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Cambridge analytica

Comme Facebook ou Cambridge Analytica, les médias font aussi partie de l’économie de la surveillance

Le 27 mars 2018

Tous les médias pointent du doigt Facebook et Cambridge Analytica. Pourtant, eux aussi sont parties prenantes dans la divulgation de données privées des utilisateurs. Explications.

Le récent scandale de Cambridge Analytica a porté un coup de projecteur sur les limites de l’utilisation des données personnelles par les GAFA. Facebook, dépassé par les événements, a vu ses données aspirées et récupérées à des fins politiques par un tiers. Alors que de nombreux articles dénoncent les fuites de données des utilisateurs à des fins politiques, Doc Searls, journaliste et rédacteur en chef du Linux Journal, met en lumière un mécanisme similaire chez les médias, dans un article du blog de Harvard. Selon lui, les médias participent autant à l’économie de vente de données que Facebook ou Cambridge Analytica.

« Alerte ironie »

Pour comprendre comment les médias ont, eu aussi, leur rôle à jouer dans le deal de data, l’auteur cite un article de blog publié par le New York Times le 19 mars : « Facebook’s Surveillance Machine». L’article explique que le réseau social de Mark Zuckerberg fait de l’argent « en nous profilant » et, ensuite, en « vendant notre attention aux publicitaires, acteurs politiques et d’autres». « Ce sont eux les vrais clients de Facebook, pour lesquels le réseaux social travaille dur », affirme l'autrice, Zeynep Tufekci. Jusque là, on connaît la chanson. Oui mais, s’amuse Doc Searls, « Alerte ironie »: « la même chose est vraie pour le Times ».

 

Comment est-ce possible ?

Comment les médias qui dénoncent en masse les fuites des utilisateurs pourraient être coupable des mêmes ressorts ? En revendant les informations de leurs lecteurs à des plateformes publicitaires.

Quand les internautes viennent sur les sites d’informations, de petits marqueurs, les cookies, mémorisent leurs informations de navigation. Essayez d’ailleurs, en arrivant sur un site d’information de ne pas vous faire « marquer », c’est impossible. C’est le fameux « en naviguant sur ce site vous acceptez l’utilisation des cookies pour vous proposer des publicités ciblées ». Vous pouvez toujours essayer de dire non, l’option n’existe pas.

Ces informations ciblées d’internautes sont vendues aux enchères pour des publicités qui finiront d’ailleurs souvent par s’afficher sur les articles consultés. Sauf que les lecteurs ont finalement peu de ressources pour se protéger contre cette moisson de data. Il faudrait pouvoir paramétrer les cookies à chaque consultation. Mais peu de gens ont la patience ou les connaissances nécessaires. Doc Searls indique que les sites d'informations accordent peu de soin au contrôle de la récolte de ces données. Au final « qui diable sait ce qui arrive réellement à ces données ? » Ni l’internaute, ni le média, « ça c’est sûr », écrit Doc Searls.

Pour illustrer son exemple, l’auteur a analysé, grâce à l’outil Privacy Badger, le nombre de trackers invisibles qui récupèrent nos données. Le résultat est édifiant. Sur l’article du New York Times, pas moins de 13 trackers potentiels ont été identifiés. « Que se passera-t-il quand le Times, le New York Times et d’autres avoueront le simple fait qu’ils sont aussi coupables que Facebook de divulguer les informations de ses lecteurs à d’autres parties, pour - dans la plupart sinon dans tous les cas - Dieu seul sait quels objectifs en plus de la publicité ciblées par centre d’intérêt ?», se demande le rédacteur en chef.

Pour autant, on ne peut pas mettre Facebook et Cambridge Analytica sur le même plan. Du côté de Mark Zuckerberg, on a sûrement été dépassé par la portée politique de la manipulation de masse de données, bien qu’on ait fermé les yeux. Du côté de Cambridge Analityca, le but était clairement de convaincre l’opinion. Mais les médias ne sont-il pas eux aussi en train de fermer les yeux sur les données qu’ils fournissent à des tiers sans s’inquiéter vraiment de la finalité de leur utilisation ?

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