Muhammad Bekjanov reçoit le prix RSF

Le prix RSF pour la liberté de la presse 2013 est décerné au journaliste ouzbek Muhammad Bekjanov et au quotidien sri-lankais Uthayan.

Reporters sans frontières, Le Monde et TV5Monde ont décerné hier le prix 2013 pour la liberté de la presse au journaliste ouzbek Muhammad Bekjanov et au quotidien sri-lankais Uthayan. Les trophées ont été remis au rédacteur en chef d’Uthayan, Vallipuram Kaanamylnaathan, et à son propriétaire Eswarapatham Saravanapavan, ainsi qu’à la défenseure des droits de l’homme ouzbèke Nadejda Atayeva au nom du journaliste Muhammad Bekjanov, incarcéré depuis quatorze ans.

Ancien rédacteur en chef du principal journal d’opposition ouzbek, Muhammad Bekjanov figure parmi les journalistes emprisonnés depuis le plus longtemps au monde. Au début des années 90, à la tête de la rédaction d’Erk (Liberté), il ouvre le débat sur tous les sujets tabous: la catastrophe écologique de la mer d’Aral, le recours au travail forcé dans les champs de coton, l’état de l’économie... Et devient une bête noire du président Islam Karimov, qui met rapidement en place un régime autocratique et répressif. Une série d’attentats à Tachkent, en 1999, sert de prétexte à ce dernier pour achever de faire taire les critiques : comme de nombreux militants démocrates, Muhammad Bekjanov est contraint sous la torture de signer des “aveux” de complicité de terrorisme et condamné à 15 ans de prison. Quelques jours avant le terme de sa peine, en janvier 2012, le journaliste est condamné à quatre ans et huit mois d’emprisonnement supplémentaires pour “refus d’obtempérer aux exigences légales de l’administration pénitentiaires”. Les très rares visites accordées à ses proches et collègues confirment qu’il est dans un état de santé déplorable. Pas moins de huit autres professionnels des médias croupissent actuellement dans les geôles ouzbèkes, dans des conditions terribles, pour avoir défié la censure omniprésente dans le pays, qui occupe la 164e position sur 179 dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

Rare média en langue tamoule au Sri Lanka, le quotidien Uthayan est le seul journal à avoir continué d’exister au cours de la guerre civile opposant l’armée régulière à la rébellion du LTTE, entre 1983 et 2009. Fort de ses 28 années d’expérience, ce quotidien proche de l’Alliance nationale tamoule et basé à Jaffna, au nord du pays, est aujourd’hui lu par un cinquième des Tamouls présents dans la péninsule. Dans un pays qui occupe la 162e place sur 179 pays dans le classement de la liberté de la presse, Uthayan n’hésite pas à traiter de sujets polémiques au sein d’une société toujours fragmentée. À de nombreuses reprises, il est la cible de violentes attaques qui mènent une grande partie de ses collaborateurs au départ. En 2011, cinq ans après le décès de deux employés du quotidien, son rédacteur en chef, Gnagnasundaram Kuhanathan, est laissé pour mort après une agression à Jaffna. En avril 2013, les locaux du quotidien à Kilinochchi sont saccagés par des individus armés. Enlèvement de journalistes, menaces de mort, fermeture forcée, destruction de matériel, campagnes de dénigrement : rien n’a été épargné à Uthayan. Le quotidien paye au prix fort son analyse sans concessions de la situation au Sri Lanka et ses révélations régulières sur les activités illégales du gouvernement et des militaires.

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