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Live Magazine

Live Magazine : les journalistes montent sur scène

Le 16 janv. 2017

Des journalistes qui vous livrent on stage le dessous de leur travail... Une expérience fabuleuse de partage qui donne à rire, pleurer et penser. Rencontre avec Florence Martin-Kessler, co-fondatrice de Live Magazine.

Passion et enthousiasme. Ce sont les mots qui viennent à l’esprit lorsque l’on parle avec Florence Martin-Kessler cofondatrice du « Live Magazine ». Et de l’enthousiasme il en faut pour ouvrir des portes trop souvent verrouillées par le poids de la tradition, des normes et des conventions. Car avec « Live Magazine », l’entrepreneure s’attaque à une vache sacrée : celle du journalisme, en revisitant un autre emblème – celui de la presse écrite. Rien que cela.

C’est aux États-Unis, après avoir reçu la prestigieuse bourse de Harvard au Nieman Lab en 2010 que l’idée a germé. À son arrivée, Florence Martin-Kessler découvre un spectre du journalisme beaucoup plus large : « Il y a une ouverture plus grande que ce que nous connaissons en France où le métier est très fermé sur lui. J’y ai découvert un mélange des répertoires et des univers journalistiques très riche. » En résultent une succession d’explorations autour de nouvelles formes d’écriture au Brésil, aux États-Unis, en Inde… qui enrichiront ses recherches.

Mais à la naissance de ce projet il y a surtout la rencontre avec Douglas McGray, le fondateur de « Pop-Up Magazine ». L’homme avait alors imaginé le concept d’un magazine vivant, en direct, éphémère et sur scène. En d’autres termes, des personnes ayant vécu une histoire forte, des journalistes par exemple, montent sur scène pour la raconter. Si cette expérience du storytelling peut paraître des plus simples (on serait tenté de dire que « Live Magazine » nous fait revenir à l’époque des conteurs), elle est pourtant empreinte d’une rupture fondamentale qui en fait une expérience innovante.

« Live Magazine » est antidigital à l’heure où celui-ci est partout. « J’ai suivi la recette de Douglas McGray à la lettre : s’inspirer du rythme de la radio, interdire la captation… », explique Florence Martin-Kessler. Ce caractère éphémère et « présent » dans un monde où tout est streaming et rattrapage détonne aussi bien pour les spectateurs, qui se retrouvent à nouveau captivés par une histoire, que pour les intervenants, qui sont désinhibés par le caractère éphémère du moment. Comme l’explique Florence Martin-Kessler, « beaucoup d’intervenants masqueraient certaines de leurs expériences s’ils savaient qu’ils étaient filmés. Ils ne partageraient pas la même chose. On réussit à créer un rapport différent, bienveillant. On essaie de conserver une certaine pureté ». Dans un espace médiatique où la maîtrise du discours doit être totale, et où la moindre langue qui fourche est incendiée sur Twitter, cela fait du bien. Le rapport au médium se retrouve assaini et apaisant.

Chez « Live Magazine », les histoires prennent également du poids car elles sont incarnées. Chaque histoire conserve son caractère « brut » pour diverses raisons. Premièrement, ce ne sont pas les têtes d’affiche qui sont forcément choisies. Lorsqu’un « Live Magazine » est réalisé en clôture du festival du journal Le Monde à Paris, la cofondatrice eut à cœur de varier les profils : « Parmi les 400 journalistes, nous avons évité de mettre en scène ceux qui ont le plus de visibilité. » Conséquence : des « nouveaux » sur scène, très impliqués et authentiques.

La seconde raison à ce caractère « brut » réside dans la forme. Alors que les grandes conférences du marché tendent à appliquer un modèle de prise de parole unique à l’ensemble de leurs intervenants, « Live Magazine » mise sur une règle principale : « Ils doivent être les seuls à pouvoir raconter cette histoire. » Bien que les intervenants soient coachés avant de monter sur scène, cette personnification extrême construit une relation inédite et exclusive avec l’audience.

Mais cela ne se fait pas sans risque : « En voyant que la captation allait être interdite pendant les sessions de “Live Magazine” beaucoup de gens s’inquiétaient quant à savoir quel business model pouvait en découler », explique la cofondatrice. Car oui, la norme voudrait que les contenus soient diffusés, et que la publicité rémunère les contenus… Mais Florence Martin-Kessler mise sur un tout autre modèle : sessions privées pour les entreprises, partenaires de « Live Magazine » à l’année et potentiellement des subventions. Car si aujourd’hui ce sont principalement des personnes déjà très informées qui viennent voir les sessions du « Live Magazine », la cofondatrice a pour ambition d’élargir son audience et de valoriser une posture militante qui lui est chère : « Pour moi l’éducation aux médias est extrêmement importante, ainsi que la défense des auteurs et des journalistes. » Elle a d’ailleurs déjà mis en place des Live Academy pour former les jeunes à ce mode de prise de parole. L’ouverture est en marche !

 

Parcours de Florence Martin-Kessler

Elle est cofondatrice et rédactrice en chef de Live Magazine. Après avoir claqué la porte du cabinet de conseil et d’audit qui l’employait, elle n’a plus jamais mis les pieds à la Défense et est allée s’installer en Inde, puis à New York, où elle a réalisé son premier documentaire. Dernièrement, elle a tourné au Soudan du Sud pour ARTE, à Wall Street pour le New York Times et écrit sur le Cambodge pour la revue XXI. C’est à la fin d’une année de résidence universitaire à Harvard qu’elle a eu l’idée de lancer un magazine « vivant » sans papier ni écran.

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Jeremy Lopes - Le 16 janv. 2017
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