R.J. Scaringe pose devant un pickup Rivian

L'anti-Elon Musk : Robert Scaringe, l'homme qui veut vendre des pick-ups électriques aux Américains

© Rivian

Il est végan, ne twitte pas souvent, et compte devenir la référence du pick-up électrique… On vous présente celui que le Financial Times a baptisé « l’anti-Elon Musk » .

Un nouvel entrepreneur américain a fait son apparition dans la cour des grands. Il s’agit de Robert J. Scaringe – « R.J. » pour les intimes. À 39 ans, cet ingénieur à lunettes cultive son image de chef d’entreprise accessible et de père de famille accompli. En novembre 2021, sa startup de véhicules électriques Rivian a réalisé la plus grande introduction en Bourse depuis 2014, avec une valorisation de 106 milliards de dollars (bien au-delà des 70 milliards espérés). Accessoirement, il est devenu milliardaire depuis quelques mois.

R.J. Scaringe, l’entrepreneur qui rêve encore de voitures

Le storytelling de Scaringe est bien rodé. Enfant, il était passionné de voitures, connaissait tous les modèles, adorait ouvrir le capot pour comprendre la mécanique. « J’étais désespéré quand j’ai compris que ces voitures que j’adorais étaient au cœur de tant de problèmes : qualité de l’air, changement climatique, tensions géopolitiques… »

La suite, on la devine. Comme tout génie de la tech qui se respecte, « R.J. » décide de changer le monde et de l'annoncer. Il fait le MIT (Massachusetts Institute of Technology) à Boston. Là-bas, il déclare à qui veut l’entendre qu’il va lancer sa marque de voitures. Et peu après sa sortie, en 2009, alors que le secteur de l’automobile se contracte et que Chrysler et General Motors sont nationalisées en urgence par Barack Obama, Scaringe présente sereinement aux investisseurs son projet de voiture de sport économe en carburant. Une idée dont le timing en interroge plus d’un.

R.J. Scaringe pose en père de famille modèle. Crédit : Rivian

Mais l’entrepreneur, alors âgé de 28 ans, n’est lui-même pas vraiment convaincu par son produit. En 2011, Scaringe renonce à sa voiture de sport écoresponsable, se retire de la scène et entre en hibernation. Mais en coulisse, la machine tourne à plein régime. D'un travail acharné avec ses équipes naît THE idea, celle sur laquelle Scaringe décide de tout miser : le pick-up électrique. Sa marque s’appellera Rivian, pour Indian River, un lagon en Floride près duquel il a grandi.

Puis tout s’accélère. En 2019, Amazon achète 20 % des parts de l’entreprise et débute un partenariat avec Rivian pour que l’intégralité de ses véhicules de livraison devienne électrique. Fin 2021, Rivian devient la première entreprise à commercialiser un pick-up entièrement électrique, prenant de vitesse General Motors, Ford… et Tesla. Le New York Times se met à surnommer Rivian la « Tesla des camions », au grand dam d’Elon Musk. Celui-ci laisse échapper un petit commentaire acerbe le jour de l’entrée en bourse de son challenger : « Des startups automobiles, il y en a eu des centaines, que ce soit dans l’électrique ou la combustion. Pourtant en cent ans, Tesla a été le seul producteur automobile américain à atteindre à la fois un volume de production élevé et un flux de trésorerie positif »  ; Scaringe n’a pas pris la peine de répondre.

Rendre le pick-up écolo, tout un programme...

Le plus étonnant dans tout cela, c’est sans doute le choix du pick-up. Car à première vue, pick-up et environnement ne font pas bon ménage. Cet énorme SUV dont raffolent les Américains émet jusqu’à trois fois plus qu’une voiture classique. Les pick-ups sont pointés du doigt depuis des années par les associations écologistes comme des véhicules d’un autre temps, ceux qu’il faut abandonner en priorité si l’on veut parvenir à une mobilité durable.

En 2019, une étude de l’Agence Internationale de l’Énergie a révélé que la demande croissante de SUV et autres véhicules larges était la deuxième cause de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre sur la décennie 2010. Cela n’a pas manqué de faire démarrer au quart de tour certains Américains, qui réclament la liberté de se déplacer comme ils le veulent, dans les véhicules qu'ils veulent. Quand on sait qu’une chanson de country sur dix en 2019 mentionnait le fait de conduire un pick-up, on se dit qu’effectivement, outre-Atlantique, c’est une affaire de cœur.

Crédit : Rivian

Scaringe a décidé de miser sur cette passion américaine. Plutôt que l’électrique luxueux à la Tesla, c’est un électrique tout-terrain qu’il vise. Ce sont ces véhicules-là, ces mastodontes roulants devenus symboles du Wild West, qu’il va rendre écologiques. Cela donne du fil à retordre aux concepteurs, mais c’est un atout popularité indéniable : le segment des pick-ups a toujours été le plus plébiscité sur le marché automobile américain.

Scaringe n’a voulu faire aucune concession sur la crédibilité de son pick-up, baptisé R1T. Le véhicule est aussi tout-terrain qu’une Ford F-150 (le best-seller automobile des États-Unis depuis 44 années consécutives), bien qu’un peu plus lourd. La batterie est protégée de sorte qu’aucun caillou en bord de piste n’endommage le système électrique, tandis que le pick-up peut rouler même dans deux mètres d’eau. Hit the road !

Embouteillages

Ces derniers temps, la tension monte chez Rivian. L’entreprise fait face comme le reste du secteur à des problèmes d’approvisionnement. La pénurie de puces électroniques qui frappe le monde entier depuis le confinement s’éternise. À cela vient s’ajouter une tension très forte sur le marché du lithium, composé essentiel des batteries des véhicules électriques, qui peine à suivre l’explosion de la demande. Ces difficultés ont valu à Ford et Amazon, les deux plus gros actionnaires de Rivian, de perdre une part non négligeable de leurs investissements dans l’entreprise ces dernières semaines. L’action Rivian a perdu 60 % de sa valeur cette année, et 70 % par rapport à la date de son entrée en bourse. Ford a revendu cette semaine l'équivalent de 400 millions de dollars en actions Rivian.

Dans la tourmente, Scaringe affiche un calme déconcertant. L’ambition de produire 50 000 véhicules sur l’année 2022 a été revue à la baisse, avec un objectif désormais fixé à 25 000, et le prix des véhicules a augmenté pour contrebalancer la hausse du prix des matières premières (ce qui n’a pas manqué de faire grincer des dents les consommateurs). Mais contrairement à Elon Musk, qui a annoncé que son Cybertruck ne serait finalement produit qu’en 2023 (un énième report pour un modèle censé sortir en 2019), Scaringe n’a pas reporté la sortie de ses véhicules. Il s’est montré confiant face à ce qu'il décrit comme une mauvaise passe. Et pour joindre le geste à la parole, Rivian a lancé la construction d’une deuxième usine aux États-Unis.

Alors, Robert Scaringe est-il l'anti-Musk ? Quoi qu’il en soit, « R.J. » poursuit, imperturbable, son ascension au sein d’un marché ultra-concurrentiel et en pleine expansion. Avec, toujours, ce discours impeccablement lisse incarné par le slogan de l’entreprise : Adventurous forever.

commentaires

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  1. Thom dit :

    Un pick-up électrique est tout sauf écologique, c'est une aberration. Le poids et la taille du véhicule, ainsi que son "utilité" de tout terrain demandent des batteries énormes (je n'ai plus les chiffres en tête), et donc l'extraction de terres rares en conséquence.
    Le rêve américain du gros SUV pour transporter la famille et le barbecue à l'assaut des rocheuses le weekend, ou pire, pour faire 30kms dans Atlanta pour aller faire ses courses est incompatible avec tout déplacement "écologique".

  2. Anonyme dit :

    Aucun véhicule électrique n'est écologique qu'il soit pick-up ou petite citadine.

  3. Marc dit :

    J'espère que vous roulez exclusivement à vélo pour dire ça, sinon boujour l'hypocrisie.

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