, avons fait une remise à plat pour essayer d’honorer ceux qui nous ont fait confiance l’année dernière. Je n’ai jamais suivi les sentiers faciles, ni la facilité.

 

Propos recueillis par Virginie Achouch

 

photos source : comptes flickr et Instagram de Nikos Aliagas

L'ADN - Le 29 avr. 2015
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