Expression d'effroi de Daniel Kaluuya dans get out, et balance sur laquelle le burger côute plus que des lingots d'or

Flambée des prix alimentaires : une affaire de spéculation plus que de pénurie

© Universal / freepng.fr

Se nourrir coûte 20 % plus cher depuis la guerre en Ukraine. Mais le contexte géopolitique n'explique pas tout. Quelques « profiteurs de la faim » font bondir les prix. Un phénomène ancien. Et qui revient. Explications.

En matière d’inflation, la guerre en Ukraine a bon dos. Car si le prix de votre paquet de pâtes ou celui de votre baguette a bondi, c’est aussi parce que certains spéculateurs ont vu dans la guerre en Ukraine l’occasion d’augmenter leurs profits – au mépris du droit à une alimentation saine et accessible à tous.

Les profiteurs de la faim : un facteur aggravant inacceptable

Le mécanisme de la spéculation alimentaire est très simple. « Il y a des bourses des matières premières, dont les céréales, notamment à Chicago et à Paris », explique Karine Jacquemart, présidente de l’ONG Foodwatch France, qui a lancé l’alerte en juin sur la spéculation alimentaire liée à la guerre. « Il y a des acteurs légitimes sur ces marchés : nous ne remettons pas en cause l’existence des marchés de denrées agricoles ! », précise Karine Jacquemart. Mais on y trouve aussi « des spéculateurs que nous appelons les profiteurs de la faim, qui parient sur les prix des denrées alimentaires de base. Cette spéculation met le marché sous tension et fait s’envoler les prix. » Pour expliquer cette mécanique de la façon la plus simple possible et la faire connaître du grand public, Foodwatch France a fait appel au dessinateur Soulcié qui a réalisé une bande dessinée. Les chiffres y sont clairement posés : les spéculateurs des marchés céréaliers ont investi six fois plus les quatre premiers mois de 2022 que sur toute l’année 2021.

Si la guerre en Ukraine a incontestablement perturbé les marchés céréaliers, une bonne part de l’inflation que subissent les consommateurs (se nourrir coûte 20 % plus cher depuis la guerre en Ukraine) est donc due à un jeu de spéculation. « La spéculation alimentaire n’est bien sûr pas seule responsable de l’inflation et de la faim dans le monde. Mais c’est un facteur aggravant inacceptable », assène Karine Jacquemart.

« Le véritable problème, c’est la panique qui s’empare des marchés »

Les marchés céréaliers sont particulièrement opaques et concentrés, explique Karine Jacquemart. 90 % des transactions sur les marchés des grains et des céréales sont ainsi attribuées à quatre grandes corporations, les « ABCD » : Archer Daniels Midland (ADM), Bunge, Cargill et Louis Dreyfus, qui ne sont pas particulièrement enclines à la transparence. Cette opacité pose problème : en l’absence d’une vue claire sur les stocks, les marchés anticipent des hausses et provoquent des bulles spéculatives, explique la directrice de Foodwatch France pour qui « les deux plus grands ennemis de l’intérêt général sont l’opacité et l’impunité ».

« C'est d’autant plus pénible que la spéculation alimentaire n’a rien de nouveau », s’emporte Karine Jacquemart. Depuis vingt ans qu'elle évolue dans le milieu des ONG, elle a toujours vu remonter ce problème. « En 2008, je travaillais à Action contre la faim, j’étais en Afrique. Il y avait eu une grave crise alimentaire mondiale, qui avait mené aux émeutes de la faim. Dès cette époque, nous avions clairement identifié que la spéculation alimentaire était un facteur aggravant. »

Quatorze ans plus tard, c’est depuis Foodwatch France que Karine Jacquemart tire à nouveau la sonnette d’alarme. « Le problème de la spéculation alimentaire est insupportable en soi, mais il est encore plus insupportable qu’il ne se soit rien passé depuis 2008. On a fermé les yeux et laissé faire tout et n’importe quoi. »

Foodwatch n’est pas la seule ONG à alerter sur le sujet depuis des années. En 2012 déjà, Oxfam avait publié un rapport intitulé Cereal Secrets, décryptant la financiarisation de la production alimentaire mondiale. Le panel Ipes-Food, quant à lui, ne cache pas sa lassitude en sous-titrant un rapport de mai 2022 : « Comment l’incapacité à réformer les systèmes alimentaires a permis à la guerre en Ukraine de déclencher une troisième crise mondiale des prix alimentaires en 15 ans ».

Le rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté, Olivier Schutter, s'est également emparé du sujet dans un discours du 10 juin : « La véritable cause de la hausse de prix ne vient pas du fait qu’il n’y a pas assez de denrées alimentaires disponibles. Le véritable problème, c’est la panique qui s’empare des marchés [et le fait que] certains acteurs financiers tirent profit de cette incertitude en spéculant à la hausse. » En bout de chaîne, ce sont les consommateurs les plus précaires qui paient la facture : la guerre en Ukraine a fait passer le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire de 150 à 280 millions à travers le monde.

Prochaine étape : la bataille au G20

Cette fois, Foodwatch espère obtenir gain de cause. « Ce n’est encore que le début de la campagne », annonce Karine Jacquemart. Foodwatch France a publié un premier communiqué et lancé une pétition en juin, et poursuit son enquête pour identifier plus précisément les responsables de la spéculation alimentaire.

Le prochain grand jalon sera le G20 de novembre. « C’est un moment qu’il ne faut pas laisser passer », insiste Karine Jacquemart. « On va se servir de la pétition pour demander aux décideurs du G20 d’établir des règles du jeu strictes. »

commentaires

Participer à la conversation

  1. P Dutartre dit :

    Merci de ce rappel ... La spéculation est juste un aspect de l'intelligence humaine version avidité financière !! c'est une version soft des crimes contre l'humanité...

  2. bousselah_brahim@yahoo.com dit :

    On profite de la conjoncture géopolotique pour affamer la population est un acte indigne

Laisser un commentaire