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L'Académie du Climat, un lieu pour faire advenir la transition écologique

© Académie du Climat

Depuis septembre 2021, les locaux de la mairie du IVe arrondissement de Paris ont été confiés à l'Académie du Climat, un lieu où se croisent les plus engagés et les moins sensibles à la cause. Entretien avec sa directrice, Sarah Alby.

Une classe de primaire qui s'affaire pour arroser les plantes, quelques jeunes attablés devant une bière et des télétravailleurs pianotant sur leur clavier… l'ancienne mairie du IVe arrondissement a bien changé. Depuis septembre, elle a laissé place à un espace d'un nouveau genre, entièrement financé par la Ville de Paris: l'Académie du Climat. A deux pas de l'Hôtel de Ville, cette Académie gérée par une équipe de quarante salariés entend devenir le hub des solutions pour la transition, un espace de rencontres et d'échanges pour faire advenir les projets de demain. Avec un modèle inédit pour une institution publique, à mi-chemin entre le campus et le tiers-lieu.

L’Académie du Climat, c'est un lieu de plus dans le paysage des initiatives écolo ?

Sarah Alby : Justement non ! C’est précisément ce qu’on veut éviter. L’Académie du Climat a été créée pour fédérer les écosystèmes existants, pour brancher entre eux les acteurs de la transition, plutôt que pour rajouter de l’offre.

Notre activité comporte deux volets principaux. Le premier, c’est la pédagogie, la transmission des savoirs. En tant que service public de la Ville de Paris, on a des partenariats avec le rectorat, des écoles et des associations, et on propose des ateliers sur la transition. Notre credo, c’est qu’on apprend en faisant. On a donc transformé une partie des locaux en ateliers : atelier de couture, de bricolage, atelier sur les matériaux pour l’isolation des bâtiments… On a plein d’espaces pour mettre les mains dedans. Pour les plus jeunes, on travaille autour de leur environnement direct : leurs assiettes, leurs vêtements, leur mobilité… On profite de la réparation d’un vélo pour parler du carbone, de la pollution, de la qualité de l’air. Et plus on s’adresse à un public âgé, plus on complexifie les enjeux.

Notre deuxième rôle, c’est d’ouvrir nos portes et nos fenêtres à tous ceux qui ont envie de s’engager, du projet le plus institutionnalisé au plus émergent, et de brancher les acteurs entre eux, c’est-à-dire de relier les écosystèmes. L’autre jour, on a branché des étudiants de l’école Estienne qui travaillent sur un projet artistique sublime avec des jeunes qui montent depuis quelques années le Festival des Pluies de Juillet, pour qu’ils travaillent ensemble. On sert à ça. Pas à surajouter de l’offre, parce que de l’offre, il y en a partout, mais plutôt à être un carrefour de rencontres. Aujourd’hui tout le monde a un bout de solution, et il faut qu’on arrive à construire des espaces où on va plus loin que des conférences, où on travaille véritablement ensemble, en mutualisant les outils et les moyens.

Ce positionnement-là n’a pas d’équivalent. C’est la première fois qu’une collectivité, quelle que soit son échelle, met en place un lieu comme ça. Et quelque chose me dit que le modèle de l’Académie ne va pas tarder à être imité, à toutes les échelles. Des villes comme Roubaix et Lyon nous ont contactés, la Slovénie est intéressée aussi, et même l’AFD pour des projets dans des villes en Afrique.

Un des grands défis de la transition, c’est de sortir de l’entre-soi engagé pour embarquer des publics plus éloignés. Quel rôle joue l’Académie là-dedans ?

S. A. : C’est là que le service public est crucial. Comme on est un acteur institutionnel, on peut aller chercher de nouveaux publics via les écoles. On peut être à la fois un lieu d’activistes et un lieu qui attire les publics plus éloignés.

Je me souviens de jeunes qu’on a accueillis ici cette année : la première fois qu’on les a reçus, on leur a demandé si le sujet du climat les intéressait, personne n’a levé la main. « Est-ce que vous connaissez Greta Thunberg ? »  : deux mains levées. Alors on est partis de ce qui les intéressait, en l’occurrence le sport, parce qu’ils préparaient un concours d’éducateur sport-santé. Au prétexte de la préparation d’un sandwich du sportif végétarien, on a abordé l’adaptation de notre alimentation face au dérèglement climatique. Et on est montés en puissance. On est allés sur leur terrain mettre des capteurs de pollution, pour leur montrer que même avec une hygiène de vie irréprochable, on peut tomber malade à cause d’un facteur exogène.

L'étape d'après, c'est de créer des passerelles entre ces différents publics. La semaine dernière, à notre fête de fin d’année, on a fait un atelier « L’engagement, mode d’emploi ». On a fait dialoguer plein d’associations différentes pour dire : « vous avez envie de vous engager et vous ne savez pas trop comment ? Venez découvrir vos options. »

Finalement, vous êtes un peu un incubateur de la transition ?

S. A. : On essaie de ne pas utiliser ce mot ! Incubateur, ça fait un peu VivaTech et Station F, c’est loin de nos enjeux. Il faut qu’on trouve d’autres mots. Je préfère l'image du hall de gare, du hub ou du carrefour.

Mais sur le principe, c’est un peu cela. On dit à ceux qui veulent s’engager : « De quoi avez-vous besoin pour développer votre projet ?  », on les accompagne, et une fois que les projets sont consolidés, ils laissent la place à d’autres !

Et les vieux dans tout ça ? L’Académie du Climat, ce n’est que pour les jeunes ?

S. A. : Non, au contraire. On essaie de faire attention à ne pas créer un clivage générationnel. L’Académie accueille tout le monde, et on fait attention à diversifier la prise de parole. L'essentiel est simplement d'être conscient qu'on parle depuis des endroits très différents. Moi-même, je n’ai que 37 ans et pourtant je sens que mon logiciel a été programmé différemment de celui des jeunes d’aujourd’hui. Mes grands-parents ont vécu la guerre, alors que les parents des jeunes de 18 ans sont nés pendant les Trente Glorieuses, dans un modèle où consommation voulait dire sérénité, où croissance voulait dire prospérité.

Donc le sujet, c’est plutôt d’être conscient du lieu d’où on parle, de comprendre la matrice de sa pensée. Toute personne qui est consciente de sa matrice de pensée a vocation à s’impliquer avec nous, quel que soit son âge. Il faut que les générations se parlent ! Par contre, on n’a pas de temps à perdre à donner des tribunes aux climatosceptiques, qu’ils soient jeunes ou vieux.

Si vous avez un embryon de projet pour la transition, que vous voulez rencontrer ceux qui font bouger les choses ou simplement vous poser avec des copains dans une jolie cour sous un arbre, l'Académie du Climat est ouverte de 9h à 23h tous les jours, place Baudoyer dans le IVe arrondissement de Paris.

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